Vive la banqueroute

par Sylvain Laporte 09/11/2016 paru dans le Fakir n°(70) mai-juin 2015

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Amiens, tribunal de commerce, 6 avril 2015.

  • Le greffier, debout : Messieurs, nous allons passer au dossier suivant. Il s’agit de monsieur Duclot Benoît… Il n’est pas là ? Bon, résumons. Ce monsieur a lancé une petite start-up en 2011 et avait réussi à signer un contrat avec la gendarmerie pour un programme de géolocalisation...
    Le président : Ah bien, bonne idée !
    Un juge : Voilà un créneau.
    Le greffier  : Et, monsieur le mandataire judiciaire, je ne crois pas me tromper : ce monsieur demanderait une liquidation judiciaire. C’est bien cela ?
    Le mandataire : C’est...
    Le greffier  : Monsieur Duclot, on ne vous attendait plus !
    M. Duclot  : Excusez-moi je…
    Le greffier  : Ne vous excusez pas, mon bon monsieur. Asseyez-vous donc. J’étais en train de rappeler votre « cas » ! Donc, monsieur Duclot, vous aviez un contrat avec la gendarmerie…
    M. Duclot : Oui.
    Le greffier : Pour un… bon, quelque chose dans la géolocalisation, c’est bien cela ? (Il acquiesce) Alors, qu’est-ce qui est arrivé à votre entreprise, monsieur Duclot ? Cela nous avait l’air tout à fait prometteur !
    M. Duclot : Eh bien… Le contrat avec la gendarmerie, justement, il est arrivé à son terme et ils ont pas renouvelé. Je sais pas pourquoi, peut-être qu’ils ont trouvé un autre fournisseur. Enfin, c’était mon plus gros client, donc, bon, c’est cuit quoi.
    Le greffier : Et vous demandez une liquidation judiciaire, c’est bien ça ?
    M. Duclot  : Chui coincé, m’sieur le greffier. C’est que j’ai plus rien. Mon propriétaire me court après pour le loyer, mais je peux pas payer et…
    Le greffier : Alors, monsieur Duclot, ce qui va se passer, pour vous, après la liquida...
    M. Duclot : Il m’a attrapé en sortant de chez moi parce que je peux pas payer le loyer ! C’est pour ça que je suis en retard. Il m’attendait en bas quand je suis sorti pour venir au tribunal ! J’sais plus quoi lui dire, moi. Qu’est-ce que je dois faire ? Il s’est fâché et...
    L’avocat : Bon, écoutez-moi bien, c’est votre propriétaire qui vous embête ?
    M. Duclot : Il était encore là ce matin !
    Le mandataire : Je vais vous dire quelque chose, monsieur Duclot, ça va être un peu dur pour vous, mais finalement ça vous arrange. Aujourd’hui, monsieur, vous ne possédez plus votre argent. Vos comptes, vos actifs, votre passif, enfin votre argent… tout appartient au cabinet du liquidateur judiciaire.
    M. Duclot : De toute façon, je peux pas le payer, même le crédit là, chez Cofidis, ils arrêtent pas de me relancer, j’ai dû demander à mes parents de rég…
    Le mandataire : VOUS AVEZ QUOI ?
    M. Duclot : Bah mes parents, ils ont dû régler à ma place, j’ai plus rien je vous dis !
    Le mandataire : Non mais, monsieur, vous ne pouvez pas payer le crédit que vous avez contracté.
    M. Duclot  : Mais ils m’ont renvoyé trois courriers, pour me dire de régler mes dettes et...
    Le mandataire : Écoutez-moi bien. Votre propriétaire, la banque… vous leur dites que vous êtes allé au tribunal de commerce. Et que, maintenant, vous avez plus aucun droit. Voilà, c’est dur, mais là, ça joue en votre faveur, c’est pour votre bien. Vous ne pouvez pas rembourser un crédit grâce à vos parents ! Ça rentre dans le calcul ! Donc c’est très simple : le loyer, c’est nous. Les créances, c’est nous. Moins vous en faites, mieux vous vous porterez. En ce qui concerne la société, hein, pas vous. Si votre propriétaire désire son loyer, vous lui dites de venir nous voir.
    Le greffier : Alors, monsieur Duclot, voilà comment ça va se passer, voyez ça du bon côté. Aujourd’hui vous avez… (Il prend un document posé sur la table)… 70 000 euros de dettes. Là, vous faites une liquidation judiciaire. Cela signifie, monsieur Duclot, que vos dettes seront annulées par le tribunal de commerce. Vous avez droit au RSA, Monsieur Duclot ? Vous l’avez ?
    M. Duclot  : Euh, bah non.
    Le greffier : MAIS IL FAUT Y ALLER ! En sortant, vous allez faire votre demande de RSA, monsieur Duclot ! Tout de suite ! Comprenez bien, vos dettes seront effacées. Mais en attendant de vous remettre, il faut que vous demandiez le RSA ! Considérez que c’est un nouveau départ.

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Vos commentaires

  • Le 11 novembre à 19:44, par Maxalex En réponse à : Vive la banqueroute

    Putain, mais ça les gars faut en faire une petite vidéo, la balancer sur youtube, balancer le lien sur twitter, ça ne peut plus rester confidentiel ce genre de truc !