Fallait pas fâcher Sacha

par Cyril Pocréaux 26/10/2020 paru dans le Fakir n°(94) Juillet-Août

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L’éducation nationale ne voulait pas de Sacha au collège ? La foi de ses parents dans le service public allait renverser un rectorat…

« Sacha, elle est quand même super contente d’aller au collège avec ses frangines. Et puis, elle sait qu’on s’est battus pour elle. » On décèle une pointe de fierté, dans la voix de Christelle, la maman. Elle a bien le droit. Car ce fut une bataille, une vraie, une longue, pour que la petite brunette, 11 ans, poursuive sa scolarité au collège, dans sa ville de Douarnenez, en Bretagne.
« Sacha est née en 2009 avec plusieurs handicaps rares. Elle est dysphasique sévère, et dyspraxique sévère, aussi, ça complique tous ses gestes quotidiens, ça implique des troubles du comportement et de la parole… » égrène Christelle. La petite fille, la troisième parmi quatre sœurs, suit « un emploi du temps de ministre ». Les rendez-vous avec l’orthophoniste, le psychomotricien, le neuropsychologue, et une batterie d’autres spécialistes rythment son quotidien. N’empêche, elle suit une scolarité classique. « C’est une mobilisation silencieuse, un travail formidable des équipes enseignantes, du personnel municipal, des AVS, insiste la maman. Dès la petite section de maternelle, elle avait une assistante avec elle, tout le temps. Dans notre malheur, on a eu beaucoup de chance. » Sacha progresse, s’accroche, redouble son CE2 mais avance.

Sauf que l’horizon ressemble à un mur : pas la moindre classe spécialisée dans les collèges du coin. Alors, prévoyants, les parents contactent le rectorat dès 2016 (!), quatre ans à l’avance, pour que l’académie prépare, dans un collège, l’ouverture d’une classe Ulis. Parce qu’au-delà de Sacha, les écoles primaires comptent d’autres enfants handicapés, qu’il faudra bien scolariser… Gros dossier, donc, envoyé partout, appel l’« égalité des chances », demandes de rendez-vous. Les formules officielles, creuses, reviennent en boomerang : « Une enquête est en cours afin de définir si c’est opportun », « c’est en réflexion », « on vous tiendra au courant »... Les élus sont contactés, ils répondent poliment, seule une conseillère départementale les écoute, réellement. La députée LREM du coin est aux abonnés absents.
Les années passent, rien ne se passe. « Pour nous, pas question d’aller dans le privé : le service public doit être capable d’apporter une solution à tous les enfants », estime Christelle. Les parents et leurs amis lancent une pétition. En février dernier, un nouveau « en cours de réflexion » leur parvient…

« Alors, on s’est fâchés », gronde la maman.
Une lettre ouverte est lancée, suivie d’un gros article dans le Télégramme, le journal local. C’est beau, parfois, si, si, le pouvoir de la presse : dix jours plus tard, à peine, le sénateur appelait le maire : l’affaire était réglée, une classe Ulis ouvrira bien au « collège Jean-Le Bris » de Douarnenez. L’annonce crève le silence. « Depuis que l’affaire est sortie, beaucoup de gens nous ont contactés. Des parents qui étaient dans le même cas que nous mais qui, fatigués, avaient laissé tomber, d’autres qui n’avaient pas pu faire les démarches… Je ne suis pas naïve : je ne pense même pas que le rectorat l’aient menée, son étude. Si ça a basculé, c’est parce qu’on n’a pas lâché. Faut jamais désespérer. De toute façon quand on a un enfant handicapé, c’est comme ça : on ne lâche jamais rien, et on apprend en faisant. »
A la rentrée 2021, puisqu’il lui reste le CM2 à suivre, Sacha ira donc retrouver ses sœurs au collège de la République.
Cette simple banalité, il aura pourtant fallu l’arracher. En tout cas, le cartable est déjà prêt.
Et à la fin, c’est l’égalité qui a gagné !

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