Myriam, toi aussi, tu vaux mieux que ça !

par François Ruffin 14/03/2016

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Lettre intime à Madame la ministre du Travail

Myriam,

(pour ce courrier, j’ai envie de te tutoyer)
On doit se causer, jeudi ou vendredi, et du coup cette nuit je me suis mis dans ta peau. Ça me vient comme ça, des fois, des élans d’empathie, avant de croiser un interlocuteur : à quoi il songe ? comment le convaincre ?

Tu le sais : même bricolée, même rafistolée, ton nom est lié à une loi d’infamie. Une étape de plus, pas la première, sans doute pas la dernière, dans la grande régression déguisée en « modernisation ». Ce texte, tu ne l’as pas écrit, tu ne l’as pas voulu, et c’est pourtant toi qui le portes aujourd’hui comme une croix. C’est ce connard de Valls (je ne mets que « connard », mais tu penses bien pire) qui te l’a imposé. Et depuis, tu subis une humiliation publique, ministre qui obéit à Matignon comme un chien bien brimé. Alors, ne serait-ce que par dignité : pourquoi ne pas démissionner ?

Ce serait, il est vrai, un saut dans le vide.
Sans polémiquer, mais j’ai rapidement regardé votre fiche Wikipédia (j’ignore pourquoi, mais je reviens au « vous »). Étudiante en droit, titulaire d’un DESS de science politique, à 23 ans, en 2001, vous entrez à la mairie de Paris, adhérez au Parti socialiste l’année suivante, devenez adjointe au maire à 30 ans, secrétaire d’État à la Ville à 36 ans, ministre du Travail à 37. L’ascension est rapide. La chute n’en serait que plus brutale.
Je suis là pour vous rassurer.

Claquer la porte, pensez-vous, et ce serait la fin de votre carrière ? Au contraire : il y a une vie derrière, une vie bien plus chouette, une vie qui s’ouvre à vous.
Vous le sentez, en ce moment, combien vous étouffez derrière les portes de votre cabinet. C’est l’asphyxie. Vous étiez fière de goûter à ça, aux moquettes épaisses, aux huissiers qui saluent, aux ors de la République. C’est bon maintenant, vous avez vu. Vous en connaissez l’ennui. Vous dépérissez.
Vous n’avez pas encore quarante ans, et dans cette atmosphère fétide, vous fanez trop vite. Demeurez sage, obéissante au Premier ministre, et quel avenir se dessine à vous ? De grouiller dans les calculs d’appareil ? De dépendre des caprices d’un Président ? De quémander une circonscription ? De ramper pour un parachutage ? D’épouser la médiocrité de votre parti ? Misères des fausses grandeurs !

Cette servilité, alors qu’une aventure s’ouvre à toi (je repasse au tutoiement des camarades). Il est encore temps. La rue sent ton malaise, elle ne te déteste pas complètement. Rejoins-la ! Cours dehors ! Viens respirer un grand bol d’air ! Tu peux quitter la scène sous les hourrah, bientôt ce sera sous les huées. Fais ce geste, et tu entreras dans les mémoires et dans l’histoire, bien plus sûrement qu’avec un strapontin éjectable au gouvernement.
Sois des nôtres, des manifs, des réunions dans les bistros, des AG à la Bourse du Travail, aide-nous à réinventer cette démocratie qui part en lambeaux. Démissionne et c’est promis : je t’attendrai sur le trottoir avec des fleurs. Sors la tête haute, par la grande porte, et j’en fais le pari : des citoyens, des lycéens, te feront une haie d’honneur. Et cette image fera le tour des télés et du monde.
Je ne te dis pas : « Renonce à tes ambitions », mais bien : « Élève tes ambitions. Démissionne. » Car toi aussi Myriam, tu vaux mieux que ça.

Le dilemme devant toi n’en est même pas : écoute un instant, un instant seulement, ta conscience, cette petite voix intérieure qui murmure et qui crie, qui te cause tant d’insomnies. Tu le sais, au fond de toi tu le sais : il n’y a pas à hésiter. Plonge. Plonge dans l’inconnu pour trouver du nouveau.

A bientôt,

François.

PS : pour les lecteurs qui se trouveraient ici par effraction : qui se porte volontaire pour la haie d’honneur ?

Merci, Myriam ! (épisode 1)
Merci, Myriam ! (épisode 2)

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Vos commentaires

  • Le 17 mars 2016 à 18:29, par Gilles Horvilleur, délégué syndical CGT En réponse à : Myriam, toi aussi, tu vaux mieux que ça !

    « Ce texte, tu ne l’as pas écrit, tu ne l’as pas voulu, et c’est pourtant toi qui le portes aujourd’hui comme une croix ».
    Lire “Le Medef veut faciliter les licenciements des salariés en CDI”, publié le 28 mars 2015 à 09h42
    http://bit.ly/1TNUM8g
    MEK est nommée ministre du Travail le 2 septembre 2015…

  • Le 17 mars 2016 à 13:37, par Pierrot de Pont En réponse à : Myriam, toi aussi, tu vaux mieux que ça !

    C’est beau, généreux, courageux même (un brin naïf ?) de croire en la bonté et la grandeur de l’âme humaine, hiérarques gouvernementaux compris.
    Il en faut sûrement des comme toi pour que le monde continue d’avancer vers le meilleur quand tant s’ingénient à le faire reculer et régresser au nom du profit-roi.
    Il paraît qu’on peut déradicaliser certains fanatiques islamistes, mais c’est peut-être plus facile que des idéologues socialo-libéraux chez qui la culpabilité honteuse tient lieu de refoulé.
    Même si à la fin c’est eux qui vont perdre (leur âme pour commencer) !

  • Le 16 mars 2016 à 23:27, par bruno Richer En réponse à : Myriam, toi aussi, tu vaux mieux que ça !

    T’en a pas marre de les faire rigoler tou-te-s ? avec tes lettres, tes videos... les hotesses, gardiens, et les autres ... Fais gaffe, ça peut se terminer en ’THEMROC’ ou ’L’AN 01’, j’ai bien peur
    Et là, je ne réponds plus de rien. Du tout.
    bruno

  • Le 16 mars 2016 à 17:21, par sophie b En réponse à : Myriam, toi aussi, tu vaux mieux que ça !

    Bon heu, les poutous et le beau sourire, bofbof comme commentaires.

    A part ça, j’avoue, Madame El Khomri je ne la connaissais pas avant, mais pour le principe, si elle démissionne je veux bien quitter tout exprès mon Molenbeek, pour être dans la haie d’honneur.
    En plus, après avoir écouté Pierre Jacquemain son « ex-conseiller stratégique » sur Arrêt sur Images, et si elle ne tarde pas trop, je pourrais encore avoir un peu de sympathie pour elle. Mais faut pas qu’elle traîne trop quand même...
    En attendant, tiens bon François ! On rêve d’être avec toi dans le hall du ministère !

  • Le 16 mars 2016 à 17:12, par Rey En réponse à : Myriam, toi aussi, tu vaux mieux que ça !

    Je suis partant pour lahaie d’honneur !

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