Pas de Cahuzac chez nous

par François Ruffin 26/04/2013

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Alors que sort, ce samedi 27 avril, le numéro 60 de Fakir, j’entends cette réflexion : « Ah, en ce moment, vous devez avoir du boulot ! Avec l’affaire Cahuzac, vous devez vous régaler. » Eh bien non. Et voici pourquoi nous ne tirerons pas, ni dans ce numéro de Fakir ni dans les suivants, sur l’ancien ministre du Budget.


D’abord, l’homme est déjà à terre – et il y a de la lâcheté à venir le piétiner avec la meute des hypocrites indignés, des tartuffes scandalisés.

Ensuite, qu’on énonce son pire tort : il a eu la faiblesse d’avouer. Quand Jacques Chirac a menti sans trembler durant des décennies, quand Nicolas Sarkozy et Édouard Balladur nient encore l’évidence dans l’affaire Karachi, quand Jean Tibéri se réfugie derrière un futur jugement en cassation plutôt que de prononcer des excuses, etc.

Aussi, on entend que Pierre Moscovici serait « dans la tourmente ». Et pourquoi ? Parce qu’il n’aurait pas contrôlé Cahuzac, son ministre de tutelle. Mais c’est une broutille, ça, tout de même, à son palmarès : Moscovici a présidé, durant des années, succédant à Dominique Strauss-Kahn, le Cercle de l’Industrie. Un lobby qui rassemble les plus grosses boîtes françaises.
C’est une information publique.
Nous l’avons écrite avant la présidentielle.
Et ça nous paraît bien pire, comme casserole : au ministère de l’Économie, on a placé le socialiste le plus proche des patrons, qui les côtoie chaque mois, qui a exercé du lobbying pour eux, et qui mène donc une politique conforme aux intérêts du CAC 40. Voilà pour quelles raisons de fond, oui, il doit dégager de Bercy.

Car cette affaire hyper-médiatisée joue un rôle net : de diversion. En témoigne cet échange, sur France Inter, entre deux éditocrates :

Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po : Le problème qui se pose aujourd’hui, c’est qu’il n’y aura pas d’oubli avant les scrutins prochains, de mars 2014 et de juin 2014, et donc nous allons retrouver dans les urnes ce qui a commencé hier avec cette série d’aveux.

Jean-Marie Colombani : Ce que dit Dominique est très vrai, sur la montée prévisible des populismes. Voilà le principal ferment, le principal terreau de la montée des populismes. (France Inter, 8/04/13).

C’est faux. Si « les populismes » grimpent d’ici les prochains scrutins, si le Parti socialiste se prend une branlée, ce ne sera pas à cause du docteur Cahuzac et de ses comptes en Suisse ou à Singapour. Une vétille, ça. Un détail. Non, le « principal terreau », ce sont les choix économiques, les décisions anti-sociales, le conformisme budgétaire, l’orthodoxie européiste, la soumission aux désidératas du patronat, la docilité envers Bruxelles et Berlin – autant d’orientations que la classe dirigeante ne veut pas, surtout pas, n’accepte pas, de remettre en cause. Mieux vaut croire, alors, et donner à croire, qu’un résultat calamiteux dans les isoloirs ne signifiera que ça : le Peuple réclame « une moralisation de la vie publique », cette ritournelle.

L’arbre Cahuzac ne doit pas masquer cette forêt : la politique, tout simplement. La reprise en main de notre destin commun – ou l’abandon à la fatalité mondialisée du laisser-faire.
Voilà notre vraie question, loin de la mousse des médias.

François Ruffin

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Vos commentaires

  • Le 29 avril 2013 à 17:17, par Rj En réponse à : Pas de Cahuzac chez nous

    Excellent !

  • Le 28 avril 2013 à 00:05, par Chantal Roussel En réponse à : Pas de Cahuzac chez nous

    « Ensuite, qu’on énonce son pire tort : il a eu la faiblesse d’avouer... »
    Merci de dire cela, car je me sentais bien seule !!! On n’arrête pas d’entendre « son tort, c’est d’avoir avoué » ... Autrement dit il a « trahi » le système et ses « compagnons de système » . Je suis outrée (je sais, c’est plus à la mode de dire « indignée ». Ses torts, leurs torts, ce ne serait pas d’avoir piqué impunément du fric et magouillé ds les affaires de labos, de promotion auprès de Bachelot pour vendre du vaccin anti-grippe H5N1 etc..., d’avoir posé des cheveux à 1 million au noir le cheveu.... Son tort c’est d’avoir révélé ce système-là !!! C’est incroyable ; et je suppose que même si on le dit « foutu », il ne se pose pas trop la question de savoir comment il va payer sa chbre d’hôtel 5 étoiles ce soir ou/et demain ni comment il va manger !!!
    Merci de ne pas entrer dans ce jeu là et bravi Fakir, Zyvas, continuez ^_^

  • Le 27 avril 2013 à 00:07, par Frédéric Maurin En réponse à : Pas de Cahuzac chez nous

    Allez, avant d’en terminer, j’en rajoute un peu : rejoignez le Comité de Soutien à Jérôme Cahuzac -CSJC-

    http://rupturetranquille.over-blog.com/lettre-%C3%A0-cahuzac

  • Le 26 avril 2013 à 19:00, par Guénot En réponse à : Pas de Cahuzac chez nous

    bonjour, j’ai entendu dans c dans l’air, Todd disant que les hauts fonctionnaires avaient la main mise sur le fonctionnement de l’administration, bloquant les politiques, approuvé par Thréard du Figaro qui n’est pas ma tasse de thé, loin de là, celui-ci renchérit en disant que le ministère de l’agriculture est surchargé de ces personnes (sic), que Bercy est ingouvernable et qu’il y a trop de porosité avec la finance, les hauts fonctionnaires passent du public au privé et vice-versa, bonjour la tambouille ...

  • Le 26 avril 2013 à 17:50, par Bernard DAUPHINÉ En réponse à : Pas de Cahuzac chez nous

    Et puis, si Fakir devait s’en prendre à tous les fraudeurs du fisc, il devrait multiplier par 100 sa pagination. Sans compter les membres de la Rédaction (pas de noms, mais des initiales, par exemple F.R.) qui ont des comptes dans les îles Crocodiles (ou Gavial, je ne sais plus, de toute façon c’est caïman la même chose, non ?) pour planquer les monstrueux bénéfices du journal...

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