Un peu de mémoire

par L’équipe de Fakir 07/07/2016 paru dans le Fakir n°(76) juillet-août 2016

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En 2009, on se lançait en national sur ce mot d’ordre : ne pas oublier le vote contre le TCE, en 2005. Onze ans plus tard, après le Brexit, la mémoire, ça se travaille encore.

« L’Europe se fera avec les peuples. Sinon, elle se disloquera. »
Il a osé.
C’est du Valls, hier mardi, à l’Assemblée nationale.
« Organiser de manière plus démocratique la zone euro. »
Lui aussi a osé.
C’est du Hollande, le même jour, presque à la même heure, à Bruxelles.
C’est de l’humour, sans doute.
Au même moment, en France, le président et son Premier ministre passent au forceps une loi Travail, approuvée par la Commission, mais contre le peuple, contre la démocratie. Et les voilà tous deux qui truffent leurs discours de ça, de « peuple » et de « démocratie ». Et Angela Merkel avec. Et Matteo Renzi aussi. Comme pour mieux masquer par les mots une carence dans les faits.

Car nous avons un peu de mémoire.
En 1992, 50,7 % des Danois ont voté contre le traité de Maastricht. On les fit donc revoter.
En 2001, 53,9 % des Irlandais ont voté contre le traité de Nice. On les fit donc revoter.
En 2005, 55 % des Français et 61 % des Néerlandais ont voté contre le Traité constitutionnel européen. Mais on ne les fit pas revoter, c’était trop risqué.
Fakir s’est lancé en national sur cette affaire :

Quand les peuples chassent l’Europe libérale par la porte, écrivions-nous, elle revient par la fenêtre. Cette fois, elle est revenue par Lisbonne. Voilà que, trois ans après, les mêmes, pas gênés, reviennent avec un texte pareil, et ils le ratifient sans nous. De droite à gauche, cocos exceptés. Les mêmes, vous remarquerez, qui bafouillent sur le ‘dialogue social’, la ‘démocratie’, et ‘participative’ la démocratie. Tous d’accord, au Congrès, au Sénat, à l’Assemblée, pour contourner les Français.
Ils soufflaient, soulagés : le pire semblait passé.
Et puis non, revoilà les Irlandais ! A 53,4%, là-bas, le peuple s’est encore trompé ! On adressait aussitôt, le 13 juin 2008, un communiqué pour féliciter le Sinn Fein : ‘Hello. In the name of Fakir, we wanted not only to congratulate you, but to thank you for today’s vote.’ Sarko, Ségo and co se tenaient tous la tête entre les mains, causant de ‘risque’ et de ‘crise’ et d’ ‘impasse’, etc. Ils désespéraient de faire notre bonheur : dans 26 pays sur 27, on ne demande pas l’avis des citoyens, tout se passe bien. Et dans le seul et unique, pourtant choyé, cajolé, bercé il paraît, c’est ‘non’ : ‘Les Irlandais oublient tout, sauf d’être ingrats’, commentait sans xénophobie aucune Franz-Olivier Giesbert.
Alors, bien sûr qu’on les fera revoter. Bien sûr qu’à la fin, ils lâcheront un petit ‘oui’.

En effet, on les fit revoter.
Et ils lâchèrent un petit « oui ».
Ainsi se construit l’Europe des peuples…

Et comme je suis paresseux, comme à l’époque nous étions plus talentueux, je vais recopier encore notre premier numéro national :

N’empêche que, au fil de ces épisodes, malgré les hypocrisies en série, Fakir ne s’est jamais départi d’un sourire. Leurs contorsions ressemblent à des convulsions : s’ils n’osent plus nous faire voter, c’est que nous avons déjà gagné. C’est que notre désaveu, même silencieux, les mine. C’est que l’histoire suit son cours : trop lente pour les hommes, trop lente surtout pour les militants, elle ne s’est pas renversée d’un bond le 29 mai. Juste qu’au fil des ans, au fil des ‘nons’, leur Europe n’apparaît plus ‘en crise’ mais en décomposition… Qu’en fera-t-on ?

C’est encore plus vrai aujourd’hui : l’Europe ne fuit plus, elle craque de la Grèce à la Grande-Bretagne, de l’Autriche aux Pays-Bas. Des plombiers ne suffisent plus.
Quel projet saurons-nous tracer, nous aussi, pour canaliser ces forces ?

Depuis 2009, Fakir enquête sur l’Union européenne, sur l’euro, sur les renoncements du Parti socialiste. Pour le Brexit, la semaine dernière, on a donc tout compilé, tout ressorti de nos cartons, et tout republié. Sommaire :
  • Jean-Marie Cavada : « Et pourquoi pas un référendum sur le cancer ? » La France s’apprête à ratifier le TSCG. Par Référendum ? « Le référendum comporte beaucoup de risques, comme nous le savons, parce que la pédagogie de l’Europe n’est pas faite. Si vous faites un référendum sur le traitement du cancer, tout le monde est contre le cancer, donc vous aurez non. »
  • Jacques Delors, l’homme des firmes. Avec ses amis les patrons, Jacques Delors a fait le ménage au PS. Quand, en 1983, il faut choisir entre socialisme, même modéré, et le marché commun, le terrain était tout prêt.
  • La semaine où le PS est passé à droite. 1983 : Le 13 mars, François Mitterrand souhaite une « autre politique ». Le 23 mars, c’est plié : ce sera le « tournant de la rigueur » et l’Europe de l’austérité. S’ouvre alors la « parenthèse libérale ». Dans laquelle nous sommes encore coincés.
  • Le plan de bataille des financiers : entretien avec un stratège. Mars 2012 : Pour Nicolas Choisy, chief economist de Chevreux, les promesses de François Hollande serviront à « tromper » le peuple. Lui promet plutôt la mise à mort du CDI...
  • A peine président, le renoncement ! Été 2012 : « Pas d’audace, pas d’audace, surtout pas d’audace … » Tel était le slogan du tandem Hollande-Ayrault. A peine élus pour renégocier avec l’UE que M. Gentil préférait sermonner les Grecs que chatouiller Merkel...
  • Le cul sur un volcan. Printemps 2014 : « L’Europe doit être toujours plus démocratique », promet José Manuel Barroso. Nous avons l’occasion de le mesurer avec le Grand marché transatlantique…
  • La fin de la fin de l’Histoire. Printemps 2015 : La gauche a peur de l’histoire, de l’histoire réelle et nationale, aussi mise-t-elle sur une autre histoire, idéale, faite de « forums sociaux mondiaux », de peuples et d’ONG qui se donnent la main à travers le globe, rêvant de conquêtes universelles du Bengladesh jusqu’au Portugal.
  • Romaric Godin : « La Grèce, une tragédie française ». Été 2015 : En Europe, la France ne sert plus que comme faire-valoir à l’Allemagne, une Allemagne qui a toujours un complexe pour assumer sa domination vis-à-vis de l’Europe, qui ne peut pas l’assumer toute seule. Et au milieu de tout ça, la Grèce.

Et on vous offre deux belles affiches parues dans notre tout premier numéro (2009) :

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Vos commentaires

  • Le 7 juillet à 17:10, par Sylvain Laporte En réponse à : Un peu de mémoire

    Alba, tout ça a été dit dans le 1er numéro de Fakir, en 2009. Par ailleurs, le tableau des votes est quand même assez complet.

  • Le 7 juillet à 13:57, par Alba Balestri En réponse à : Un peu de mémoire

    Dans votre article, vous dîtes que le traité de Lisbonne a été ratifié de droite à gauche, cocos exceptés, vous oubliez le PG et Méluche, dommage, cela me déçoit un peu de votre part car par ailleurs j’ai beaucoup d’estime et de sympathie pour vos actions qui font bouger les choses dans le bon sens.
    Ce serait bien de corriger.
    Solidairement.
    Alba