Emmanuel Todd : « C’est impossible… mais c’est le meilleur moment ! »

par François Ruffin 23/11/2016 paru dans le Fakir n°(78 ) décembre 2016 - janvier 2017

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Avant de plonger les deux pieds dans la bataille, j’ai sondé ma pythie préférée : Emmanuel Todd.

C’est le passage d’un portrait des Inrocks, sur ma pomme, parfaitement immodeste, limite mégalo :

Emmanuel Todd, qui avait prédit la chute de l’URSS et le déclin de la puissance américaine, voit en Ruffin l’homme qui peut réconcilier la gauche avec les classes populaires. “J’ai un espoir et une formule pour le résumer, explique Todd. Je la prononce quand j’essaie de me rassurer sur l’avenir : François Ruffin, c’est la vraie alternative de gauche à Marine Le Pen.”

Eh bien moi, les jours de doute, c’est-à-dire à peu près tous les matins, quand il crachine sur Amiens comme il bruine sur mon cœur, quand me saisit l’à-quoi-bon devant ma petitesse, eh bien, pour retrouver une fierté, et donc de la force, je me répète cette formule d’Emmanuel Todd : « François Ruffin, c’est la vraie alternative de gauche à Marine Le Pen. »

Avant de plonger, j’ai donc rencontré ma pythie préférée.
Pour le sonder.

Todd : Tu dois y aller, a-t-il aussitôt tranché, enchanté.
Ruffin : Mais pourquoi ?
Todd : Eh bien, tu vois, au début des Sept Mercenaires, y en a un qui raconte qu’il s’est jeté dans un cactus, qu’il est esquinté de partout. Et les autres lui demandent : ‘‘Mais pourquoi tu t’es jeté dans un cactus ?’’ Lui répond : ‘‘Je ne sais pas, parce que ça m’a tenté…’’
Ruffin : Donc, je dois me jeter dans le cactus électoral ? C’est tentant !
Todd : Prends ça comme une expérience.
Ruffin : Ouais, je prends des notes, j’en ferai un bouquin, avec les coulisses, mes discussions avec les gens…
Todd : Voilà, extra. Dis-toi que tu vas en faire un grand livre, sur la société française, et comme ça t’es libéré des résultats…
Ruffin : Mais à part l’expérience masochiste, à quoi ça sert ?
Todd : Si j’essaie d’être sérieux, je dirais : c’est impossible, mais il n’y aura jamais de meilleur moment ! On ressent comme une apesanteur, une vie politique ridicule, comme un appel d’air. Il y a un sentiment de vide, de fin de cycle, dont témoignent Trump, Sanders, le Brexit, Corbyn… Mais même Macron : il n’existe que parce que tout le monde est désespéré, les gens sont prêts à prendre n’importe quoi.
Ruffin : N’importe quoi, donc pourquoi pas moi !
Todd : Oui, les gens peuvent se dire : perdus pour perdus, après tout, pourquoi pas lui. Au moins, on va essayer un truc nouveau. Même les pires des journalistes éprouvent cette fatigue : le retour de Sarkozy, ou alors c’est Juppé, face à Hollande, quelle usure.
Ruffin : Et à quoi ça servirait ?
Todd : Si tu gagnais, ce serait le signe d’une inversion, que ça peut repartir à gauche. Tu as passé je sais pas combien d’années à te bagarrer tout seul sur le protectionnisme, et ce thème a foutu en l’air la campagne électorale américaine. Donc, ça devrait te donner confiance. Aujourd’hui, du Brexit aux USA, la preuve est faite : la globalisation est fatiguée dans le monde qui lui a donné naissance. C’est ça ta question, c’est pas la victoire, c’est pas la défaite. Toi, tu dois te demander : comment aller plus loin ? Comment faire macérer les éléments idéologiques ?
Ruffin : Et tu verrais quoi, par exemple ?
Todd : L’axe de ta campagne, je pense, ça doit être de casser la fragmentation entre ‘rebeus’ et Picards. Il faut parler directement aux électeurs du Front National et aux gens d’origine étrangère, leur dire : ‘‘Vous êtes les deux groupes qui se font enculer. Vous, les prolos blancs, vous vous faites enculer par le FN. Vous, les prolos de couleur vous vous faites enculer par le PS. Tant que vous vous opposez l’un à l’autre, vous êtes cuits. Il faut la fraternisation de ces deux groupes…’’ Et tu refais la Fête de la Fédération à Amiens !

Voir en ligne : Candidat ? Pourquoi pas...

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Vos commentaires

  • Le 23 novembre 2016 à 19:21, par devaud En réponse à : Emmanuel Todd : « C’est impossible… mais c’est le meilleur moment ! »

    oui allez-y ! du sang et des idées neuves et généreuses pour nous galvaniser
    Moi en tout cas j’ai la foi !

  • Le 23 novembre 2016 à 18:58, par Bernard FOUCHER En réponse à : Emmanuel Todd : « C’est impossible… mais c’est le meilleur moment ! »

    3/ Nous ne serons pas prêts pour 2017, et alors ? échapper au FN en 2017, mais que ce soit un Juppé, Fillon, Vals, Macron, Hollande et Montebourg, leur politique nous assurera qu’en 2022 on soit sûr que le FN passera si on n’a pas une alternative crédible à proposer d’ici là, les luttes ne suffiront pas, il ne suffit plus d’être sur la défensive et d’être contre, il faut proposer un autre cadre.

    Au mieux si Mélanchon faisait un meilleur score que le PS, cette nouvelle donne changerait le rapport de force avec le PS comme le PS l’avait changé en passant devant le PC, cela nous donnerait peut être la possibilité d’influer sur le programme à venir pour 2022, ou alors il faut croire au grand soir... à force de vouloir aller trop vite vers les élections dans un contexte de démocratie verrouillée et plus représentative, on ne construit l’espoir de demain, on se contente d’incantations. Aurions nous perdu la faculté qu’ont eu en pleine résistance à l’ennemi fasciste ceux qui ont construit le programme du Conseil National de la Résistance ?

  • Le 23 novembre 2016 à 18:57, par Bernard FOUCHER En réponse à : Emmanuel Todd : « C’est impossible… mais c’est le meilleur moment ! »

    2/Il faut être en mesure de présenter une alternative crédible à travers un nouveau programme d’un Conseil National de la Résistance pour avoir une chance d’être entendu, il ne suffit pas de dénoncer et se déclarer différent, il faut détailler objectifs, moyens, étapes et planning pour aller vers un monde de partage et de fraternité. Et cela nécessite du temps, d’organiser des rencontres pour construire ce socle de programme, et si tu te lances dans cette aventure électorale avant d’avoir entamer ce travail, tu ne l’auras plus.

    C’est ce qu’a loupé ATTAC en terme d’éducation populaire qui s’est arrêté avant la construction d’un programme freiné par les organismes la constituant, par un conseil scientifique privant une réflexion par ses positions dogmatiques non discutées, par des ego, c’est ce qu’a loupé le Front de gauche en appelant à se regrouper autour du PC et du PG mais refusant notamment toute discussion sur la sortie de l’Euro et de l’UE, c’est ce que la dynamique de Fakir et des nuits debouts pourrait permettre avec la participation de nombreux groupuscules, de personnalités actuellement éparpillés et peu audible.

  • Le 23 novembre 2016 à 18:56, par Bernard FOUCHER En réponse à : Emmanuel Todd : « C’est impossible… mais c’est le meilleur moment ! »

    1/ ça peut être tentant pour donner de la voix à tous ceux qui veulent une autre manière de faire de la politique, mais j’y vois quelques points négatifs :

    être élu dans le cadre du fonctionnement actuel peut servir à dénoncer le fonctionnement, à avoir plus facilement accès aux médias mais tu serais complètement isolé ou obligé de te rallier à un groupe...et lequel puisqu’ils sont tous européistes sauf les non fréquentables

    le temps que prend une campagne électorale est très chronophage et ne laisse plus le temps au reste, c’est le piège dans lequel le M’PEP alias PARDEM s’est engouffré et la dénonciation des stratégies croisées partis/multinationales n’est pas un programme de société, il s’agit de travailler toutes les thématiques d’une nouvelle société (modes de production, agriculture, politique énergétique, politique monétaire, culture, enseignement, santé, perte d’autonomie, emploi à travers de nouveaux modes d’identification des besoins, modes de démocratie,...,) avec ceux qui ont travaillé sur ces domaines même s’ils n’ont pas encore compris qu’il fallait sortir de l’UE, de l’Euro et de l’Otan pour mettre en œuvre cette nouvelle organisation sociétale, que les urgences sociales, climatiques, écologiques ne peuvent pas se satisfaire du temps qu’il faudrait pour changer le mode de fonctionnement d’une UE construite au service des multinationales.

  • Le 23 novembre 2016 à 18:49, par Clement En réponse à : Emmanuel Todd : « C’est impossible… mais c’est le meilleur moment ! »

    On a pas les finances de Mamie Bettencourt, ni les contacts de Lybie, mais on a des idées et des bras pour animer la campagne ! On commence quand ?

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