Qui sommes-nous ?

15/02/2016

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On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Notre ligne

Depuis le premier numéro, en 1999, cet avertissement s’affiche à la Une de notre canard.

C’est qu’on aime bien la castagne. Et qu’elle nous le rend bien : on passe notre temps au tribunal (contre un patron du CAC 40, un journaliste aux ordres, un politicien imbus). Tous gagnés, pour l’instant, les procès.

On les remporte, parce qu’on n’aime pas trop les éditos, ni les chroniques. Nos dossiers s’appuient sur des reportages, des recherches dans les archives. Ça prend du temps, de l’énergie, mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas vos beaux yeux ? (Et vos euros…)

On n’aime pas trop « l’actualité », non plus. C’est « le bruit des vagues en surface », répète notre rédac’chef. « Nous, ce qui nous intéresse, il poursuit (un peu grandiloquent), c’est la réalité : le mouvement des plaques tectoniques en profondeur. » On a donc consacré des dossiers à l’intérim, à la psychiatrie, aux contrats emploi solidarité, à un accident du travail, à une salle de muscu dans un quartier popu. Ou même à « la métaphysique du tuning ».

C’est qu’on aime bien, enfin, cette variété, cette surprise. Que le lecteur ne sache pas trop sur quoi il va tomber au prochain numéro, ou même à la page d’après. Comme un cadeau surprise. Qu’on évite le côté « militant chiant », avec la litanie des violences policières, des sans-papiers maltraités, avec toujours les mêmes photos de défilé, de gens alignés à la tribune. Et tant pis si les purs et durs se plaignent de nos impostures, ou de nos papiers culs.

Bon, tous ces « On aime / On n’aime pas », ça fait pas une ligne bien droite. Plutôt tordue. Tant mieux ou tant pis.

Notre Histoire

En l’an de grâce mil neuf cent quatre vingt dix neuf, on mettait en page le premier numéro de Fakir. Le vieux PC ramait, ramait, ramait, ramait. Dès qu’on déplaçait un dessin, même d’un centimètre, il entamait des calculs infinis, le temps de boire un coup, de remonter, toujours pas fini, puis d’avaler une part de quiche lorraine, toujours pas fini, puis de nettoyer la vaisselle. C’est simple, rien ne fonctionnait, et nul mécène ne mettait du liquide dans les rouages. C’est que Fakir s’inscrivait, d’emblée, sous le signe de la lutte. Une lutte idéologique, obsessionnelle, contre un Journal des Amiénois qui se flattait de « voir la ville avec des lunettes roses » (JDA, été 99). Sabre au clair, la plume comme épée, les têtes de ses rédacteurs, de ses financeurs, tomberaient !

Mais avant ces gloires de papier, il fallait mener d’autres luttes, plus prosaïques, pour maquetter, imprimer, diffuser, et la ligne choisie, à notre grande surprise, n’attirait que modérément les investisseurs. Devant le numéro zéro, les banquiers se défilèrent avec une moue d’étonnement. Les commerçants ne se transformaient que rarement en annonceurs. La subvention promise de l’Université d’Amiens tardait jusqu’à l’annulation. Qu’importe : le dévouement remplaça l’argent. Le premier tirage fut ainsi agrafé à la main, jusqu’au crampes, par notre ami (ultralibéral et biélorusse) André et une étudiante lituanienne, main d’œuvre étrangère et bénévole...
Un pet dans le coquetèle

Fakir a débarqué, sans le savoir, sans le vouloir, sans se proclamer ni anarchiste ni libertaire ni rien, comme un chien fou dans un jeu de quilles institutionnelles. Dans le concert des politesses et des amabilités réciproques, notre premier numéro et les suivants ont résonné comme un coup de pistolet. Comme un prout sonore dans un coquetèle. Des malotrus, nous étions. On nous promettait, à la fac, des trente, quarante, cinquante mille francs de subventions, jusqu’à ce que l’engouement fléchisse : « Votre journal rappelle les plus mauvais temps de la collaboration ». « Les plus mauvais temps de la collaboration » ? Le jury, national, d’anima’Fac en jugea autrement : pour le même numéro, nous reçûmes un chèque de 8 000 F et le prix de « l’Esprit Civique »...

Le noyau doux

Sitôt le premier numéro paru, des bonnes volontés se sont signalées. Un noyau plus doux que dur, assemblage hétérodoxe de laïcards anars et de chrétiens sociaux, individus en rupture de parti, de syndicat ou d’église, chapelle où la nonne défroquée voisine avec le bouffe-curé. Les débats s’enlisèrent parfois, des portes claquèrent bien sûr, mais plutôt rarement, somme toute, dans une presse alternative accoutumée aux psychodrames et aux scissions. La ligne éditoriale, dogmatique, était rabâchée : des faits sociaux locaux, il nous fallait. Pas des éditoriaux. On ne prenait pas la parole, on la donnait d’abord : aux anonymes, à ceux, ouvriers, employés, stagiaires, etc, qui, dominés dans l’existence, sont ignorés dans les médias. On devait parler à nos amis de nos voisins, en gros, et pas d’article sans une modeste enquête.

Mais c’est la distribution, plus que la recherche d’informations, qui bouffait alors nos énergies : à quoi bon un journal si, mal diffusé, sans publicité, il n’est pas lu ? Il fallait vendre, donc, les mains dans le cambouis. Vendre à la sortie de la Macu (Maison de la culture), dans les bars, au Resto U, dans les couloirs du campus, vendre des abonnements, vendre par téléphone, vendre cinq, dix, vingt exemplaires à des enseignants qui revendraient dans leur collège et lycée, vendre au marché de Noël, des moufles au mains, devant des passants à l’indifférence méfiante où se devine la quintessence du tempérament picard... Une fièvre commerciale, nécessaire.

Un baroud qui dure

Si l’aventure fakirienne s’est inscrite dans la durée, c’est que le projet est devenu collectif, a trouvé mille bonnes volontés sur qui s’appuyer pour les illustrations, la mise en page, la diffusion, la logistisque... C’est grâce à eux. Grâce à des petits courriers aussi, reçus par la Poste avec des bulletins d’abonnements. Grâce à tous nos lecteurs, qui ne se dénombrent pas par millions, non, mais qui augmentent et dont on éprouve chaque jour, presque, la force de l’attachement à notre journal, et ça compte plus que l’audimat.

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Vos commentaires

  • Le 1er avril 2016 à 15:37, par desimpel En réponse à : Qui sommes-nous ?

    Bonjour je découvre votre journal sur le net après en avoir entendu parler par de nombreuses voies,cela me réjouie : son histoire ,comment il s’est construit ,l’idée que vous en faite.Moi qui suis plutôt anar sans faire partie d’aucun groupe ,mais surtout chercheuse de vie et de justice,je trouve dans fakir une ouverture d’esprit ,vous êtes reliés a plein de lutteurs différents ,cela montre un réel débat démocratique.Donc merci d’exister !j’irais vous suivre et je vous ai déjà relayé sur mon face book.Bonne journée et vive la vie !

  • Le 29 mars 2016 à 18:56, par Agnès En réponse à : Qui sommes-nous ?

    Je viens d’aller voir Merci Patron avec mes stagiaires futurs assistants RH (merci pour l’outil pédagogique !!). Ce film-docu nous fait passer par tous les sentiments : l’écœurement de voir toutes ces personnes anéanties par un seul homme, devant le constat des manipulations dont les personnages comme lui sont capables ; le rire grâce à l’humour dont les protagonistes savent faire preuve et une sensation de victoire rafraîchissante. Bernard Arnault n’est pas à 40 000€ près, mais je ne sais pas comment il va négocier l’humiliation... Bravo et merci pour l’intelligence de cette action et de ce film. Et merci pour la découverte de Fakir, enfin une presse que j’aurai envie de lire !

  • Le 28 mars 2016 à 22:56, par Jean-Louis PFEIFFER En réponse à : Qui sommes-nous ?

    Je viens de voir « Merci Patron » et suis presque en lévitation...
    Une belle leçon d’engagement doublée d’une invitation à marcher résolument hors des clous.
    Merci à François Ruffin et à toute l’équipe de Fakir.

  • Le 28 mars 2016 à 17:41, par meheust patrick En réponse à : Qui sommes-nous ?

    L’esprit de votre journal me séduit. Je suis l’auteur des perles des décisions de justice (Larousse 2015) ex Abus de pouvoir manifeste ! « L’employeur peut imposer à une salariée de porter un soutien-gorge sous son chemisier transparent » (Cour de cassation 22/07/1986). Authentique !!! Le recueil en comporte 250 du même acabit trouvées dans des recueils spécialisés. Les titres sont de moi ! Si cela vous intéresse on peut collaborer. Je publie une perle de temps en temps pour le fun. Je vous demande juste d’indiquer la provenance pour ma promo perso. Bravo pour ce que vous faites. Patrick Méheust (de Vannes) 02 97 63 40 45.

  • Le 28 mars 2016 à 13:20, par Clapi En réponse à : Qui sommes-nous ?

    Bjr à l’équipe Fakir,
    J’avais prévu d’assister à la projection« Ciné-culture » du Roxane hier soir à Versailles : complet ! plusieurs spectateurs bien déçus (la prochaine projo est prévue ce mardi à 13h30, pas très pratique pour ceux qui ont encore la chance d’avoir un boulot) qu’une seule « petite » salle ait été prévue.
    Alors en « plan B », ce soir (hasard de programmation ?) reportage sur la condition ouvrière sur France3.. à un horaire indigne (23h00 !) pour toucher le plus grand nombre..
    Je vous souhaite tout le succès que vous méritez, je comprends votre action comme « humaniste » avant tout, parce que sans les hommes, y’a pas de monde ni d’entreprise qui puisse tourner où chacun y trouve sa place.

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