Front national, virage social ? (2/3)

par François Ruffin 07/12/2015 paru dans le Fakir n°(63 ) décembre - janvier 2014

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« L’Etat est devenu l’instrument du renoncement, devant l’argent, face à la volonté toujours plus insistante des marchés financiers, des milliardaires qui détricotent notre industrie et jettent des millions d’hommes et de femmes de notre pays dans le chômage, la précarité et la misère.
Oui, il faut en finir avec le règne de l’argent-roi. »

C’est troublant, non ?, quand Marine Le Pen s’attaque « aux dogmes de l’ultra-libéralisme ». Depuis quand, on s’est demandés, un peu emmerdés, depuis quand le Front national cause comme ça, un peu comme nous ? « Etat », « Impôts », « Service public », « Entreprise », « Europe », « mondialisation », etc. Qu’a-t-on en commun ? Qu’est-ce qui nous sépare ?

On a décidé de mener des recherches, une espèce d’archéologie, sur la « pensée économique et sociale » par un retour aux sources : les professions de foi et les tracts du FN depuis sa fondation, dans les années 70.

IMPÔTS

Après. « La priorité sera de rendre plus progressif, sans l’alourdir, l’impôt sur le revenu des personnes physiques par la création de nouvelles tranches intermédiaires. La tranche supérieure de l’impôt sur le revenu sera portée à 46 %. Ainsi, les classes moyennes paieront moins l’impôt sur le revenu, mais les foyers très aisés le paieront davantage. »
Marine Le Pen, Mon projet, présidentielle 2012.

Avant. 1986. « La révolution fiscale balaiera le monde. »

« La révolution fiscale est en train de secouer l’Amérique et, demain, balaiera le monde. » Lors de son passage à l’Assemblée nationale (1986-1988), Jean-Marie Le Pen se fait le chantre enfiévré des « reaganomics » : «  Les conséquences probables de cette révolution dans le pays le plus important et le plus riche du monde sont encore incalculables, mais elles seront assurément considérables, d’autant qu’elle entraîne déjà derrière elle de grandes nations : les Canadiens, les Allemands, les Anglais, les Japonais.
« Permettez-moi d’emprunter au président Reagan cette phrase qui fit balle au moment de sa première campagne électorale : ‘Je veux que l’Etat descende de mon dos et qu’il sorte sa main de ma poche.’ » Et d’en appeler à « la suppression, étalée sur cinq ans, de l’impôt sur le revenu »
(23 avril 1986).

Tout, tout de suite

L’impôt sur le revenu n’est pas seul, à l’époque, dans le collimateur du Front.
Le gouvernement Chirac baisse à 45 % l’impôt sur les sociétés ? « Vous n’avez pas, monsieur le ministre, pris une mesure très audacieuse puisque, dans le même cas, l’Allemagne fédérale et le Japon ont fixé ce taux respectivement à 36 % et à 33,3 %. Aux Etats-Unis, dans les petites et moyennes entreprises, le taux de l’impôt sur les sociétés varie de 20 % à 30 % en fonction du résultat et il est prévu de le limiter à 33 % pour toutes les entreprises. »
La suppression de l’impôt sur la fortune ? «  Tout a déjà été dit sur le caractère nocif de cette imposition qui a bien plus coûté à l’économie et à l’Etat qu’elle n’a rapporté au Trésor. Mais pourquoi attendre 1987 et ne pas le supprimer immédiatement ? »


Amnistie

L’amnistie, enfin. Après la victoire de la gauche, en 1981, les lingots d’or et les valises de billets ont trouvé refuge sur les bords du lac Léman – et cette année-là, Jean-Marie Le Pen, parmi des milliers d’autres, ouvrait un compte en Suisse. Ainsi, dans les hautes sphères, s’adonnait-on au « patriotisme économique ».
A son retour en 1986, la droite prévoit une mesure d’amnistie, afin – explique Edouard Balladur, ministre de l’Economie – de «  mobiliser tous les capitaux disponibles au service du développement ». L’anonymat est garanti, en échange d’une amende de 10 %.
Voilà qui est trop sévère, pour l’orateur FN : «  Une amnistie crédible aurait consisté à ne pas exiger le paiement d ’une pénalité et à prévoir l’absence de reprise pour les quatre exercices précédant la date du rapatriement » (15 juin 1986).
Mains propres ? Le FN ne se montrait pas, à l’époque, bien compréhensif avec les fraudeurs en col blanc.

Réformes

A défaut de « révolution fiscale », la France a bel et bien subi des « réformes » – dans la direction souhaitée par le FN. En deux décennies, l’impôt sur le revenu est passé, pour sa tranche marginale, de 70 à 40%, l’impôt sur les sociétés de 50 à 33 % (taux théorique), l’impôt sur les successions a quasiment disparu, tout comme l’impôt sur la fortune. Ici se trouve la source, très largement, de l’endettement public, avec un déficit des recettes – mais aussi la cause de la montée des inégalités, les riches et les firmes payant moins.
Qu’importe ces conquêtes.
Le Front exige que les riches et les firmes paient encore moins, «  l’impôt sur le revenu sera supprimé en sept ans » (1995), « suspendre les droits de succession au sein de la famille » (1999), etc. Tandis que, à l’inverse, augmenter le prélèvement le plus injuste, la Taxe sur la Valeur Ajoutée – qui pèse davantage sur « les pauvres » – paraît acceptable : « Le taux normal de TVA sera majoré d’un point pour une durée de 3 ans, les sommes ainsi collectées étant affectées intégralement à la réduction de la dette de l’Etat » (1995), ou encore « supprimer la taxe professionnelle par un transfert sur le TVA » (1986).

Marine aussi

C’est ce programme, qu’endosse Marine Le Pen les yeux fermés en 2004 : « Faites-vous respecter ! » proclament ses affiches aux élections européennes en Île-de-France. Avec quelle priorité, juste après l’immigration ? « Abaissement massif des charges pesant sur les ménages et les entreprises… Aux Etats-Unis, les charges fiscales et sociales sont moins lourdes qu’en France… Une grande réforme fiscale allégeant de 350 milliards de francs le fardeau des impôts, taxes et cotisations étouffant nos entreprises, les familles et les Français ». Avec, inlassablement, « la suppression de l’impôt sur les revenus »…

Looping

Ce n’est plus un « virage », ni même un « revirement », qu’opère la leader du Front national, mais un spectaculaire looping doctrinal. Du jour au lendemain, quasiment, dans son programme 2012, voilà qu’elle réhabilite l’impôt, et plus précisément encore, les impôts sur le revenu, sur le capital, sur la fortune :
« Progressivité et justice fiscale.
« La taxe d’habitation, opaque, sera intégrée à l’impôt sur le revenu, plus juste, sous la forme d’une taxe additionnelle qui sera aussi progressive que l’impôt sur les revenus. La fiscalité des dividendes sera revue pour que les revenus du capital ne soient pas favorisés par rapport aux revenus du travail. Un impôt progressif unique sur le patrimoine sera créé, fruit de la fusion entre la taxe foncière et l’Impôt sur la fortune (ISF), sur des bases rénovées assurant la justice fiscale. »

A tout cela, elle donne le nom, comme son père, de « révolution fiscale ». Mais pour faire exactement l’inverse…

EUROPE

Après. « L’Europe de Bruxelles a imposé partout les principes destructeurs de l’ultralibéralisme et du libre-échange, au détriment des services publics, de l’emploi, de l’équité sociale. Restaurer la souveraineté nationale, cela signifie d’abord sortir du carcan étouffant et destructeur de Bruxelles dans lequel on nous a enfermé malgré nous. »
Marine Le Pen, discours de Tours, 16 janvier 2011.

Avant. 1988. Pour une « Europe politique, économique et militaire »

La Lettre parisienne du Front national
narre ces rencontres, au printemps 1988 : «  Réunis au-delà des barrières de langage par une solide foi anticommuniste, les jeunes Européens de la ‘grande Europe’ ont reçu pour objectif de se battre pour les libertés et plus particulièrement pour la liberté des peuples d’Europe de l’Est. » Dans son discours, le « leader européen » – alias Jean-Marie Le Pen – « réclama la construction d’une Europe politique, économique et militaire. » Et son intervention « se termina dans un climat chaleureux, aux accents de l’Ode à la joie de la IXè symphonie de Beethoven et aux cris de : ‘l’Europe, Le Pen, Liberté’. » Maastricht est en vue, mais le FN conclut son meeting sur l’hymne officiel de l’Union européenne...

Rempart

Jean-Marie Le Pen ne fut pas toujours le héraut de l’europhobie, le porte-drapeau de la souveraineté nationale. Au contraire, même. Dès son premier portrait télévisé, en 1973, il se définit ainsi : «  Je suis de Bretagne, je suis de France, mais je suis d’Europe aussi. » Et pour une raison simple : l’Europe, c’est d’abord un rempart contre le bolchévisme.
« Face à l’impérialisme soviétique qui n’a pas renoncé à ses desseins de domination politique et idéologique, note son programme, en 1974, l’indépendance de notre pays est liée à celle de l’Europe et de l’Occident. »
Contre un ennemi commun, il y a le devoir d’être « solidaire avec les alliés européens et occidentaux », de faire corps avec nos voisins. Sans démontrer, forcément, un enthousiasme forcené, mais sans non plus attaquer « l’Europe de Bruxelles ».
Ça va durer.

Silence

Pour les élections européennes de 1984, le Parti communiste vitupère : «  Considérez les dangers d’un éventuel élargissement du Marché commun à l’Espagne et au Portugal, que nous sommes seuls à combattre. L’Europe actuelle, c’est celle du chômage, dominée par le dollar et le mark. »
Le Front national, lui, se tait sur cette orientation, ne glisse pas un mot sur Bruxelles, et se contente d’un : « En Europe et en France, pour faire reculer la guerre et le communisme, pour combattre et vaincre l’immigration, l’insécurité, le chômage, la dénatalité, la dictature fiscale, le laxisme moral… votez Le Pen ! »

Acte unique

Lors du débat sur l’Acte unique européen, en 1986, l’orateur communiste dénonce un traité qui vise « une libéralisation du marché au profit des sociétés multinationales », « une déréglementation systématique », « une attaque contre les acquis sociaux par des politiques de flexibilité et d’austérité », et son groupe vote contre, en conséquence.
De son côté, le député frontiste François Bachelot regrette une « Europe qui n’a pas d’âme », une « pseudo-Europe des technocrates », mais sans s’opposer : « Nous n’avons nullement l’intention, comme les communistes, d’hypothéquer l’avenir de la France qui se fera sûrement à travers l’Europe ». Et sur un texte capital, qui prévoit, rien de moins, la disparition des frontières douanières, les élus Front national s’abstiennent...

S’adapter

Pour les présidentielles de 1988, le candidat communiste, André Lajoinie, fait de la Communauté économique européenne sa cible privilégiée : «  Aujourd’hui, dans les faits, la CEE tant vantée par nos gouvernements, ce sont : les quotas, la casse et le chômage, la déréglementation, la soumission aux Etats-Unis, qui affaiblissent la France… Mitterrand, comme Chirac, se présente en champion de ‘l’Europe de 1992’, si néfaste pour notre pays et notre peuple… Qu’est-ce que cela signifie ? C’est écrit noir sur blanc : moins de pouvoir d’achat, moins d’emplois, moins de droits, plus de difficultés dans les villes et les campagnes, la France encore affaiblie.
Je suis le candidat des Françaises et des Français attachés à l’identité de leur pays et à sa totale liberté d’action. Le Grand Marché européen sera, dès lors, avant tout, le grand marché des capitaux, malsain et parasitaire, une Bourse sans frontières pour les gros spéculateurs. »

Jean-Marie Le Pen, lui, se tait sur ce sujet : «  Avec vous je me bats pour que le nom de la France et de l’Europe continue de briller dans le monde.  » Mieux, « l’Europe de 1992 », le frontiste s’en félicite plutôt dans son programme :
« Economie. Moins d’impôts, moins de bureaucratie. Pour une adaptation de notre économie à l’échéance européenne de 1992 par une réduction des charges fiscales et sociales (taxe professionnelle notamment) qui pénalisent les entreprises françaises face à leurs concurrentes étrangères et par une remise en cause de l’impôt sur le revenu qui décourage l’activité et l’initiative économiques. Comment ? En imposant une cure d’amaigrissement à l’Etat. »
Cette «  Europe de 1992 », le tribun FN n’envisage pas de la combattre, seulement de s’y « adapter ». L’Union n’est pas présentée, alors, comme un ennemi, mais plutôt comme un adjuvant : grâce à elle, les vues libérales s’imposent.


Volte-face

Quatre ans plus tard, pourtant, lors de cette «  échéance européenne de 1992  » justement, patatras. Avant le référendum, le Front national tonne : «  L’Europe de Maastricht, c’est l’Europe cosmopolite et mondialiste. Maastricht, c’est l’immigration massive… Maastricht, c’est encore plus d’insécurité… Maastricht, c’est le droit de vote des immigrés… Maastricht, c’est encore plus d’impôts… c’est la ruine de l’agriculture française… c’est la dictature des multinationales… c’est la disparition du franc au profit d’une monnaie unique… Parce que nous ne voulons pas d’une Europe des banquiers, non à Maastricht. »
Comment expliquer cette volte-face ?
Le Front national ne fut jamais – on se tromperait, et l’on tromperait – un eurobéat. C’est par réalisme, par géostratégie, que le FN a accepté la construction européenne, et guère par enthousiasme.
Or, le monde a changé.
En 1989, le mur de Berlin est tombé.
En 1991, l’URSS a disparu.
Voilà qui bouleverse la donne. Qui permet, pour le FN, un revirement.
Et au fil des scrutins, les Le Pen font de Bruxelles la source de tous les maux :
« Le traité de Maastricht, c’est la précarité. On rationne notre Sécurité sociale. On ferme nombre de services publics, commissariats, maternités ou services hospitaliers. En même temps, notre monnaie, le franc, est remplacé par l’euro. »
Et alors qu’il a démarré avec une décennie de retard, alors qu’il a accompagné, voire soutenu – au moins par son silence – cette Europe-là durant toutes les années 80, le Front national devient LE parti de l’europhobie, rafle la mise des eurosceptiques, se fait le porte-voix des colères.

Gnan-gnan

Mais si «  le Front national devient LE parti de l’europhobie », c’est de la faute, aussi, aux autres. A ceux qui avaient une décennie d’avance. Aux communistes, se faisant euro-compatibles, se coulant paresseusement dans la mièvrerie du « changer l’Europe ».
En 1999, alors que la France va abandonner sa monnaie, alors que le FN dénonce « la face cachée de l’Euro », alors que l’élargissement se prépare à l’est, alors que des délocalisations sont en cours vers la Pologne, la Slovaquie, le parti communiste, lui, positive : « Bouge l’Europe ». Ainsi Robert Hue intitule-t-il sa liste, composée «  des hommes et des femmes du mouvement associatif et syndical, des féministes et des jeunes, des chômeurs et des artistes. Ces candidats et candidates sont aux couleurs de la vie réelle. Différents. » Et cette littérature gnangnan nous invite au « devoir d’ingérence citoyenne  », au « chantier de l’Europe sociale », à la « contagion démocratique » via le Parlement européen. «  Est-ce que l’Europe doit faire peur ? » Non, bien sûr : « L’Europe est une chance qu’il faut saisir. »
C’était nul.
Nul idéologiquement, face à une Europe plus libérale que jamais. Nul tactiquement, critique radicale abandonnée à l’extrême droite. Nul électoralement, sans la moindre intuition, alors que l’opinion basculait dans le rejet de Bruxelles.
On croirait des paysans stupides, qui auraient labouré sous les frimas, qui auraient semé malgré le vent et la pluie, et qui se refuseraient à récolter les blés alors que, sous un soleil luisant, la moisson est prête. Le PC avait dénigré l’Europe au moment où, encore dans l’œuf, elle avait le vent en poupe : maintenant qu’elle était honnie, il la ralliait !

L’arnaque

Aujourd’hui encore, le Parti communiste et ses partenaires ne sont pas sortis de cette eau de rose :
« Le Front de Gauche pour sauver l’Europe.
En 2009, nous voulons construire l’Europe dont nous avons besoin :
Une Europe sociale, écologique et démocratique.
Une Europe efficace contre la crise.
Une Europe de l’égalité notamment entre les femmes et les hommes.
Une Europe débarrassée des dogmes libéraux et des réflexes capitalistes.
Une Europe force de paix. »
« Sauver l’Europe » ? « Bouger l’Europe » ? « Changer l’Europe » ?

Là où le Front national propose, plus franchement, de la faire péter, de « dénoncer » ou de « renégocier » tous les traités : « Contre l’arnaque européenne », affichait Marine Le Pen la même année. « L’Union européenne est devenue un système totalitaire et son bilan est un véritable désastre économique et social : récession, délocalisations, mépris des peuples… »

MONDIALISATION

Après. « Nous organiserons la relocalisation du travail et de l’économie grâce au protectionnisme social et territorial, et ce de manière à empêcher la concurrence déloyale, le démantèlement de nos économies et la destruction de nos emplois. »
Marine Le Pen, discours de Tours, 16 janvier 2011.

Avant. 1988. Contre les « importations sauvages »

« Ils ferment nos usines.
Ils fabriquent à l’étranger.
Fabriquons français. »

Au printemps 1977, pour les élections législatives, tel est le mot d’ordre du Parti communiste. Et dix années après, André Lajoinie, le candidat PC, ne démord pas de ce patriotisme économique :
« Produire Français : Nous importons 50 % de ce que nous consommons, c’est trop… La France doit se défendre contre la pénétration des firmes étrangères. »
C’est cette année-là, seulement, en 1988, que le protectionnisme apparaît dans les tracts du Front national : « Pour une Europe européenne, protégeant ses frontières de l’immigration du tiers-monde et des importations sauvages menaçant ses entreprises. »

Constante

Depuis, c’est une constante dans la pensée du FN : on est libéraux, mais non libre-échangistes. Au fil des programmes, les propositions se font plus chiffrées, plus techniques, sans varier. En 1995, Jean-Marie Le Pen précise :
« Afin de rétablir la prospérité économique en France et en Europe, il faut contrôler les échanges commerciaux. Cela peut se faire, soit en contingentant les importations aux frontières françaises et européennes, soit en mettant en place des droits de douane équilibrant les écarts de coûts de main d’œuvre. L’une et l’autre de ces techniques doivent être utilisées, parce qu’on ne traite pas de la même façon l’importation de produits textiles chinois et celle de logiciels fabriqués aux Etats-Unis.  »
Et de promettre :
« En sept ans, 4 millions d’emplois seront dégagés :
– En libérant sur la période 1,5 million d’emplois actuellement occupés par des immigrés
– En sauvant de la concurrence sauvage des pays du tiers monde (délocalisations et importations à bas prix) 1 million d’emplois agricoles, industriels et de bureaux.
– En rétablissant les frontières dans leur rôle de membrane protectrice de la France contre l’immigration clandestine, la drogue et les importations sauvages. »

Sauvage

Tout est « sauvage », ici.
Les « importations sauvages » constituent, dans ce discours, le pendant économique de l’ « immigration clandestine ». La menace arrive de l’étranger, à nos portes « ouvertes à tous les dangers », avec la «  concurrence sauvage des pays du tiers-monde ». La « mondialisation », ou le « mondialisme », servirait les nations du Sud, avec l’ouvrier malgache pour adversaire social. Le choc des civilisations sous la forme de containers.
A l’analyse de classes, le FN préfère ici la (quasi) lutte des races.
Or, qui l’a voulue, cette mondialisation ? Pas l’ouvrier malgache ni même les entrepreneurs bengalais. Mais bel et bien les multinationales du Nord, les dirigeants de la grande distribution, les patrons des industries qui, dès les années 80 pour le textile, les jouets, le bois, ont trouvé au Maghreb, puis en Asie, une main d’œuvre corvéable à merci. Qui en a tiré bénéfice, de ce « mondialisme »  ? Les « entreprises européennes », qui ne furent pas « menacées » : elles-mêmes ont délocalisé leurs productions, et ont « sauvagement » accru leur taux de profit.
Un seul exemple : LVMH, n°1 mondial du luxe, propriété de Bernard Arnault, fabriquait auparavant ses costumes Kenzo à Poix-du-Nord, près de Maubeuge. La production est aujourd’hui éclatée entre l’Inde, Madagascar et la Bulgarie, avec des salaires au rabais à la clé.
C’est contre ces firmes, dès lors, américaines, canadiennes, françaises, allemandes, mais aujourd’hui aussi chinoises, brésiliennes, indiennes, etc. que les peuples doivent se protéger. Mais dans l’esprit de Le Pen, les firmes françaises, la bourgeoisie française, le patronat français, ne sauraient être des adversaires.
Qui demeurent dans le tiers-monde.

Dans ce droit fil, Marine Le Pen exige « une protection intelligente aux frontières pour lutter contre la concurrence déloyale des pays à très bas coût de main-d’œuvre. » Sur cette question, elle détient désormais le monopole. La gauche s’étant modernisée, elle, passé de l’anti- à l’altermondialisation.

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Vos commentaires

  • Le 29 mars 2015 à 19:07, par Magdala Schlokhoff En réponse à : Front national, virage social ? (2/3)

    JLM a raté le coche sur l’UE et l’euro, mais tient quand même un discours protectionniste.