Popu, Fakir ?

par Sylvain Laporte 16/06/2016 paru dans le Fakir n°(67) septembre - octobre 2014

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On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

On le voulait « populaire », ce journal, au lancement y a quinze ans. Objectivement raté…

« La Maison ronde tourne en rond, n’entendant du pays que les ministres, les patrons, et surtout les artistes »,écrivions-nous à propos de France Inter. Mais chez nous, qui entend-on ? Dénonce-t-on la paille dans l’œil du voisin pour oublier la poutre dans le nôtre ?

J’étais étudiant en master de science politique à l’Université de Lyon à l’époque, et stagiaire à Fakir durant cinq mois. Alors j’ai tout épluché pour mon mémoire les archives du journal. 27 numéros, 2112 pages, où j’ai tout relevé : les noms des gens, leurs fonctions, le volume de chaque article, la façon dont le canard récolte l’information. Je me retrouvais avec un grand tableau bizarre, plein de chiffres partout, et tout l’été pour donner un sens à ce joyeux bordel scientifique.

À la fin ça donnait à peu près ça : les syndicats apparaissent à Fakir dans 34 % de nos pages. Les militants, 35 %. Les travailleurs sans étiquette, 29 %. En gros, dans une page sur trois, on entend « la France d’en bas », les ouvriers de chez Parisot, les Goodyear, les conseillers de la Caisse d’épargne, les Laurelyne Yacine Nadir aujourd’hui. Et en ôtant du calcul « Les petites mains », « Le Courrier des lecteurs », « J’ai envie de tuer », les brèves, etc., pour ne garder que le cœur journalistique, les reportages et enquêtes, on atteindrait un pourcentage nettement plus élevé.
Moins élevé, cependant, que pour les ministres et patrons, présents dans 45 % des pages, et dont le discours produit un contraste.

C’est pas très original : le peuple, ces temps-ci, tout le monde en parle, on en ferait même une overdose. Même Libération titre à sa Une : « Classes populaires - Le livre qui accuse la gauche » (17/9/2014).
Et que trouve-t-on, qui trouve-t-on, dans ce dossier spécial, long de six pages ? Un résumé de l’ouvrage en question, La France périphérique. Le « profil » de son auteur, le géographe Christophe Guilluy. Un entretien avec le sociologue Michel Kokoreff : « Si la politique de la ville était un succès, ce serait un scoop ». Encore un entretien, et encore avec un sociologue, Eric Charmes : « Les zones de pauvreté existent aussi au sein des métropoles ». Et toujours un entretien, avec une sociologue cette fois, et avec un géographe, Violaine Girard et Jean Rivière : « Certes la mondialisation transforme la géographie mais… ». Plus l’indispensable éditorial de Laurent Joffrin, réclamant « un examen de conscience politique et culturel à ouvrir, loin des conformismes et des pensées automatiques », et c’est un spécialiste des « conformismes » qui le dit. Et enfin, enfin, un reportage à Brignolles où seul témoigne… un ancien directeur de cabinet socialiste ! Pas un ouvrier, pas une aide-soignante, pas une secrétaire !
Tout le monde en parle, donc, du peuple. Mais parfois, plus on en parle et moins il parle.

« Au lancement du journal, y a quinze ans à Amiens, théorisait un midi le rédac’chef, j’étais jeune et naïf, je voulais faire un journal populaire. J’ai vite aperçu mon échec : c’est pas n’importe qui, il faut un certain capital culturel, pour se tourner vers une feuille de chou comme la nôtre, à l’époque mal mise en page, avec des longs articles un peu littéraires. Manifestement, j’étais plus lu par les profs dans les collèges que par les prolos dans les usines.
« Plus tard, j’ai compris que nous remplissons, modestement, trop modestement, une autre fonction : on s’adresse à la petite bourgeoisie, en effet, mais pas pour la conforter, non, pour l’interpeler. Avec des articles sur le logement social, les contrats emploi solidarité, les intérimaires, ou même dans des batailles plus idéologiques, comme le protectionnisme, l’Europe, nous rappelons aux enseignants, aux militants, la persistance des classes populaires et leurs préoccupations. Nous œuvrons pour les remettre au centre du débat politique. On est populiste, en un sens, à défaut d’être populaire. »

Je n’étais paspas dépaysé : y a des fois où les pauses casse-croûte, à Fakir, ça ressemble vraiment à un master de Science-Po…

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Vos commentaires

  • Le 22 juin à 08:30, par Éric GIBAULT En réponse à : Popu, Fakir ?

    Le popu est cocu de nature ... Que Fakir y participe ou pas cela ne changera rien à sa condition.