La maison familiale

10/03/2008

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La « Mission locale » offre comme un condensé du « système Robien ». En un même lieu, s’observent le népotisme d’un baron, l’indifférence du maire, sa soif de flonflons médiatiques, sa croyance dans les murs, etc. Même quand l’insertion des jeunes capote, Gilles de Robien s’assure une tranche de gloriole.

« Je n’appelle plus ça la « Mission Locale », moi, plutôt la « Maison familiale ». On est supposés aider à l’insertion des jeunes, mais notre structure oeuvre surtout à l’insertion de la famille Dheilly. »

C’est un salarié qui se confie, amer.

Et ses collègues confirment.

Dans la famille Dheilly, donc, je demande le père : Hervé. « Faut comprendre qu’à Amiens, côté administratifs, à trois chefs, ils tiennent tout : y a Alain Bacro, le n°1, directeur général mais qui va prendre sa retraite. Hervé Dheilly, son adjoint, pour tout le social. Et Jean-Pierre Marcos pour la culture, le quartier Nord, etc. Eux dirigent l’essentiel, et Hervé Dheilly pilote entre autres la Mission locale. »

Dans la famille Dheilly, je demande la femme : Muriel Dheilly-Lamarche. « Elle a une formation d’Assistante sociale, mais elle a pris du galon : son titre c’est ‘coordinatrice des services publics de quartiers’ ».

Dans la famille Dheilly, je demande le beau-frère : Frédéric Lamarche. « L’ancien directeur de la Mission locale posait problème : il voulait clarifier le fonctionnement, mieux comprendre où allaient les fonds. J’étais proche de lui. Mais ils l’ont viré. A la place, Dheilly a installé son beauf, qui venait de planter sa boîte de com’. Entre la pub et l’insertion des jeunes, je ne vois pas le rapport mais apparemment, ‘beau-frère’, ça améliorait le CV. Il ne connaît rien à la réception de notre public, il manque totalement d’écoute. Mais de toute façon, il reste dans son bureau, comme si on était une multinationale. L’essentiel, c’est qu’il est aux ordres. »

Dans la famille Dheilly, je demande la femme du beau-frère : « Elle est entrée comme conseillère, et ensuite on l’a boostée « chef de projet ». »


Dans la famille Dheilly, je demande la belle-fille :
(la fille de Muriel, issue d’une première union – le jeu de 7 familles se complique avec les « recomposées » : « Elle, c’est une bonne conseillère, sympa et tout. Elle est même « déléguée du personnel », presque en guerre contre le système Dheilly. »

Dans la famille Dheilly, je demande le beau-fils : (le fils de Muriel, issue d’une première union) : « Lui, c’est pareil que sa soeur, c’était un super-informaticien. Depuis, il est parti ailleurs et c’est dommage pour nous. »

Dans la famille Dheilly, je demande le frère de coeur : Jacques X (1). « Y a une histoire, je ne sais pas tout mais Jacques et Marc X se sont retrouvés orphelins assez jeunes, je crois, et alors les parents d’Hervé Dheilly les ont recueillis. Enfin, un jour, Hervé Dheilly est venu voir notre ancien directeur : ‘Faut que t’embauches Jacques, il lui a dit. Ne t’inquiète pas, je m’arrange pour que la Métropole te finance le poste à 100%.’ Quand le directeur m’a raconté ça, je suis tombé sur le cul : nous, on se cassait le derrière pour trouver 2 000€ ! Et en plus, il fallait le recruter directement au niveau ‘cadre’. Pour quoi faire ? On ne savait pas. Juste qu’il fallait l’embaucher. On l’a mis plus ou moins à la logistique, mais, même pour installer des imprimantes, ça traîne... »

dans la famille Dheilly, je demande le frère de coeur n°2 : Marc X. « Lui ne travaille pas directement à la Mission locale, il est prestataire extérieur pour l’informatique. Son contrat est immuable : l’ancien directeur avait tenté de l’annuler, parce qu’il n’était pas satisfait du service et qu’il en avait trouvé un autre, moins cher. Mais quand les courriers de non-renouvellement sont revenus dans le bureau d’Hervé Dheilly, il a maintenu le contrat. »

Dans la famille Dheilly, enfin, je demande la fille du patron : Christine Bacro. « Elle est montée en grade à une vitesse impressionnante. D’ailleurs, Hervé Dheilly avait prévenu notre ancien directeur : « Tu fais gaffe à ce que tu fais, c’est la fille de Bacro. Tu lui donnes un bon poste ». Et c’est là que le système devient absurde, même pour elle : parce que Christine, c’est un coeur d’or. Comme conseillère dans le RMI, elle se débrouillait. Mais il a fallu la mettre ‘responsable de l’antenne d’Etouvie’, et là on a frôlé la catastrophe. Ils l’ont retirée juste à temps : maintenant, elle est « chargée de communication ». Comme Bacro va bientôt prendre sa retraite, Dheilly espère le remplacer... »

Conseils déontologiques

Je le devine d’avance : les déontologues professionnels nous adresseront leurs conseils en éthique, comme quoi on ne doit pas détailler ces liens familiaux, nommer des individus, s’attaquer à la vie privée, etc. Pas d’accord.

Pas d’accord quand les responsables de la Ville d’Amiens s’adonnent ainsi au népotisme, confondent les premiers leur vie privée et la vie municipale. Pas d’accord quand c’est un instrument capital, pour l’insertion des jeunes, qui est détourné de son but, qui perd en efficacité. Pas d’accord quand on adresse un fax à la mairie, et un autre à Hervé Dheilly, et un appel au même, et qu’on n’obtient aucune réponse. Pas d’accord quand les salariés non-affiliés à la « Dheilly Connection » protestent eux-mêmes en vain. Pas d’accord quand notre maire, loin de régler ces dérives, laisse faire et cautionne par son silence.

Et c’est peut-être là l’essentiel, le plus choquant : que des cadres se servent de leurs fonctions pour placer leurs proches, c’est humain, trop humain. Mais qu’un maire se désintéresse du fonctionnement, et des dysfonctionnements d’une « Mission locale », et n’y mette pas bon ordre, comment le comprendre ? Sinon par une indifférence au chômage des jeunes, dans sa propre ville. Avec d’autres chats plus prestigieux à fouetter, ailleurs...

« Les élus ne viennent jamais. Même notre propre directeur, on le voit rarement. Alors le maire... » Gilles de Robien existe pourtant, et notre interlocuteur l’a rencontré, en d’autres temps : « Je l’ai connu quand il n’était que maire d’Amiens. C’était un mec relativement abordable. Il prenait des petits déjeuners avec des jeunes diplômés, il s’investissait personnellement pour que les services soient décentralisés dans les quartiers. Mais ensuite, quand il a monté les échelons, c’est devenu impossible d’avoir un rendez-vous. Il ne faisait plus confiance qu’à son entourage, qui filtrait, qui transformait. On ne pouvait plus l’approcher. »

C’est comme les temps féodaux : au vassal Marcos, Gilles de Robien délègue la Culture. Au vassal Dheilly, Gilles de Robien cède l’Emploi. Et qu’ils gèrent ça à leur sauce, en son absence, tandis que lui rêve à d’autres horizons. Un salarié de la Mission locale a néanmoins insisté, et a rencontré le maire : « De Robien l’a écouté, et ensuite il a demandé un rapport sur le bonhomme à... Hervé Dheilly ! Un mois plus tard, ce gars-là était viré de son boulot. »
De quoi dissuader les futurs cafteurs...

Le jour de l’emploi

« L’ancien directeur n’était plus assez malléable, il résistait aux diktats de Mézin pour Silisomme, il ne voulait pas s’encarter à l’UDF, bref, il gagnait en autonomie. Paf ! On le dégage. Les rapports se sont tendus, si je me souviens, au moment de la MEF. La Maison de l’Emploi et de la Formation. Notre directeur n’acceptait cette instrumentalisation politique... »

Car Gilles de Robien s’est préoccupé de l’insertion des jeunes. Pendant une journée : c’était le vendredi 2 décembre 2005. Ce jour-là, il recevait le premier ministre Dominique de Villepin et ensemble ils baptisaient à Amiens la « première maison de l’Emploi et de la Formation » (MEF). Devant les caméras, devant les photographes, notre maire déclarait qu’ « avec cette Maison, nous inaugurons une nouvelle approche, plus humaine, plus offensive car sur-mesure ». Mais qu’y avait-il derrière cet événement fabriqué pour les médias ? Rien ou presque.

« En trois jours de temps, on a appris qu’on déménageait. Même notre directeur n’était pas au courant. Rien n’était prêt. Mais c’est plus facile de bouger une structure que de décaler l’emploi du temps d’un ministre ! C’était le branle-bas de combat. Ils ont installé des plantes artificielles et une signalétique. Nous qui, jusque là, ne nous occupions que des jeunes, d’un coup, sans formation ni rien, il fallait qu’on se charge des adultes ! Comme la nouvelle Maison de l’Emploi n’avait aucun salarié, on a mis des bonshommes dedans, pour faire croire que ça vivait ! Et ensuite, on est repartis dans notre Mission Locale. »

Un second conseiller confirme : « La MEF, c’était de la poudre aux yeux. Nous, là-dedans, on faisait de la figuration comme dans un film. Ça me paraissait une superbe idée, au départ : que tous les services pour les demandeurs d’emploi soient accessibles au même endroit. Mais la Métropole a voulu garder le contrôle à 100 %, alors qu’ils ne mettaient pas tellement de sous. Et du coup, l’ANPE s’est à moitié rétractée. L’ASSEDIC ne se trouve même pas à l’intérieur, ils ont juste placé une borne. Y a pas de logiciel commun à tous les services, alors que c’était prévu dans le programme et qu’ils ont reçu des subventions pour ça. Je dirais presque, avec le recul, qu’on devait simplifier et qu’on a, au contraire, rajouté un étage à la fusée. Encore une structure supplémentaire. A part les murs, ça fait un peu coquille vide. Mais l’important, c’est qu’ils ont réussi leur coup de pub. »

La Mission devrait déménager, encore une fois, en sens inverse : en retournant à l’intérieur de la Maison de l’Emploi et de la Formation. Pas pour de nobles raisons pratiques, non : « Pour l’instant, on réside à La Vallée, à côté de la gare. On est placé là-bas depuis 1992. Et les jeunes ont leurs habitudes. Mais le directeur nous a avertis : ‘On va bouger. Parce que ça fait mauvais genre d’avoir une Mission locale dans le futur quartier d’affaires d’Amiens’. On fait ‘mauvais genre’ dans le paysage ! » Et la même salariée de commenter : « Notre directeur n’a pas protesté, il ne nous a pas défendus, non, il trouve normal qu’on dégage. C’est qu’il a un gros défaut. A partir de là, il est toujours sur la sellette : un coup de fil de la mairie, et il s’exécute. A la limite, Dheilly, Robien, Mézin préfèrent promouvoir des moins compétents comme lui : c’est plus manipulable, comme des marionnettes... »

(exclusivité édition électronique)

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Vos commentaires

  • Le 4 mars à 14:11, par Duvauchel En réponse à : La maison familiale

    Il est revenu : retour à la maison amiénoise !


    A l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV), on connaissait l’Université du troisième âge. Désormais, une nouvelle université a été créée : L’Université du « recasage » !
    Dernièrement, le poste de Directeur Général des Services de l’UPJV a été attribué au Directeur Adjoint du pôle social de la mairie de Versailles…par le bon vouloir du Président de l’Université de Picardie Jules Verne, sans nulle doute au titre du copinage !
    Ce dernier, Hervé Dheilly, issu de la fonction publique territoriale (non titulaire de la fonction publique d’Etat...) a été engagé en tant que contractuel avec un salaire royal…
    Cette affectation soulève un problème : l’intéressé ne possède pas les compétences (qualifications, diplômes, etc…) exigées pour assurer une telle fonction. De plus, la connaissance du système universitaire lui fait totalement défaut…
    Mais qu’importe, il se décharge sur la Directrice Adjointe titulaire, compétente, qui bénéficie d’un salaire moindre…Il est bon d’être « copain » avec l’actuel Président, mais qu’en est-il de la bonne gestion de cette université ? Quid de la transparence ?

  • Le 29 mai 2013 à 18:49, par philippe En réponse à : La maison familiale

    il a pas changé je le vois très souvent hélas !

  • Le 11 janvier 2012 à 12:59 En réponse à : La maison familiale

    J’ai connu Dheilly Hervé dans les années 80 ! Une belle ordure, ne pensant qu’à son intérêt : voleur, menteur et fréquentant des voyous de son espèce. Je ne suis pas étonnée qu’il tire profit de toutes les situations...