Arkema : Face à la finance, l’impuissance ?

par François Ruffin, Grégoire Souchay 06/04/2012

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Arkema, le premier chimiste français, s’apprête à livrer dix sites, deux mille salariés, à Gary Klesch, un spéculateur américain, pour un euro symbolique.
Alors, ce mardi 27 mars 2012, Didier, Régis, Thierry, Pascal, de la CGT Arkéma, sont montés à la capitale pour interpeler les candidats à leur QG de campagne…


Arkema - la tournée des QG de campagne par fakirpresse

Arkema, c’est le premier chimiste français.
Qui a enregistré, en 2011, un bénéfice de 500 millions.
Avec une rentabilité de 17,5 %.
C’est beaucoup, mais pas assez.
Le groupe a décidé de se séparer de son pôle vinylique. Qui fabrique du PVC.
Soit dix sites, 1800 salariés en France, 2600 dans le monde, un savoir-faire centenaire.
Tout ça, Arkema le cède pour un euro symbolique – et il rajoute encore 96 millions dans la corbeille.
Et à qui le donne-t-il ?
À Gary Klesch. Un financier américain, dont le siège de la holding est situé à Malte, sa société à Jersey et lui-même en Suisse. Qui a déjà liquidé plusieurs boîtes, en dépeçant leur trésorerie avec soin.

Les salariés et leurs syndicats ne sont pas d’accord.
Ils ont fait grève.
Ont bloqué leurs usines.
En ont appelé aux politiques.
Alors, ce mardi 27 mars 2012, Didier, Régis, Thierry, Pascal, de la CGT Arkéma, sont montés à la capitale. Et avec nous, ils ont fait la tournée des QG de campagne…
Réponses des candidats.

Chez François Hollande :

L’État ne peut pas tout…
(voire presque rien !)

Entretien avec Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, Monsieur Industrie de François Hollande.

Didier Chaix, CGT Arkema : Pour nous, Gary Klesch c’est un vampire. Il craint la lumière. Ce qu’on demande à François Hollande, c’est de le mettre en lumière pour le faire fuir.

Fakir : François Hollande a déclaré : « Mon adversaire, c’est la finance ». Alors là, face à un financier comme Gary Klesch, qui jongle avec les paradis fiscaux, qui n’a rien d’un industriel, est-ce que vous pouvez apporter la garantie, si le candidat socialiste est élu le 6 mai, que cette cession ne sera pas possible ?

Alain Rousset : Vous demandez à François Hollande de se substituer au PDG de l’entreprise ? C’est bien ça, votre question. Alors là, non. Est-ce qu’on peut interdire à Arkema de céder le pôle ? La réponse est non. La loi ne le permet pas, et demain la loi ne le permettra pas.

Fakir : Donc, au lendemain des élections, tout comme aujourd’hui sous Sarkozy, les dix sites, les 1800 salariés peuvent se retrouver entre les mains de Klesch ?

Alain Rousset : Enfin, je ne sais pas si vous avez suffisamment d’argent, ou si les organisation syndicales ont suffisamment d’argent pour être une alternative à Klesch ! C’est trop facile, pardon de le dire…

Fakir : Je propose une alternative. Puisque là Arkema donne ses dix sites, et 96 millions d’euros en plus, pourquoi l’État ne dirait pas : « Je prends. Je renationalise » ?

Alain Rousset : Parce que l’État n’est pas compétent pour gérer des entreprises ! C’est l’Union Soviétique, votre idée ? Vous voulez revenir à l’Union Soviétique ?

Chez Jean-Luc Mélenchon :

Quand les travailleurs veulent…
… l’État peut.

Entretien avec Martine Billard, députée de Paris, co-présidente du Parti de Gauche (croisée par hasard dans le métro).

Didier Chaix : Aujourd’hui, les dix sites, les 1800 salariés d’Arkema valent moins qu’un ticket de métro !

Martine Billard : Quel mépris pour les travailleurs…

Fakir : Mais dans leur cas, qu’est-ce qui, dans le programme du Front de Gauche, empêcherait ça demain ?

Martine Billard : Bah on prend l’entreprise et on la rend aux travailleurs. C’est la seule solution. Parce que, quand les patrons ne se préoccupent plus de l’entreprise mais se soucient uniquement de faire du fric, ben à un moment donné faut les virer. On en a besoin, de la chimie, alors on nationalise, qu’est-ce que vous voulez ! On n’est pas des fous de la nationalisation, mais quand ce sont les outils nécessaires au fonctionnement du pays qui sont en jeu, on prend nos responsabilités.

Chez Nicolas Sarkozy :

L’État peut…
…vous empêcher de rentrer !

Bon, là, c’est carrément « entrée interdite ».
Didier avait appelé la semaine d’avant, envoyé un courriel poli – resté sans réponse – mais les délégués doivent rester à la porte : « On ne peut même pas mettre un pied dans le hall ! Y aura même pas un militant pour nous recevoir ! » Devant la vitre teintée, un agent de sécurité à oreillette nous empêche de rentrer…

À la place, les syndicalistes épluchent le programme du candidat Sarkozy : « Y a pas un mot sur la finance ! Il parle des délinquants, mais y a rien sur les délinquants en col blanc ! Lui qui voulait moraliser le capitalisme… »

Alors, laissera-t-on les mains libres aux Klesch, aux vautours de la finance, aux rapaces des banques – pour nous entraîner, toujours plus, vers la régression sociale, morale, écologique ? La réponse, elle se décide dans les urnes, oui, en partie, aux présidentielles et aux législatives. Mais elle dépend aussi, surtout, de ce que feront – ou ne feront pas – les travailleurs d’Arkema et d’ailleurs, de l’Éducation nationale, de la SNCF, les militants anti-gaz de schiste, anti-OGM, anti-autoroutes, etc.

À nous de jouer !

Un reportage à retrouver sur le site de Là-bas si j’y suis.

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Vos commentaires

  • Le 6 mai 2012 à 11:17, par Oliveira En réponse à : Arkema : Face à la finance, l’impuissance ?

    J’aime bien l’expo des idées. On voir clairement la différence idéologique des partis en question. Par rapport l’affirmation que l’Etat n’a pas des compétences pour gérer les entreprises", pour moi, ce sont de justificatives utilisées pour ceux qui veulent, manifestement la défense et continuation d’un modèle économique libéral e capitaliste sauvage, etc.

  • Le 28 avril 2012 à 12:20, par Frederic Cossard En réponse à : Arkema : Face à la finance, l’impuissance ?

    Cher François,
    je suis novice dans la lutte pour la justice sociale et j’ai beaucoup apprécié à plusieurs reprises vos articles et votre attachement à la vérité, aux faits qui entrainent des prises de position en conscience.
    Suite à votre article sur arkema, article dont j’ai besoin avec tant d’autres pour ouvrir les yeux et m’engager, j’ai suivi le lien vers Pièce & Main d’Oeuvre, et cet article qui donne un autre éclairage, nécessaire aussi. Merci d’avoir laissé ce lien qui semble témoigner de limites dans votre dénonciation de l’injustice sociale. J’aurai aimé lire votre réaction vis à vis de cet article qui me semble juste.
    Je reste convaincu que la phrase finale « Nos emplois valent plus que nos vies », pour apporter une lumière supplémentaire à votre article, ne peut pas ne pas vous toucher car vous êtes amoureux de la vérité et capable de vous remettre en question, de choisir celle-ci lorsqu’elle s’oppose ou complète votre opinion.
    Avec mon respect pour votre engagement et votre intégrité.
    Frederic

  • Le 19 avril 2012 à 07:11, par jean-pierre Aupert En réponse à : Arkema : Face à la finance, l’impuissance ?

    Le pouvoir et l’argent sont deux maladies insupportables pour les gens seins d’esprits que nous sommes. Ces maladies se développent dans l’arrogance, c’est de que l’on appelle la Mondialisation, ce mouvement terroriste qui n’existe que par la malhonnêteté intellectuelle, fiscale, sociale, bancaire, politique, morale etc., des collabos de la Mondialisation, les politiques. Je vous invite à lire « Le pouvoir est le soumission inconditionnelle à la corruption » http://0z.fr/w7HLb sur l’Abolition de la Raison, le feuilleton de la psychiatrie de la Mondialisation et de ses collabos, les politiques. http://labolitiondelaraison.over-blog.com/ partagez sans pitié, merci.

  • Le 11 avril 2012 à 18:08, par Danielle En réponse à : Arkema : Face à la finance, l’impuissance ?

    Bravo pour ce reportage !
    Ca prouve bien que le vote « utile » c’est Mélenchon, sans aucun doute possible !!

  • Le 9 avril 2012 à 00:27, par Roro En réponse à : Arkema : Face à la finance, l’impuissance ?

    Question : Pourquoi ARKEMA estime l’ensemble pour 1€ ?
    Vous en parlez pas et pourtant c’est crucial. ARKEMA pense que l’ensemble des frais (Trésorerie, Investissement, dettes, etc.) nécessaires pour faire fonctionner ce pôle d’activité sont tel qu’il ne peut pas en tirer quelque chose et que seul un idéaliste ( Gary Klesch ?) peut espérer faire de l’argent avec...
    Du coup, on peut penser que ARKEMA vient juste de trouver un liquidateur pour une partie de ses activités et par là, par contre, le législateur peut avoir un rôle car on pourrait considérer que ARKEMA cherche à se soustraire à une partie de ses obligations d’employeur et d’industriel (reclassement,etc.).

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