Avant la fin, les Goodyear gagnent déjà !

par L’équipe de Fakir 05/01/2012 paru dans le Fakir n°(53) décembre - février 2012

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« Avec un accident du travail, en France, t’es une victime. En Chine, t’es un coupable ! Voilà pourquoi on résiste depuis quatre ans… »

Mickaël Wamen, délégué CGT de Goodyear d’Amiens, harangue une petite foule sur le parking devant l’usine. « C’est pas rien, quatre ans, pour les gens. C’est le temps de terminer de payer sa baraque, d’élever ses enfants, c’est de la vie… »
 Ça fait quatre ans, donc, qu’on se gèle les pieds de défilés en rassemblements, quatre ans qu’on bouffe des merguez dans une odeur de pneus cramés, quatre ans qu’ils passent et repassent devant les tribunaux – pour le « plan social », pour les amiantés, pour lever des blocages –, quatre ans que Mickaël, Evelyne et les autres remportent des procédures… et à la fin, on n’y comprend plus rien.

Faut en revenir au samedi 20 octobre 2007.

Ce jour-là, la direction de Goodyear-Dunlop pose une question aux salariés : « Pour donner un avenir au complexe d’Amiens, acceptez-vous ce projet qui devra être finalisé par un accord avec les représentants du personnel ? » Avec, dedans, un chantage clair : c’était « oui » ou le désastre, « oui » ou le « complexe d’Amiens » n’avait pas d’ « avenir ». C’était « oui » ou la plus grosse usine de Picardie fermerait doucement. Et le directeur menaçait encore plus franchement : « C’est au prix de ce plan que nous pourrons garder des emplois en France. » Ce « plan de modernisation » – la régression sociale porte toujours de jolis noms – ce « plan » prévoyait 450 suppressions de postes, un temps de travail qui augmente, et le passage en 4x8. En échange le site serait « maintenu » avec un « investissement de 52 millions d’euros » et 1 000 euros de primes à l’année. Sinon…

Malgré ces intimidations, les salariés ont voté « non ».

Non à 64 %.
Oui à 75 % parmi les cadres.
Non à 75 % parmi les ouvriers.
Tandis que planait cette menace, une dépêche Reuters tombait dans l’indifférence : « Goodyear monte en Bourse après un 3ème trimestre très supérieur aux attentes. » Depuis ce « non », le groupe américain tente de se débarrasser de Goodyear-Amiens. En fermant la boutique – mais les juges s’y opposent « en l’absence de cause réelle et sérieuse de licenciements ». En proposant des enveloppes – mais le syndicat CGT refuse ces enchères, qui montent. En refilant la patate chaude à un repreneur, Titan, moins connu, moins solide, qui lui pourra liquider à moindre frais : « On devait rendre notre réponse au 30 novembre, mais pour nous, c’est non : quand on leur demande ‘quel chiffre d’affaires vous prévoyez ?’, ils ne savent pas, dans leur tableau y a marqué ‘zéro’. Zéro, pour moi, c’est une boîte fermée. »

C’est pas un facile, le Wamen.

Grande gueule. Très modérément démocrate : « Pour moi, un syndicat, ça suffit. Les autres, c’est de la division. » Et faut pas donner dans le culte de la personnalité, certes, n’empêche que sans ces personnalités-là, avec leurs défauts, énormes, leurs égos pareils, leur tchatche, leurs gros bras, leur moral qui ne baisse pas, ou pas en public du moins, ces luttes héroïques flanchent bien vite. Tandis que là, ce sont les directeurs qui, en face, se relaient pour souffler : « Le nouveau juriste, il est bête, on croirait qu’ils l’ont acheté à la Foir’fouille. Non mais faut voir comment je l’ai astiqué : ‘T’étais à Pôle Emploi, ils ont demandé si y a quelqu’un qui connaît quelque chose au droit, t’as levé ta main droite et ils t’ont envoyé ici ?’ »

Et Titan aussi a préféré jeter l’éponge

Son patron, Maurice Taylor, s’est confié au Monde le 02 décembre 2011 : « Il aurait été préférable que Goodyear ferme toute son usine et que nous rachetions les équipements de fabrication des pneus agraires pour les produire hors de France. » Les salariés l’ont échappé belle, plutôt que de suivre les conseils avisés – et résignés – de tous les directeurs de cabinets socialistes...
« Tant mieux, » réplique Wamen. « Qu’il retourne dans son ranch ! »

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Vos commentaires

  • Le 9 mai 2012 à 13:40, par mercier En réponse à : Avant la fin, les Goodyear gagnent déjà !

    les salariées 3suisses étaient avec les Goodyear vendredi dernier sur leur invitation, ils viendrons nous soutenir le 7 juin à 9h00 au tribunal des prud’hommes de roubaix avec les PSA aulnay sous bois.
    Merci à eux c’est cela la solidarité

  • Le 20 février 2012 à 18:12, par Defrance En réponse à : Avant la fin, les Goodyear gagnent déjà !

    Fabriquez des pneus « Bonne Année » et faites un bras d’honneur aux yankee !
    Vous aurez des clients Français !

  • Le 10 janvier 2012 à 11:42, par Jahrool En réponse à : Avant la fin, les Goodyear gagnent déjà !

    Courage !!

    Tenez bon les Goodyear.

    Merci à Fakir de nous tenir informés =)