« Stals » contre « hippies » (2)

par François Ruffin 01/10/2016 paru dans le Fakir n°(69) mars - avril 2015

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Ça chauffe, à Gardanne, on en vient presque aux poings, autour de la centrale thermique.
Pour renouer le dialogue, j’enfile mon casque bleu…

« Les cégétistes de la centrale, c’est des staliniens, voilà, des fachos. On peut pas discuter avec eux…
- Je les ai rencontrés, je tempère, ils m’ont pas paru des ‘stals’.
- Oui, bon, alors ce sont des pauvres mecs, corrige Jean-Luc.
- C’est une appréciation différente, je le félicite, guère plus flatteuse, mais différente. »

On est de retour à Gardanne, cet hiver, au siège de Ecopolénergie, avec des militants de Sos-Forêt-Sud. On était déjà venus dans cette ville, l’été dernier, et on avait vanté, dans nos colonnes, le combat des « cégétistes de la centrale » justement, Nicolas et Nadir en première ligne :

« On a fait des grèves, à ce moment-là, pas saute-mouton, j’aime pas ce terme, mais ponctuelles… »
Depuis dix ans, les conflits se suivent et ne se ressemblent pas : rassemblements, réquisition par les gendarmes, tractage sur les marchés, etc.
Je résume :
Le nouvel actionnaire, allemand, E.ON, voulait fermer le site. Mais la CGT a porté un contre-projet, dit « Biomasse », de combustion de bois, auprès des ministères, de la région, de toutes les autorités… en alliée objective de la direction. Car grâce à cette option, l’entreprise décroche un max de subventions : 2,6 milliards d’€. Malgré ce pactole, et malgré son engagement à « maintenir l’emploi » et patati et patata, E.ON décide néanmoins, en début d’année, la suppression de trente postes :

" On a fait le tour des politiques : ‘C’est ça, la transition énergétique que vous vantez à la télé ? La casse de l’emploi ?’
« Dans la charrette, y avait notamment cinq chefs de manutention, des agents de maîtrise, leur service serait supprimé carrément. Eux, à la limite, on pourrait dire en égoïstes, ils étaient au bord de la retraite, ils pouvaient partir tranquillement, ils s’en foutaient. Mais pas du tout : ils songeaient à la relève, à leurs fils, aux jeunes qui devaient les remplacer, et ce sont ces cinq-là qui ont mené la bataille au premier rang. Parce qu’il suffisait que ces agents se mettent en grève, et toute la production s’arrêtait. Donc, ils l’ont fait, et avec un appel à la solidarité, avec la tinche, chaque mois, tous les salariés ont reversé une journée de salaire.
« C’est pareil, les salariés, ils auraient pu dire : ‘On s’en fiche’, parce que l’entreprise supprimait des postes mais sans licenciement. Ou ils auraient pu nous lâcher, parce que la bagarre a duré six mois, et qu’ils ont subi des sanctions, même du chômage partiel sans rémunération. Mais non, en AG, ils nous ont soutenus, constamment, et pas pour leur gueule. Pour les suivants, pour ceux qui vont venir." (Fakir, n°67)

Quelques lecteurs nous avaient envoyé des courriers, ainsi de Loïc :

Merci de cet article que j’ai trouvé intéressant, mais qui pointe une nouvelle fois une contradiction « écologie-social ». Effectivement, le projet sur lesquels sont actuellement contraints de se raccrocher les ouvriers de Gardanne est un projet on ne peut plus contestable sur les aspects écologiques, mais également sur le fait que c’est un projet porté par EON, 3ème groupe mondial du secteur de la distribution d’énergie (quelles garanties, quelles finalités ?). Toujours la même fuite en avant productiviste : quels emplois pour quelle production ?

Des coupures de presse y étaient jointes, de Reporterre (« Manifestation contre la désastreuse centrale à biomasse de Gardanne ») ou de S !lence (« E-ON, menaces en Cévennes »), un peu à sens unique.
À ces abonnés, j’avais promis de revenir.
Je m’y collais donc, pour tenter une synthèse, ou un dépassement des contradictions. Plutôt qu’un reporter, il aurait mieux valu un régiment de casques bleus…

De grands-pères en fils

« On a un petit tyran, le maire, avec comme bras armé la CGT et les actionnaires d’E.ON, estime Claude, et eux font la loi, ils veulent des cheminées qui fument. C’est un clan qui tient la ville.
- Mais vous êtes quand même dans une petite commune. Est-ce que vous avez établi des contacts avec eux ?
- Y en a eu, des contacts
, se remémore Jean-Luc. Par exemple, au forum des associations, en 2010, on était dans des stands pas très éloignés. Mais ça a failli mal tourner, des tables ont presque volé, parce que, ces gens-là, si on exprime un minimum de désaccord, on est contre eux, contre le peuple, contre la classe ouvrière.
- Vous avez eu d’autres moments de ‘rencontre’, entre guillemets ?
- Y a un an, à l’inauguration du parc photovoltaïque. Ils m’ont menacé de mort, on m’a dit ‘on va tuer ta mère’, elle était déjà morte la pauvre.
‘On sait où t’habites. On va te faire passer sous la 4L comme en 88’, parce qu’en 1988, ils m’ont tabassé, au bout de quatre mois de grève…
- Les mêmes ?
- Non, pas les mêmes bonhommes, c’est leurs pères, mais c’est les mêmes, pareil. Et d’ailleurs, quand j’étais ado, déjà, ils nous ont virés de la manif du 1er mai à Gardanne ! »

Je contemple la barbe blanche de Jean-Luc, songeur :
« Mais ça devait être dans les années 70, ça, ou avant Mai 68 ?
- Oui, à peu près…
- Vous voulez dire qu’en 2015, la situation est bloquée à cause de cet héritage !?!
- Il y a trois semaines, au marché, ils me menaçaient encore ! »

Socio-minute

Autour du « cas Gardanne », il y aurait plein de questions à poser, pour avancer sur le fond : sur les usages de la forêt, sur la production d’électricité, sur le rôle du travail, sur le modèle de consommation, etc., démêler les arguments, les faux arguments, et les contre-arguments. Malheureusement, là, mon sentiment, c’est qu’il faut reprendre le boulot encore en amont. Comprendre, d’abord, pourquoi ils ne se comprennent pas.
Avec Jean-Luc, Brigitte, Claude, Nicole et Rémy, j’opère une socio-minute : « Vous avez exercé quelles professions ? Est-ce qu’il y a quelqu’un de chez vous qui travaille à la centrale ? Quel est votre parcours militant ? Est-ce qu’il y a des gens plus jeunes dans votre collectif ? »
Sans caricaturer, mais j’ai face à moi cinq têtes blanches, tous retraités – à l’exception de Rémy, éco-promoteur immobilier, qui poursuit son activité. Eux exerçaient des professions intellectuelles, prof de lettres, aviation civile, formatrice, éducateur en environnement – à l’exception de Jean-Luc, qui a connu le bâtiment et la mine.
Leur lien aux classes populaires est distendu, et les empêche de saisir pleinement, de faire leur, quotidiennement, cette obsession : l’emploi. Leur lien à la « classe ouvrière », organisée, consciente, telle qu’elle survit encore à Gardanne, est inexistant, et c’est donc sans trop de trouble qu’ils envisagent sa disparition.
D’après Rémy, les ouvriers de la centrale en font un peu beaucoup : « La filière solaire a perdu, en France, 15 000 emplois en deux ans, et y a pas eu de manif, y a pas eu de tintouin, parce que ce sont des entreprises qui comptent moins de cent salariés. Tout le monde se soucie de son emploi, moi aussi je me soucie de l’emploi de mon fils… », ce « souci » relevant non plus d’une lutte collective mais d’une inquiétude individuelle.

Ennemi commun

Je ré-essaie :
« Mais les ouvriers, ils se sont déjà pris la mondialisation en plein dans la tronche, l’européanisation dans la foulée, vous comprenez que si, maintenant, la transformation écologique pèse d’abord sur eux, ils vont y montrer un enthousiasme mesuré ? »
Enfin, on y arrive.
Après deux ou trois heures.
On trouve un point de convergence :
« C’est une alliance objective entre le Parti socialiste et le capitalisme, tonne Jean-Luc. Parce que si on mettait des sous, des sous pour cette transition énergétique, mais aussi pour le reste, pour la santé, pour l’éducation, y a plus personne qui se battrait les uns contre les autres pour cinquante emplois. Parce qu’il y aurait du boulot pour tout le monde. La réalité, elle est là, c’est l’alliance du PS et du capital pour que les pauvres se battent entre eux. C’est la division. »
Ouf ! Un ennemi commun !

***

« Moi, je débats avec des gens intelligents, les hippies comme eux non merci. »
La cordialité est au rendez-vous, côté cégétistes également.
En pleine négociation sur le droit syndical, Nicolas et Nadir ont réclamé une suspension de séance, le temps de me rencontrer au bistro. C’est sympa.
« Non mais t’as vu leurs tracts ? C’est l’apocalypse ! La centrale va vous apporter le cancer, elle va raser toutes les forêts… C’est comme ça qu’on éduque les gens ? Juste en leur faisant peur ? Sans leur expliquer le pourquoi du comment. Si tu me dis, ‘c’est pas grave, on peut fermer la centrale, tant pis pour les emplois’, là je deviens un peu sectaire, pas constructif, parce que mes enfants ont besoin de manger. Quand tu commences à toucher au pain de ma famille, à nos emplois, là tu m’énerves. Tu peux pas croire que tu vas rentrer à la centrale tranquillement. » Lui conclut, suspicieux : « Ces militants écolos, je sais pas ce qu’il y a derrière. »
Bon, je ne suis pas le messie, et la grande réconciliation devra encore attendre…

Espérance techniciste

Je les sonde sur le fond, les critiques du projet :
« Est-ce qu’il n’y pas un risque, quand même, de tailler des forêts ?
- Mais il me semble,
réplique Nadir, que la forêt, c’est une matière qui est renouvelable, et elle doit être exploitée, la forêt. On peut pas la laisser pousser. Il faut l’entretenir. »
Nicolas enchaîne : « Les écolos que tu vois ici te critiquer parce qu’on va couper quatre arbres, enfin je schématise, qui protestent contre nous, juste derrière la frontière, tu as d’autres pays qui n’ont pas des bonnes conditions de travail, qui sont les pieds dans la merde, ils meurent de l’amiante, mais là tu ne les vois pas, les écolos…
- C’est un autre débat, ça. On ne voit pas toujours les syndicalistes non plus, ni moi…
- Tout est lié.
- Oui, bon, si je reviens à la forêt, quand je lis les rapports, il va falloir importer…
- Et alors ?
réagit Nadir. Pourquoi on serait contre les importations ? On va vers un mix 70 % ici, 30 % d’ailleurs. On importe déjà du charbon, pourquoi on n’importerait pas du bois ?
- Les centrales à bois, je reprends, apparemment, elles contribuent à la coupe des forêts boréales au Canada. ça vous gêne pas ?
- Bien sûr que ça me gêne. Mais je pense qu’au Canada, ils sont structurés comme il faut, quand même, ils ont des lois...
- C’est une économie très libérale, je remarque. Ils ont libéralisé le bois.
- Mais qu’est-ce qu’on veut comme moyen de production, alors ?
s’insurge Nadir. Il ne faut pas de charbon, à cause des rejets. Pas de nucléaire, à cause du danger. Pas de fioul ni de gaz, ce sont aussi des énergies fossiles… Il reste quoi ? Eolien, solaire… Je dis pas que le bois c’est la meilleure des solutions, mais on a besoin de tout. Surtout, on a besoin de la recherche. Le vrai problème, c’est ça : plutôt que ‘fermez la centrale’, on devrait dire ‘plus d’argent pour la recherche’. »

Besoins extensibles

C’est une réponse techniciste, assez classique à gauche, et à la CGT.
Qui maintient une confiance dans le progrès technologique.
Qui écarte des questions politiques, que produire ? que consommer ?
Je les remets donc sur la table.
« Demain, d’après vous, on aura toujours besoin d’autant d’énergie ? Plus ? Moins ?
- Je ne sais pas. Je pense que la production énergétique, elle doit simplement répondre à nos besoins.
- Mais ça veut rien dire
‘répondre à nos besoins’, je conteste. Je lisais un papier dans L’Huma, ce matin, Google a lancé des lunettes spéciales, pour surfer du regard, en un clin d’oeil… Demain, ce délire deviendra un ‘besoin’. Moi j’ai un ordinateur dans mon sac, c’est devenu pour moi un besoin… Tous les trois, nous avons un portable, toi t’en as deux même…
- Heureusement, et alors ? J’en ai un perso et un pro, c’est indispensable aujourd’hui, et demain j’aimerais les garder… Pourquoi j’en aurais pas deux ? Les deux seraient pour qui, alors ? J’ai droit à deux portables, le problème il n’est pas là.
- Bah quand même, quelque part… En Afrique, dans les mines, les matières premières ne sont pas infinies…
- Tu occultes le principal : la recherche dans tout ça. Peut être que, demain, j’aurai un portable dans une autre matière, en plastique, en je sais pas quelle matière, et peut-être je n’en aurai plus qu’un qui fera micro onde, machine à laver… Je suis pas dans la décroissance, les mecs qui vous disent
‘demain vous éteignez toutes vos lumières à partir de 18 h, vous ne regardez plus la télé, ne vous achetez plus une chemise par mois’, nan, les gens ils ont le droit de vivre… ça doit répondre à un besoin…
- Mais tu comprends bien que, ‘besoin’, ça ne veut rien dire, c’est extensible à l’infini ! »

Pour se calmer et ne pas partir fâchés, on recommande une tournée de demis.
Et je change à demi de sujet :
« Votre centrale, elle marche à plein tout le temps ?
- Non, seulement dans les moments de pointe. C’est une force d’appoint du nucléaire…
- Donc surtout l’hiver ?
- Oui, avant c’était le cas. Mais maintenant, on tourne beaucoup l’été aussi.
- Ah bon ?
- Oui, avec la climatisation.
- Ah bah vous voyez !
je m’exclame. Maintenant, la clim, chez vous dans le sud, c’est devenu ‘un besoin’…
- C’est vrai. »

Pour produire de l’air frais dans les maisons, on va donc cramer du bois, qui va réchauffer l’atmosphère, qui réclamera de produire encore plus d’air frais, etc.
« Et vous travaillez le week-end ?
- Pas trop. D’ailleurs, on mène une campagne contre l’ouverture des magasins le dimanche. On a fait venir des vendeuses, des caissières dans l’usine, pour qu’elles expliquent leur bataille. Franchement, pourquoi les gens iraient faire leurs courses le dimanche ?
- Mais si tu les habitues, dans deux ans, dans trois ans, dans dix ans, ça va devenir un besoin… »

Certes, je suis têtu.

Mono-réponse

C’est une discussion café du commerce.
Qui n’est pas sans valeur : elle éclaire sur la pensée, et les impensées, du syndicat (et sur les miennes également, sans doute au passage).
« Vous vous informez comment, sur tout ça ?
- On échange avec les camarades de l’UD, de l’Energie, on lit les documents de la fédé, je surfe un peu sur le net…
- Lors de notre première rencontre,
je commente, vous m’aviez dit ‘Merci la CGT !’, parce qu’elle vous a apporté une culture, elle vous a formés, fait connaître Thomas Sankara, etc., et je trouve ça super bien que l’appareil syndical vous apporte cette nourriture idéologique. Maintenant, je sais pas, mais il faut aussi en voir les limites. La dernière fois, quand j’avais prononcé le mot ‘protectionnisme’, tout de suite, comme un réflexe, vous m’aviez renvoyé ‘nationalisme’, et sans, je crois, que vous n’ayez vraiment réfléchi à la question. Là, vous me répondez comme ça, ‘non à la décroissance’, mais il me semble sans avoir posé le problème… »
Un silence, et Nicolas se lance :
« Si tu abolis le capital, tu ne parles plus de croissance ou de décroissance, vu que le travail servira à répondre à nos besoins. Je ne peux pas être plus clair. Tu vas me dire, ‘ça c’est le mythe’, mais c’est ma réponse à la société : quand il n’y aura plus de capital, on n’aura plus à enrichir un capital. Ce qu’on produira, ça sera pour nos familles… »
Je perçois une récitation.
« Mais y compris l’Union Soviétique a été productiviste, je réfute au doigt mouillé, elle avait une volonté de croissance. Donc, l’abolition du capital ne suffit pas à répondre à croissance / décroissance, à ‘quelle société on veut ?’, à ‘qu’est-ce qu’un besoin ?’, à ‘comment apporte-t-on du bien être à tous ?’.
- C’est le socle, l’abolition du capital,
appuie Nicolas. C’est le socle.
- C’est la seule possibilité »
, renchérit Nadir.
Il avale une goulée de bière, puis s’auto-modère : « En fait, je ne suis pas assez éclairé pour te répondre. Donc tu imagines pour le mec qui fait ses huit heures, la décroissance, ça lui passe là… » Presque au plafond, à voir ses bras, au ciel, une question de théologie. Et il analyse : « Nous, on est sur la défensive, la défensive, la défensive, sauver nos emplois, nos droits, on subit. Alors, c’est vrai qu’il faudrait qu’on relève le nez, avec une espérance, mais c’est dur, très très dur. C’est dû aussi à la médiocrité du monde politique…
- Et même dans la gauche critique,
je l’oriente.
- Eh oui. L’impasse du Front de Gauche, nous, syndicalistes, ça nous fait reculer. On se bat dos au mur, sans perspective qui regroupe, qui donne de l’espoir. »

Vide politique

C’est la toile de fond de ces rencontres.
L’emploi, certes, côté matériel.
Mais le vide politique, côté spirituel : « Mais vous ne trouvez pas ça triste, je sermonnais Jean-Luc, toi t’es aux Alternatifs, Nicole est à Ensemble, eux sont proches du Parti communiste, des deux côtés vous êtes membres supposés du Front de Gauche, et pourtant vous n’avez trouvé aucun espace commun, localement, ou nationalement, non pour taire leurs controverses, mais pour les creuser au contraire ?
- Si, c’est triste. Mais c’est une tristesse que j’éprouve depuis longtemps. »

Il ne s’agit pas d’en sortir, après une réunion, avec un faux consensus, mais d’affronter ces enjeux : comment concilier deux attentes, environnementale et sociale ? Comment allier deux classes, en gros, les intellos et les prolos ? Comment conjuguer deux temps, le « pain » du lendemain et les générations futures ? Voire deux lieux, le local et le national ?
Chez les « hippies » comme chez les « stals », j’interroge :
« Mais vous seriez prêts à en discuter ensemble ?
- Nous, on est toujours d’accord pour débattre, mais ce sont eux qui…
- Ouais, bon, je stoppe net, on se croirait dans une cour de récré, ils disent pareil : ‘C’est pas moi, c’est l’autre.’ Mais donc vous seriez partants pour un échange ?
- Bien sûr, le seul truc, ce sont les agendas.
- Bon, on va lancer un doodle. »

Heureusement que la Picardie envoie des émissaires en Provence pour aider au dialogue intra-communautaire.
Et heureusement, il y a Grenoble…

« La forêt française, une fortune en sommeil. »

C’est un rapport de l’Assemblée nationale qui l’affirme, rendu en 2013 par la « mission d’information sur la biomasse », avec notamment le député écolo de Gardanne, François-Michel Lambert :
« La production biologique annuelle en volume des forêts s’établit à 85 millions de mètres cube de bois fort tige, chiffre qui peut être porté à plus de 115 millions de mètres cubes en intégrant les branches et le petit bois…
« La récolte annuelle commercialisée se monte à quelques 40 millions de mètres cube de bois. Il s’y ajoute la quantité de bois, souvent autoconsommée, qui transite hors des réseaux commerciaux pour servir à la production de chaleur individuelle. Cette dernière est estimée à 20 millions de mètres cube par an. Ainsi, la collecte annuelle se limite à moins de la moitié de l’accroissement biologique. »

On est donc loin de surconsommer notre propre bois.

Mais pourquoi ?
Parce qu’à 72 %, la forêt française est privée, et qu’on y constate un « défaut d’entretien et de valorisation ». « Le désintérêt de la majorité des propriétaires privés tient à l’extrême morcellement des parcelles, émiettées à l’occasion des partages successoraux. Trois millions et demi de propriétaires se partagent la forêt privée française, soit 3,2 hectares par propriétaire, dont seulement un tiers d’entre eux possèdent plus de un hectare. »
Et les députés de prôner une « impérative mobilisation forestière » - mais d’abord pour le bois d’œuvre (les charpentes), ensuite pour l’industrie (les papeteries) et seulement à la marge, avec les déchets, pour l’énergie : « Couper du bois pour ne produire que du bois-énergie reviendrait à cultiver du blé pour ne produire que de la paille ».

La mission se montre encore plus réservée à l’égard de la centrale biomasse d’E.ON.
Certes, « le déficit électrique de la région PACA donne de la cohérence au projet. Il permet de garantir une production de base à 1,1 TWh à un prix raisonnable pour soutenir l’équilibre des réseaux sur le territoire ».
Mais « en ce qui concerne l’approvisionnement, la lecture est plus critique. Le projet de Gardanne nécessitera un million de tonnes de combustible par an », dont la moitié sera importée, et l’autre moitié produite « localement » - avec beaucoup de guillemets à « localement » : à terme, à 400 kilomètres à la ronde ! Avec « une rotation de poids lourd toutes les deux minutes », voilà qui compte dans le bilan carbone.
Surtout, « cette combustion biomasse permettrait une efficacité énergétique de l’ordre de 40 %, très faible par rapport à une unité de chaleur ou de cogénération. »

La préférence des parlementaires va très nettement aux « chaufferies locales ».

Une pièce, parmi cent autres, à verser à des débats qui à Gardanne n’ont pas eu lieu.

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Vos commentaires

  • Le 3 octobre à 17:04, par etoilerouge En réponse à : « Stals » contre « hippies » (2)

    Le député de Gardanne, LAMBERT , est de droite très à droite. C’est un génie qui touche à tout ; il pond des rapports sur la réforme des caisses d’épargne, favorise E-ON contre l’EDF nationale ( bizarre les verts font de même en s’attaquant souvent à EDF pas au privé, au capital) Quant à l’écologie c’est une science des équilibres de la vie pas une science de la démolition des usines et de la haine ouvrière ! HITLER était végétarien et le nazisme mettait en avant la NATURE comme perfection comme les verts, verts de gris. Comme l’explique DIDEROT et bien d’autres la NATURE nous en faisons partie et elle n’est pas plus que la science un absolu au dessus des hommes et de leurs besoins. Il pensent tous à une nature dont l’ouvrier, ce fabriquant de tout ce que nous utilisons serait exclu. Comme le patronat rêvant aux usines sans ouvriers mais pas sans dividendes. La lutte des classes les verts montrent qu’ils la passent coté grand patronat. Espérons que Fakir sache réfléchir de manière plus subtile, cultivée, dialectique que ces haineux sorciers du 21eme siècle.
    Quant à STALINE et le mouvement communiste d’alors il a écrasé HITLER et ses alliés pendant que nos armées mettaient le pouce en 15 jours grâce à un commandement politico militaire de trahison : mieux vaut HITLER que le FRONT populaire, mieux vaut les verts que le peuple ouvrier, mieux vaut le PEN et l’Union Européenne que la lutte de classes !

  • Le 1er octobre à 09:50, par Eric En réponse à : « Stals » contre « hippies » (2)

    C’est dingue tout ça . On est incapable de laisser la forêt vivre sa vie et de comprendre ce que ça signifie , comme si elle n’avait pas d’existence propre , ou comme si elle n’existait que pour être exploitée . Alors que sa fonction s’inscrit dans son unité biologique, climatique , écologique à proprement dit , comme un corps ayant son unité et qui ne survit que dans une sorte d’intégralité . En quelque sorte c’est une pourvoyeuse , mais excessivement fragile , ce n’est pas une mine . Faire de la forêt une mine, ou un champ , c’est à plus ou moins long terme en faire un champ de ruine et de mort .
    De toutes façons, avec nos façons de vivre axées sur la consommation, et sur les faux besoins, qui sont surtout les besoins des puissances d’accroitre leurs emprises sur les places financières et boursières, sur les marchés des matières premières , où se livrent les batailles absurdes et ignobles , dans cette optique il n’y aura jamais assez d’énergie , et il y aura toujours des perdants , des malheurs donc.
    Quelle connerie !