Le « Marcel Tour ! »

par L’équipe de Fakir 14/02/2019

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C’est à un autodafé que s’est livrée la police, à Dions : ils ont détruit « Marcel » !
Dans la France de Macron, on casse les oeuvres qui menacent le pouvoir.
Mais le peuple vaincra : « Marcel » va renaître, et partir en tournée... jusqu’aux Champs-Elysées ?

« Oh ! Punaise ! Mais c’est quoi, ça ? C’est qui, ce type-là ? »
Entre Nîmes et Alès, notre Berlingo venait de doubler une file de camions à l’arrêt. La pluie coulait sur le pare-brise, et entre deux allers-retours des essuie-glace, au milieu de nulle part, dans un paysage de boue et de béton, on découvre ça : un tableau géant.
"C’est qui, ce gars-là ? on se renseigne.
- C’est un vieux monsieur qui s’appelle Marcel, Marcel Sanchez, un maçon à la retraite, d’origine espagnole. Il a 77 ans, et il passe ses après-midis ici.
- Mais alors, comment le peintre l’a choisi lui ?
- Eh bien, il a regardé son visage, il a vu qu’il contenait les douleurs, les fatigues de la vie. Regardez. Et puis aussi, dans sa moustache, dans son oeil, comme une lumière, comme un sourire..."

J’étais ému.
"Hier matin, reprenait Dédé, Gilet jaune de Dions, les toutous de Macron sont venus tout démonter, on a préféré brûler notre cabane nous-mêmes. Mais la toile, on l’a sauvée !
- C’est un peu votre totem ?
- Voilààà !"
s’écria un choeur.

C’est le meilleur de l’art, non ?
De venir s’installer, comme ça, au milieu des hommes, de tirer une figure inconnue du néant ? Et que tous s’y reconnaissent, que tous en ressentent une fierté ? C’était un peu une mise en abyme de notre film. Du coup, j’entamais un discours :

« D’habitude, dans la peinture, ce sont les saints, les rois, qui ont le droit à des tableaux comme ça... Aujourd’hui, à l’entrée de toutes nos villes, ce sont les marques qui s’affichent comme ça, en quatre par trois, Dunlop, Carrefour, MacDo... Là, c’est ’Marcel’, c’est personne, c’est tout le monde, c’est vous, c’est moi qui sommes élevés à cette dignité. Dans ce geste, dans votre tendresse pour ’Marcel’, je vois une révolte, une révolte esthétique : on ne lutte pas que pour des salaires, pour du pouvoir d’achat, mais aussi pour la beauté. La beauté on y a droit ! »

La semaine d’après, on apprend ça : les policiers ont, de nouveau, évacué le rond-point de Dions. Mais cette fois, ils ont capturé « Marcel », et ils l’ont cassé ce portrait géant. Ils ont méthodiquement détruit « Marcel ». Qu’on imagine l’inverse : si un Gilet jaune, muni d’une hache, était entré à la fondation Louis Vuitton ? Avait défoncé les « installations » de Bernard Arnault ? Le scandale national, aussitôt, international peut-être ! L’atteinte à la Culture ! Quels ignares, ces Gilets !
Là, c’est un autodafé tranquille dans la France de Macron. C’est la culture populaire qui est piétinée par le pouvoir, saccagée, humiliée. Une oeuvre qui appartenait au peuple, et qui - les forces de l’ordre au fond ne s’y sont pas trompées, les censeurs sont de bons lecteurs... - qui donnait force et courage à ces Gilets jaunes du Gard, dans le froid, sous la pluie.

« Marcel » brisé, on ne pouvait s’y résigner !
On a rencontré l’artiste, Swerd, qui est d’accord : « Vous me donnez le matériau, les panneaux, le madrier, et je le refais. » On a appelé Dédé, dans la foulée : « Mais ouais, sans souci, on va trouver ça ! », et lui fourmillait déjà d’idées : d’emmener Marcel dans une tournée qui se terminerait... aux Champs-Elysées !

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