Là-bas : j’y suis, j’y reste !

par François Ruffin 01/07/2014

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Qu’on se mobilise, pas seulement pour « sauver Là-bas », pour défendre notre principal bastion, mais pour réclamer plus.

« Pour moi, le vrai déclic, c’est Là-bas si j’y suis. » C’est Kamel, camionneur - dont on retraçait le parcours intellectuel dans le Fakir d’automne - qui témoignait ainsi. Mais à combien d’autres cette émission a également servi de porte d’entrée dans la dissidence ? La semaine dernière encore, j’étais aux rencontres de Gérard Filoche, de la gauche du Parti socialiste, et un secrétaire de fédération, de la Nièvre je crois, me remerciait parce que : « j’étais un peu libéral, et Là-bas a complètement changé mon regard. » Jusqu’au Venezuela, j’en ai rencontré, des hommes pour qui Là-bas avait servi d’« université politique » mais l’heure n’est pas à accumuler ces témoignages pour tresser une jolie oraison funèbre.

On peut rappeler, vite fait, une paire d’évidences : alors que plein de trucs se prétendent d’« éducation populaire », Là-bas si j’y suis l’a plutôt réussi, durant un quart de siècle, auprès d’auditeurs par centaines de milliers. C’était le principal bastion, le plus massif, pour la diffusion d’une contre-pensée, de Attac à Lordon, en passant par Castoriadis, Halimi, Chomsky, dans une relative diversité – Mermet étant assez éclectique, voire mouvant, pour embrasser large. Dans les reportages, on trouvait l’écho de luttes menées par des militants de la CGT, de Solidaires, de la CFDT (et oui, car il y a des lutteurs aussi, encore, à la CFDT), de FO, de la Confédération paysanne, et très souvent, le plus souvent peut-être, d’associations nationales ou locales, Survie, les Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, etc. Des sympathisants du Front de gauche, des Verts, du NPA, mais aussi du Parti socialiste, se retrouvaient dans cette émission creuset, qui rassemblaient davantage que les chapelles partisanes.

Une fois énoncé tout cela, il faut mesurer, non pas ce que Mermet perd (ce n’est pas la question ici), mais ce que nous perdons. C’est un trait d’union qui disparaît. Ce sont des consciences qui ne s’éveilleront pas à l’injustice, tant tout est fait pour les endormir. Ce sont des esprits qui seront quotidiennement laminés par le refrain « Il n’y a pas d’alternative ». Contre le poison de la résignation, c’est un antidote qui ne sera plus délivré.

Je voudrais m’adresser, ici, aux lecteurs de Fakir, aux auditeurs de Là-bas bien sûr, aux animateurs des repaires, mais aussi aux militants, aux dirigeants, des syndicats et des partis de gauche, croisés dans des meetings ou des manifs, aux Mélenchon, Laurent, Canfin, Joly, Le Paon, etc. – car liquider Là-bas est une décision politique, qui réclame une réponse politique. Car pour mener une bataille, nous avons besoin d’organisation, et donc aussi d’organisations :

1. La gauche va mal. Elle divisée, morcelée, aux abois. Je l’ai dit : nous avions avec Là-bas un trait d’union, une émission creuset. C’est l’occasion d’un combat commun ;

2. On l’a assez répété, citant Gramsci, qu’aucune victoire politique n’est possible sans, au préalable, une bataille des idées. Et sans, évidemment, des canaux pour diffuser ces idées : la question des médias n’est dès lors pas subalterne, mais prioritaire ;

3. Le service public de la radio, et de la télévision, est bien sûr l’affaire de tous, et non d’un potentat débarquant d’Europe 1, ou d’un gestionnaire n’ayant jamais monté une minute, jamais animé une heure d’émission, subitement nommé « directeur », et recevant les pleins pouvoirs pour faire valser les programmes à sa guise.

Dès lors, il convient que la mobilisation soit ambitieuse, ou qu’elle ne soit pas. Qu’elle vise, pas seulement à « sauver Là-bas », comme une espèce de totem, mais à réclamer plus : deux heures par jour, par exemple, et entre 17 h et 19 h. Et surtout : la présence d’auditeurs au Conseil d’administration.

Des premiers échanges se dérouleront ce jeudi 3 juillet au Cabaret Sauvage (Parc de la Villette - 59 boulevard Macdonald, à 18 h). D’autres suivront ce samedi 5 juillet à 19 h 30, à l’occasion des Rencontres déconnomiques d’Aix-en-Provence. Et nous nous appliquerons à sonder les cœurs, à peser les forces, pour rassembler large et défendre avec efficacité notre principal bastion.

Pour signer la pétition en ligne, c’est par là !

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  • Le 9 juillet 2014 à 02:09, par anonyme En réponse à : Là-bas : j’y suis, j’y reste !

    Très rapidement :

    Est ce que ya pas moyen de migrer ailleurs ?
    Toujours dans le service public évidemment.
    Sur LeMouv par exemple ?
    Vu qu’ils ont des emissions plus ou moins politique (et puis ya Jules-Édouard Moustic du Groland !)(ils sont peut etre plus ouvert ?) Puis ca permettrait de toucher un public plus large encore peut etre.
    Parce que :
    Soit on fait plier la direction de FranceInter mais j’y crois pas vu qu’on a pas empêcher qu’ils virent Guillon/Portes a l’époque et globalement tous ces genre de combats sont toujours perdu ces derniers temps... coutent une énergie folle et finissent en profonde déceptions.
    C’est très pessimiste et défaitiste mais malheureusement je crains que ce soit trop lucide...
    Donc, a défaut, est ce que on ne devrait pas plutot faire nos efforts en biais, et donc essayer de migrer ailleurs comme je disais ?

    C’est peut etre encore plus fou mais j’en sais rien, alors je propose ce qui me viens.

    Sinon, restera Internet qui si il est bien compris et utiliser peut et doit etre normalement plus puissant que tout le reste.(le vrai problème est la question du financement...)

  • Le 9 juillet 2014 à 00:50, par PMB En réponse à : Là-bas : j’y suis, j’y reste !

    Après avoir été longtemps AMG, j’ai progressivement laissé tomber cette émission. Non qu’elle soit mal faite, techniquement et artistiquement (c’est autre chose que les papotages de Frédo Mitt’, qui ne vont pas me manquer). Mais le caractère manichéen certains jours, les pratiques professionnelles du chef qui ont suscité les polémiques qu’on sait, m’en ont fatigué. Le chef : je dirais bien le gourou, avec son répondeur* manipulé où les rares « contre » étaient choisis pour leur méchanceté et surtout leur bêtise, où les « pour » se concluaient souvent par des déclarations d’amour à « Daniel » le sauveur suprême. Les recevoir est bon pour s’encourager, les diffuser est bon pour se la péter alors que la modestie lui eût conseillé de les couper au montage.

    Gourou : Mermet n’a jamais préparé sa succession, n’a jamais formé de dauphin/e qui aurait continué. La bonne réaction, à mon avis, est de soutenir l’émission et non son patron, qui a fait son temps. Pour ce soutien, mon approbation est totale. Totale.

    Quand même, il est piquant de voir que ce que Val sous Sarko n’a pas pu faire, Bloch sous Fafois le fait. On peut imaginer que notre nouveau monarque et son Grand Vizir-qui-veut-devenir-calife-à-la-place- du-calife, bien abrités derrière l’indépendance à respecter, soient soulagés de la disparition de ce poil à gratter, si imparfait était-il.

    * Il y a bien des années, j’ai été diffusé à plusieurs reprises. Un texte sur le Onze Novembre l’a été deux fois. Un jour, en MP, je signalai à Mermet que la façon dont il avait fait parler des opposants tunisiens à Ben Ali sans les rendre non-identifiables à l’antenne pouvait les mettre dans un sale pétrin. Aucune réponse, et fini le répondeur pour bibi.

  • Le 8 juillet 2014 à 13:27, par Zvonimir En réponse à : Là-bas : j’y suis, j’y reste !

    Service public ?

    L’arrêt de « las-bas » est encore une manifestation de la vision « pluraliste » de l’information de nos dirigeants, parce que non, l’ORTF n’est pas morte...

    Mes oreilles me faisaient mal depuis quelques années à l’écoute de France Inter malgré que je ne sois plus obligé de fêter quotidiennement la Saint Sylvestre depuis 2008. Je devenais allergique à la couenne médiatique, curieux d’ailleurs pour l’amateur de seins doux que je suis. Au demorand , je sentais ma tonsure croitre à l’écoute de Calvi, si, vous savez, l’ami des experts autoproclamés en tout genre détenteurs de la vérité vraie. Nonobstant ces obstacles mis par le pouvoir politique sur le chemin de mon hétérodoxe pitance intellectuelle, je n’utilisais plus alors que la fonction podcast du site internet de la maison ronde. Je pouvais alors librement assouvir ma boulHallimi d’analyses politiques, parfaire ma connaissance du monde économique avec les cours d’économie de Frédoch économiste diplômé de la grandiose Lordon Business School, me nourrir du courage de Pascale Pascariello, découvrir que chez les Klein n’était pas né que Gérard, et quelques autres petits plaisirs neuronaux encore.

    Si en petit syndicaliste basique que je suis, je me suis demandé l’année passée quel tract virulent j’aurai écrit à l’encontre du despote Mermet, il n’en demeure pas moins que ces émissions radiophoniques, certes lointaines, n’étaient peut-être pas modestes mais pour le moins, elles étaient géniales...et puis « Las-bas », ce n’était pas que Mermet, bien loin s’en faut !

    Ce qui devait arriver, arriva...un des derniers espaces publics d’une autre pensée s’en est allé à l’INA, lapidé par Gallet. Mais ne faut-il pas voir dans cette décision le plus beau des cadeaux fait par Gallet a son ancienne entreprise : une oeuvre radiophonique de qualité que vous retrouverez en Podcast classifiée sous l’intitulé « Le dormeur du VALLS »....

    Quelle suite a tout ça ? S’égosiller, vociférer, revendiquer ? Oui pour la forme, mais ne nous leurrons pas, nous n’aurons jamais gain de cause devant les puissants en agissant de la sorte. Le système est verrouillé ! Je ne doute pas de votre curiosité cherE FakirienNE, mais si vous ne l’aviez pas fait, faites donc une petite recherche sur par exemple ....Mathieu Gallet, président de Radio France....encore un qui ne déroge pas a la règle du cercle vertueux du pouvoir : Je te nommes, tu me nommes...nous nous nommons... digne des grands administrateurs des entreprises du CAC40 !!

    Partis politiques, syndicats ? Ce sont aussi des systèmes verrouillés a une autre pensée que celle de « leurs puissants »...nous n’irons pas bien plus loin avec eux. Dorénavant il nous faut construire autre chose, passer outre le système médiatique conventionnel, essayer à l’instar de FAKIR de créer d’autres moyens de diffuser les idées et de faire renaitre la guerre des idées. Organisez vous en petits groupes, agissez, ne déléguez pas votre responsabilité citoyenne à une organisation syndicale, ne laissez pas vos convictions politiques dans les mains d’un parti, ne laissez pas un adepte du culte de la personnalité parler de votre quotidien dont il ne connait rien...nous sommes tous capables de petits courages, de petites actions près de chez nous, n’essayons pas de nous mettre d’accord sur tout au risque de nous diviser.

    Et alors là, à la fin c’est nous qu’on va gagner !!!

  • Le 8 juillet 2014 à 00:18, par deray En réponse à : Là-bas : j’y suis, j’y reste !

    J’ecoute France culture depuis 3 jours,et j’y resterai en septembre

    si là bas si j’y suis n’est plus diffusée sur France inter.

  • Le 7 juillet 2014 à 18:33, par HAUGUEL Marie-Odile En réponse à : Là-bas : j’y suis, j’y reste !

    « C’était le principal bastion, le plus massif, pour la diffusion d’une contre-pensée, de Attac à Lordon, en passant par Castoriadis, Halimi, Chomsky, dans une relative diversité – Mermet étant assez éclectique, voire mouvant, pour embrasser large. Dans les reportages, on trouvait l’écho de luttes menées par des militants de la CGT, de Solidaires, de la CFDT (et oui, car il y a des lutteurs aussi, encore, à la CFDT), de FO, de la Confédération paysanne, et très souvent, le plus souvent peut-être, d’associations nationales ou locales, Survie, les Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, etc. Des sympathisants du Front de gauche, des Verts, du NPA, mais aussi du Parti socialiste, se retrouvaient dans cette émission creuset, qui rassemblaient davantage que les chapelles partisanes. »
    QUI VA NOUS « EVEILLER » Maintenant !

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