Picard Académie

par L’équipe de Fakir 01/05/2006 paru dans le Fakir n°(28) Mai-Juin 2006

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Ces académiciens-là ne portent ni habits verts ni épée, et ne se réunissent pas quai Conti. Mais plutôt à La Soupe à cailloux pour un banquet arrosé : « A boèr ! A boèr ! A boèr ! » C’est que l’esprit de Lafleur ne se célèbre pas en composant des rimes précieuses...

« Voilà le Saddam Frédo ! le Ceaucescu d’chès Lafleurs ! el Pinochet de Saint-Leu ! »

Nouveaux venus à l’Académie, le Secrétaire Ephémère à Perpétuité (S.E.P) nous présente el’Présideint : « Il a même sorti sa jambe de bois aujourd’hui...

– Ouais, c’est au carnaval ed’Dunkerque, commente un barbu, il n’a pas dessaoulé du week-end. Au dernier rigodon, il s’est ramassé la figure, toute la troupe lui a marché dessus...

–Trois ! se félicite el’Présideint. Trois cuites dans la journée ! Une à dix heures, une à midi, une à quatre heures, je ronflais un coup et c’était reparti. »

On l’aura deviné : ces académiciens-là ne portent ni habits verts ni épée, et ne se réunissent pas quai Conti. Mais plutôt à La Soupe à cailloux pour un banquet arrosé : « A boèr ! A boèr ! A boèr ! »

C’est que l’esprit de Lafleur, prolo buveur, paresseux, frondeur et généreux, metteux de pied au cul des patrons et de leurs gendarmes, cet esprit-là ne se célèbre pas en composant un dictionnaire ou des rimes précieuses : « Je devais acheter une bite à la Fouineuse, mais j’ai pas eu le temps... »

Conduite trop digne

El’Présideint ajuste son tricorne. « Aaaaah ! » : ses sujets sont rassurés, ébahis, applaudissent. Sauf le S.E.P qui, en un discours, réclame sa destitution pour conduite indigne. Ou plutôt, trop digne : « Jadis, tout se passait bien. Frédéric avait à coeur de convenir scrupuleusement aux critères académiques : bourré vers 23 h le soir de l’Académie, puis s’endormant, incapable de suivre le vote final, resquillant pour régler l’addition, bref, tout allait bien. Jusqu’à cette édition 2005, ou est-ce sa nouvelle rencontre ? Il a attrapé un teint de jeune fille pubère, blanc comme un cul, jardine, bricole, chine, rentre à l’heure et cuisine les petits plats préférés de Colette. Comprenez mon désarroi : il était de mon devoir de réagir, de provoquer de nouvelles élections pour sauvegarder notre identité. Mais entre l’envoi des convocations et aujourd’hui, il y eut Dunkerque : Frédéric faisait partie de notre délégation officielle et miracle, y a retrouvé son esprit : saoul dès le premier soir, il a même failli mourir écrasé dans le chahut, on l’a recherché partout, jusqu’à la Croix-Rouge, alors qu’il était, je vous le donne en mille : au bistro ! Bref, notre Président était ressuscité, il avait recouvré ses instincts présidentiels ! Les élections sont donc annulées et reportées à une date ultérieure. »

Lancer de pintades

Le « marguiller » (celui qui écrit, ici l’universitaire Jean-Michel Eloy) démarre sa harangue :

– Oh nan, proteste el’Présideint, il va nous plomber l’soirée !

– Ceux qui veulent pisser, z’ont qu’à y aller, c’est le moment...

– Tu n’as pas demandé la parole au Président de séance, lance le S.E.P, très à cheval sur le protocole. La serveuse se pointe, timide, pour les commandes : « Du poulet ! Du poulet ! Du poulet ! » hurle la tablée. Derrière, un groupe fuit le restaurant et le bordel. « Ouh ! Ouh ! Ouh ! Les déserteurs ! ». La patronne rapplique pour rétablir l’ordre, en vain. « Des bouteilles ! Des bouteilles ! Des bouteilles ! » La terrine de volaille arrive, et son ingestion rappelle un souvenir au Président : « Au Kent, je discutais avec le patron : ‘je vais à l’entraînement, je lui raconte – Ah bon, tu fais du sport, toi, demande le voisin de comptoir.

– Ouais, ouais, je pratique le lancer de pintades.’ Et là, j’ai senti que je l’avais ferré, c’était du gros. Il me restait à le ramener doucement sur la berge. » Il mime le moulinet de la canne à pêche.

– Ah bon, ça existe, ça, le lancer de pintade ?

– Ouais, y a deux catégories : le lancer par la tête et le lancer par les pattes. Mais toi, bâtis comme t’es, avec des bras comme les tiens, tu deviendras vite un champion !

– Ah bon, et ça se pratique où ?

– Le mardi soir, en nocturne, à côté de Mégacité.

– Et il faut des crampons ?

– Ouais, mais pas des trop gros, juste des moulés.

La semaine suivante, je le vois qui rapplique avec son sac de sport :

– On y va ?

– Où ?

– Ben, au lancer de pintades ?

–Attends, tu vois que je cause ! Mais vas-y, je te rejoins, c’est le bus n°7.

Il y est allé, on m’a raconté. Il demandait aux gens de l’hippodrome où c’est le lancer de pintades. Un soir, le voilà qui débarque au bar. Un costaud balaise. J’ai pensé ’Ouh la la, il va me faire une tête, lui’. Pas du tout. Il s’approche de moi, il rigole : ‘Tu m’as bien eu, toi !’

Démocratie picarde

La rabote arrive en dessert et on passe au scrutin. Chacun vote avec des guoeques (noix) et des nozhètes (noisettes). Certains préfèrent avaler leur bulletin. D’autres sont venus avec leur réserve personnelle de noix : « L’année prochaine, faut peindre les vraies !

– Qu’on décide dès maintenant de la couleur ! »

Dans un climat de scandaleuse tricherie, de corruption, de trucage, les résultats proclamés n’entretiennent qu’un rapport lointain avec les suffrages exprimés. Les diverses factions se jettent les coques à travers le restaurant et se protègent avec leurs assiettes. Bref, vive la démocratie picarde !

(On voulait vous offrir des extraits drolatiques du discours présideintiel, vraiment bien torché, mais en véritable Lafleur, il nous a tout promis et rien envoyé.)

Le vrai palmarès

Puisque tout le scrutin était bidonné, Ch’Fakir a choisi de rétablir la justice, et de désigner les candidats vraiment victorieux (d’après nous).

–Ch’Lafleur éd Brin 2006 : Yves Daudigny, président du Département 02, a lancé dans son journal le concept I speak Aisne’glish. Plus de calendrier, mais calendar. Plus de janvier mais January. Cette campagne de pub ne s’adresse pourtant pas au Times ou au Guardian, pour attirer des touristes d’Outre-Manche, mais à Elle, au Nouvel Obs, au Point, à L’Equipe, et à ses concitoyens picards eux-mêmes. Comme si la seule manière d’entrer dans la modernité, et de se montrer convivial, était de renoncer à sa langue !

–Ch’Lafleur éd Chuque est décerné à Philippe Leleu de la Librairie du Labyrinthe et Marie-Madeleine Duquef dite Tchochotte, pour L’Amassoèr, dictionnaire français-picard illustré par l’exemple.

(article publié dans Fakir N°28, mai 2006)

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