Et si vous arrêtiez de déconner ?

par François Ruffin 26/10/2015

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On a besoin de vous

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Lettre ouverte à Rousseau et Roussel, qui se chamaillent pour les têtes de liste dans la région Nord. Dans cette guéguerre d’ego, ils se plantent : celui qui gagne, c’est celui qui cède.

À Sandrine et Fabien,
À leurs camarades et soutiens,

Si vous arrêtiez de déconner ?

Que je vous présente mes papiers, d’abord, mon certificat de norditude : je suis né à Calais, j’habite depuis presque toujours à Amiens, je viens de terminer un film dans l’Avesnois, et depuis quinze ans je fais le journal Fakir dans la Somme, ça m’a amené, d’Abbeville à Péronne, de Valenciennes à Creil, à rencontrer les Biderman, les Abelia, les Flodor, les Magnetti, les Goodyear, bref, à sonder les âmes en peine dans notre région.

C’est pas la joie.
Inutile de vous faire un dessin, vous voyez le décor : le séisme industriel et le marasme social. Avec les séquelles politiques, maintenant, le néant socialiste et le boulevard ouvert au Front national, arrivé en tête dans nos cinq départements, le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne, l’Oise et la Somme, aux dernières cantonales.

Au milieu de ce naufrage : vous.
Le paquebot coule, Marine Le Pen s’en veut la capitaine, et sur le pont, vous vous chamaillez pour la tête de liste !
Vous refusez de vous rassembler, mais pourquoi ? Pour des raisons de fond ? Parce que vous divergez sur l’avenir de la planète et du prolétariat ? Non, parce que vous voulez avoir la plus grosse photo sur les affiches !
Sans doute êtes-vous sincèrement attachés à la justice sociale et à l’écologie, et vous y consacrez vos journées, vos soirées, vos week-ends. Cet engagement se respecte. Mais là : est-ce que vous mesurez à quel point vous êtes ridicules ?

Vous prétendez incarner « une alternative », « un renouveau », « une nouvelle façon de faire de la politique », mais en l’occurrence, aujourd’hui, vous êtes les plus banals des politiciens, des lilliputiens de la chose publique.
Vous donnez raison, et pleinement, à ceux qui pensent, et qui disent : « Les partis, c’est nul, ils sont enfermés dans leur petit monde » (j’ai encore entendu ce refrain hier, à une fête à Boulogne-sur-Helpe). Vos guéguerres démotivent les gens de gauche, et en particulier les jeunes de gauche. Vous participez, pas tout seuls certes, mais vous y participez, à la grande fabrique de la résignation.

J’en ai discuté, ça m’arrive, avec vos proches, vos soutiens. On me rétorque quoi, penaud, dans les deux camps ? « C’est pas moi c’est l’autre… » On se croirait dans une cour de récré : « C’est lui qui a commencé… »
Je vous ai envoyé, à tous les deux, un message électronique, presque le même, en vous écrivant : « Tirez la au sort, la tête de liste ! A la courte paille ! Ou aux dés ! Faites ça devant des caméras, ça aura de l’allure. Je veux bien servir d’huissier. » Je n’ai pas obtenu de réponse, ni de l’un ni de l’autre (c’est pas très poli).
Alors, aujourd’hui, puisqu’on me dit qu’il reste une chance, je vais aller plus loin, plus loin que le tirage au sort :

Celui qui gagne, c’est celui qui cède.
De qui l’histoire, ou au moins la mémoire locale, celle des militants, retiendra-t-elle le nom ? Du candidat qui aura bataillé jusqu’au bout, en vulgaire boutiquier, arrachant le bout de gras, pour que son patronyme figure en haut des tracts ? Ou de cet homme, cette femme, qui se sera hissé à la hauteur d’une situation historique, et qui aura aperçu l’intérêt général, l’intérêt de son peuple ?
C’est lui, c’est elle, à coup sûr, qui en sortira grandi.
Et pas seulement lui, mais avec elle, toute sa formation, qui en ce moment aura fait preuve d’intelligence et de panache.
Ça, je ne l’oublierai pas. Et bien d’autres avec moi.

On ne va pas se la raconter, pour autant : même unis, il n’y aura pas d’élan.
Ça arrivera trop tard, sur le fil.
Ça manquera de générosité, trop marqué par les calculs.
Ça restera illisible nationalement.
Mais au moins, vous sauverez l’honneur.
Nous sauverons l’honneur.
Car pour l’instant, j’ai honte. Honte d’appartenir à cette « gauche de gauche » aux sempiternelles divisions, aux querelles de chapelle, hermétiques pour les citoyens, sans intérêt, juste décourageantes. Et ça me décourage moi-même, de critiquer le Front national (parce que c’est pas bien), le Parti socialiste (parce qu’ils ont trahi), la droite (parce qu’elle est de droite), mais de n’avoir rien de sérieux, rien d’un peu rassembleur à opposer.

Bon, je vais vous dire ce que je vais faire, à titre très personnel : si vous demeurez divisés, je vais rejoindre le parti majoritaire, je n’irai pas voter. Si vous scellez un accord, je suis prêt à me bouger un peu la couenne à vos côtés.
Et je parie que je ne suis pas le seul à raisonner comme ça.

Allez, Sandrine et Fabien, Rousseau et Roussel : vous avez envie, vraiment, d’être les responsables, ou plutôt les irresponsables qui, dans notre région, allez conduire les forces de progrès à ce point de dérisoire pathétique ?
J’espère encore.

Mes salutations picardo-fakiriennes,
François Ruffin.

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Vos commentaires

  • Le 27 octobre 2015 à 22:30, par Bouillet En réponse à : Et si vous arrêtiez de déconner ?

    Ben camarade ici (la bien nommée région APOIL )ce sont les écolos qui se la pétent et vont tout seuls comme des grands à la déroute annoncée . Je ne suis pas encore sûr mais je crois bien que je vais voter blanc et non m’abstenir . Pour une raison bien simple voir tous ces camarades que pour la plupart j’aime bien , dépenser leur énergie pour des places au sein d’une institution ; le nouveau duché d’Aquitaine dont nous avons dit pis que pendre et que maintenant nous disons que tout compte fait on va faire autrement , je n’y crois plus et je crois bien que nombre d’électeurs vont faire pareil . J’avais prôné un vote blanc politique du genre allez vous faire foutre ! Nous c’est 2017 que nous visons et le renversement de la table .Pas d’echo ! Ben je crois que c’est bien mal parti et cela me désole pour mes enfants et petits enfants . Quant à moi , vieux soixante huitard , basta , à la retraite ( j’y suis déjà ) salutations camarade .
    Au fait je suis né à laventie ( PDC ) et ai passé toute ma jeunesse à Armentiéres . Alors ce qui se passe dans ch’nord çà m’intéresse !

  • Le 27 octobre 2015 à 18:45, par CLEMENT En réponse à : Et si vous arrêtiez de déconner ?

    Je suis membre du front de gauche et plus précisément du parti communiste. J’en ai assez des querelles. Mais c’est querelles amènent à avoir des élus et des moyens indispensables pour exister.
    Mais la priorité doit êre donnée aux citoyens qui subissent la politique d’aujourd’hui. Dommage qu’ils ne votent pas pour le front de gauche, c’est aussi de leur responsabilité, et ne pas voter, c’est fuit l’avenir qui de toute façon existera.
    Autant qu’elle serve à un changement radical de la situation.
    Elisabeth CLEMENT

  • Le 27 octobre 2015 à 12:53, par Dussert Alain En réponse à : Et si vous arrêtiez de déconner ?

    Salut les fakiriens bonjour particulier à François que je suis depuis longtemps !je t’admire François pour y croire encore un peu nous on a tiré les leçons encore un peu plus tôt et on pense désormais que la « gauche de la gauche » n’est pas la solution elle le démontre encore chez vous ! Après l’alliance schizoïde du PCF avec le P$ aux municipales et les départementales rabibochage improvisé, personne n’a été dupe et les démons reviennent à l’assaut !En attendant le petit Peuple laborieux continue d’en prendre plein la tronche !
    Nous on pense que la Solution c’est de prendre nous mêmes nos affaires en main et de faire un Podemos à la Française deux cercles Podemos ont vu le jour dans ta belle région et commencent à travailler !Un sur Amiens avec Pedro un sur lille avec Dominique et Cathy et Loïc et d’autres !je parle des initiateurs chez nous on souhaite pas de leaders !Si tu veux les contacter et en parler je pense que dans une région ou la peste brune n’est pas loin du pouvoir çà pourrait les aider à se faire connaitre et a mobilser des bonnes volontés pour agir ensemble !Je reste à ta disposition pour te donner les contacts Fraternellement
    Alain.

  • Le 26 octobre 2015 à 21:38, par Deblangy En réponse à : Et si vous arrêtiez de déconner ?

    Difficile de te suivre les choses ne sont pas si simple

  • Le 26 octobre 2015 à 18:09, par Justin En réponse à : Et si vous arrêtiez de déconner ?

    Merci, ça fait du bien !

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