Claude Guéant : au service de la Scientologie ?

par François Ruffin 20/02/2010

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Arnaud Palisson, ancien lieutenant des Renseignements Généraux, était chargé de la surveillance des sectes. Déplacé par Claude Guéant (désormais n°2 de l’Elysée) et Nicolas Sarkozy (aujourd’hui n°1), il s’est exilé au Canada. Fakir – et Là-bas Si J’y Suis – l’ont retrouvé pour vous…

Arnaud Palisson :
J’ai commencé à travailler sur les sectes en 1995, quand je suis arrivé à la direction des Renseignements Généraux de la préfecture de police. Puis j’ai été muté à la direction centrale des renseignements généraux au Ministère de l’Intérieur en 1998. J’ai commencé dans la foulée avec une thèse, un doctorat sur la scientologie.

Fakir : Quel travail avez-vous effectué durant ces années ?

A.P. : J’étais analyste et aussi agent de renseignements. J’allais récupérer de l’information par une gestion des sources humaines.
Pendant ces premières années, suite aux rapports parlementaires de 1995, il y a eu quand même un électrochoc dans la communauté politique et une certaine volonté d’agir sur le phénomène sectaire. En revanche, avec le changement de couleur du gouvernement, en 2002, on a clairement viré casaque.

« Les avocats de la Scientologie réclamaient ma tête »

Fakir : Avec la réélection de Jacques Chirac comme président de le République et l’arrivée de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur, il y a eu un changement d’ambiance vis-à-vis de la section des RG qui se chargeait des dérives sectaires ?

A.P. : Bien sûr. Mais il a fallu attendre un peu pour qu’on s’aperçoive qu’une optique très neutre se mette en place de la part du gouvernement.

Fakir : Vous dites « neutre », c’est-à-dire que vous n’êtes plus ni pour ni contre les sectes ?

A.P. : Officiellement, on est ni pour ni contre. Mais officieusement, on s’aperçoit quand même qu’on tape plutôt sur ceux qui sont contre.

Fakir : Et c’était qui ? Qui s’est fait taper à ce moment là ?

A.P. : Bah, écoutez… Moi, je me suis fait un peu taper dessus avec la publication de ma thèse et de mon livre.

Fakir : Pourtant votre thèse a eu une excellente note…

A.P. : J’ai eu une mention très favorable avec les félicitations du jury. Je l’ai publiée ensuite en intégralité sur Internet, ce qui n’a pas plu du tout. Le cabinet du ministre de l’Intérieur a reçu des appels des avocats de la scientologie, qui ont demandé à ce que je la retire du net sous peine d’être viré du groupe Cultes et Sectes.

« Vous enlevez votre thèse, ou vous déguerpissez »

Fakir : Et donc vous avez ôtée votre thèse d’Internet ?

A.P. : Je ne l‘ai pas enlevée, je l’ai laissée et donc j’ai été mis dans un autre groupe.

Fakir : On vous a viré de la section lutte contre les dérives sectaires des Renseignements Généraux ?

A.P. : Oui.

Fakir : Comment votre éviction s’est-elle déroulée ?

A.P. : La personne qui a géré le dossier concernant mon éviction du groupe « Cultes et Sectes » était Claude Guéant, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur à l’époque. Il a reçu des coups de téléphone des avocats de la Scientologie, qui demandaient ma tête. Je n’ai jamais été consulté et, aux alentours de mars-avril 2003, on m’a dit : vous enlevez votre thèse ou vous déguerpissez.

Fakir : Et on vous a pas caché que c’était les avocats de la scientologie qui avaient fait pression ?

A.P. : Non non, on me l’a dit.

« Sarkozy, c’est l’Américain. Il ne veut rien faire pour leur déplaire. »

Fakir : Quand vous voyez, quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy dire qu’il « n’arrive pas à se faire une idée très précise du statut de l’Église de la scientologie ». Ou encore dans son livre La République, les religions, l’espérance se déclarer « favorable à la reconnaissance des nouveaux mouvements spirituels », ou encore la réception de Tom Cruise au ministère de l’Économie : ça vous inspire quoi ?

A.P. : Sarkozy, c’est l’Américain, il ne veut rien faire pour déplaire aux Etats-Unis. Leur approche en terme de secte est radicalement différente de la nôtre. Le Département d’État américain a rendu des rapports dans lesquels il soulignait « le climat de persécutions » de la France à l’encontre des nouveaux mouvements religieux. Cela faisait partie des choses qui fâchaient et il a décidé de lever le pied sur ce sujet.

Elysée : un silence à 7,5 millions d’euros

Afin d’obtenir le point de vue de Claude Guéant, Fakir – et Là-bas Si J’y Suis – ont appelé l’Elysée, rappelé, re-rappelé, envoyé un courriel, renvoyé un autre courriel, rere-rappelé. Jusqu’à ce mur du silence :

Une chargée de com’ : Bureau de Franck Louvrier, bonjour.

Fakir : Oui, bonjour, excusez moi de vous déranger, cela fait plusieurs fois que je vous appelle pour avoir des informations sur Claude Guéant, Nicolas Sarkozy et la Scientologie.

La chargée de com’ : Oui, j’ai lu votre mail.

Fakir : Je voulais savoir si il y avait une réponse ou non car ça fait environ un mois que j’attends…

La chargée de com’ : Attendez, je me renseigne… Non, je n’ai pas eu de réponse. Le papier est toujours sur son bureau.

Fakir : Vous êtes pourtant 51 personnes au service de communication de l’Elysée pour un coût annuel de 7,5 millions d’euros. J’ai du mal à comprendre comment c’est possible ?

La chargée de com’ : Hum…

Silence.
Long silence.

Fakir : Le but du service de communication n’est-il pas d’empêcher la communication plutôt que de la diffuser ?

La chargée de com’ : Ecoutez… je suis vraiment désolé… donc voilà…

Silence.
Long silence.

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