Mais qui est M. Bigard ?

par Baptiste Lefevre, François Ruffin 29/09/2016

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La direction du groupe vient d’annoncer la fermeture du site d’Ailly-sur-Somme, à deux pas de chez nous. Mais c’est qui, Jean-Claude Bigard, son presque unique actionnaire ?

D’après le classement Challenges, Jean-Paul Bigard est la 166e fortune française. Il a grimpé de quatre places au palmarès, avec des richesses en hausse – qui atteignent les 400 millions d’€. D’après le magazine : « Ce Breton de 66 ans contrôle, avec sa famille, 90 % du n°3 européen de la viande (chiffre d’affaires estimé : 4,3 milliards d’€) ainsi que les marques Charal et Socopa. » À noter également que, en infraction à la loi, en toute illégalité : « Il ne publie pas ses comptes. » Difficile, donc, sur la dernière année, d’évaluer les bénéfices, qui s’élèvent sans doute à plus de cent millions.

Des aides à la pelle
En 2014, le groupe Bigard a touché 32 millions d’€ d’aides de l’État ! À la fois en Crédit impôt compétitivité emploi (inventé par la gauche, Hollande) et en allègements sur les bas salaires (créés par la droite, Fillon).
Ces aides, distribuées aux multinationales, ne sont absolument pas conditionnées à des créations d’emplois, à des clauses sociales, ou à des exigences environnementales.

À Ailly-sur-Somme
En 2007, le site d’Ailly comptait 323 salariés. Contre près de trois fois moins, 123 officiellement, en 2015 (voir : tableau des effectifs du site d’Ailly ci-dessous). Il est clair que Bigard n’a racheté cette usine que pour mieux la fermer.
Sans le dire, jusqu’ici.
Assurant au contraire, en mentant, que l’activité serait maintenue, etc.
Cet abandon par le groupe a produit un malaise chez les salariés, qui percevaient bien l’absence d’avenir. D’où des dépressions, des ruptures conventionnelles, des démissions, des absences pour maladies, etc., qui ont permis à Bigard de dégraisser les effectifs sans « plans sociaux », sans avoir à payer.

Santé
Dans un rapport d’expertise pour le CHSCT, le cabinet Emergences relevait ainsi des « troubles du sommeil, de la tension, de l’anxiété, de la morbidité, irritabilité. »
Et d’offrir des témoignages :
« Je suis suivi par un psychologue. Ma vie familiale est détruite, et puis la santé... Je n’ai plus de sommeil. »
« Je fais de la tension, avant je n’avais pas de tension. J’ai du mal à dormir plus qu’avant, je me réveille en pleine nuit. Trois à quatre fois. »
Jusqu’à cet échange en CHSCT :

Un syndicaliste : Comment se fait-il que des salariés sont à deux doigts du suicide ?
Le directeur : On n’est pas là pour régler les problèmes de santé des uns et des autres.

Voilà qui en dit sur les valeurs d’humanisme du groupe…

Éleveurs
À Fakir, on avait déjà croisé Bigard sur un autre dossier : la crise du porc.
Bigard était le groupe qui tirait le plus les prix vers le bas, poussant des agriculteurs à la faillite ou pire. Eux évoquaient « le retour à un système féodal »
Comme quoi, y a pas que les ouvriers à en souffrir.

Notre point de vue
Bigard a très largement les moyens de payer, de payer pas seulement pour la fermeture aujourd’hui mais pour les années de souffrance et de silence.
Par exemple, on pourrait exiger que soient reprises toutes les aides accordées par l’État. Une trentaine de millions, divisé par 94 salariés licenciés, soit aux alentours de 300 000 € par personne !

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Vos commentaires

  • Le 29 septembre 2016 à 13:32, par Zimmermann margarita En réponse à : Mais qui est M. Bigard ?

    Nous Connaissons ce genre de procédé. Je crois qu’on devrait finir avec cette suprématie médiévale des patrons qui se croient tout permis. ÉT qui peuvent « acheter » beaucoup des personnes impliqués.
    Il faudrait se battre.

  • Le 29 septembre 2016 à 12:45, par Guignet En réponse à : Mais qui est M. Bigard ?

    Ex salarié et délégué syndical de MoryDucros, plus gros plan social du quiquennat de simplet, je pense qu’à force de mettre les salariés dans le désarroi le plus complet, les grands patrons devraient se méfier ! Des groupes, type action direct ou les brigades rouges pourraient ressurgir ! Je ne suis pas pour la violence, mais je peux comprendre ceux qui la prône, car la fermeture d’un site ou d’une entreprise est d’une violence inouïe pour les salariés surtout quand l’actionnaire s’engraisse au passage !

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