Rouge et vert : le mariage ou la mort (1)

par François Ruffin 30/09/2016 paru dans le Fakir n°(69) mars - avril 2015

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Les militants écolos ? Des « hippies ».
Les cégétistes ? Des « stals ».
Alors, comment unir le rouge et le vert ? Comment lier, plutôt qu’opposer, justice sociale et exigence environnementale ? Comment réconcilier les « stals » et les « hippies » ?
Dans mes reportages, dans mes entretiens, des cégétistes aux militants écolos, je me balade avec ces interrogations, avec une pelote de contradictions que je peine à démêler, et voilà qu’on cause en vrac de la Charte d’Amiens, et de l’Union Soviétique, et des téléphones portables, et de la clim’ en été, et que je m’efforce de rabibocher.
Car comment imaginer une « écologie populaire » sans le mouvement ouvrier ?
Et un mouvement ouvrier sans, demain, l’écologie populaire ?

Un dossier de François Ruffin,avec l’aide de Charlotte, Valentin, Yannick, Jérémie, Jonathan – qui ont transcrit plein de trucs.

DE : Patrick BERNARD <patrick.bernard cgtisere.org>
À : François RUFFIN  fakirpresse.info>
Objet : Débat sur la croissance

Salut, François.

Je reviens vers toi pour te solliciter car nous désirons réaliser à Grenoble un débat avec pour titre ‘la croissance est-elle la solution ?’ Nous espérons faire grandir l’idée que nous avons besoin d’une mutation dans la CGT sur notre rapport à la productivité, bien sûr avec une réponse aux besoins sociaux mais réalisée dans un cadre écologique en coupure radicale avec le Capitalisme.

Voici les quatre dates proposées : le 6, 8, 13 ou 15 Janvier 2015 de 14h à 17h !

Nous devrions avoir la présence du nouveau maire de Grenoble Eric Piolle, ainsi que celle de Philippe Martinez, le secrétaire général de la fédération métallurgie.

Merci à toi et bonne journée.

Amitiés,
Patrick.

Enfin ! j’ai pensé.
Car c’est mon dada en ce moment, et pour un bon moment : comment unir le rouge et le vert ? Comment lier, plutôt qu’opposer, justice sociale et exigence environnementale ? Quelles classes mettre en branle pour sortir, par le haut, du consumérisme / productivisme - sans une plongée dans le marasme et la misère ?
Dans mes entretiens, dans mes reportages, dans mes lectures, je me balade avec ces interrogations, avec une pelote de contradictions que je peine à démêler.
Je ne suis pas le seul.

A Gardanne, des militants de Sos-forêts manifestent contre une centrale à bois, et contre la CGT de la boîte. Qui, elle, se frite avec la CGT-forêt du coin…
A Nantes, les patrons du bâtiment mobilisent leurs salariés dans la rue, avec des pancartes « Oui à l’aéroport ». En face, la CGT locale se divise : un dirigeant se prononce « pour tous les projets porteurs de développement économique et d’emplois » - tandis que se forme, en Loire-Atlantique, un « collectif CGT des opposants à Notre-Dame-des-Landes ».
À Roybon, des « zadistes » occupent les lieux du futur Center Parcs, mais les habitants, les maires, le président socialiste du Conseil général s’emportent au nom de l’emploi : « Va-t-on refuser comme ça 14 millions d’euros de masse salariale annuelle ? Mettre un boulet de plus à l’économie dans une région enclavée, en train de mourir, un canton qui compte 6.000 demandeurs d’emploi, où les gens regardent tomber les châtaignes ? »
Il y a là un nœud, à dénouer ou à trancher. A comprendre d’abord.

Et donc, enfin !
Enfin, la CGT, l’organisation la plus massive à gauche – avec 694 857 adhérents, dont votre porte-plume – enfin la CGT, forcément traversée par des courants divers, voire contraires, qui à ce sujet ne sait pas quoi penser, et donc pense peu, ou tout bas, avec une inertie productiviste mâtinée de « développement humain durable », enfin la CGT ébrècherait ce dogme : la croissance.
Ce dogme ressassé depuis quarante ans, de Giscard à Mitterrand, de Chirac à Sarkozy, en passant par Barre Balladur Bérégovoy, et aujourd’hui encore, tous unis derrière le saint PIB, PS, UMP, PC, et même pas l’exception FN là-dessus, et la Commission européenne bien sûr, et tous les mass-médias à l’unisson : « La croissance peut-elle dépasser les 1 % cette année ? » (Le Figaro), « Il faut montrer qu’on peut créer de la croissance » (Libération).
Ce dogme qui ronge la planète, certes, une évidence, en son nom qu’on fore des puits et qu’on vend des idioties, mais qui fait que, aussi, surtout, contre le chômage, on n’a rien essayé, car combien sont-ils maintenant ? 3,5 millions, officiellement, le double officieusement, et que fait-on ? Rien, on attend, on attend la croissance, comme les chrétiens jadis le retour du Christ-Roi.
Enfin se poseraient les vraies questions : que produire ? Où produire ? Comment produire ?

Je m’échauffais, dans mon bureau et auprès des copains.
Certes, ce n’était que dans l’Isère.
Certes, ça ne concernait que la métallurgie.
Mais il faut bien que l’incendie parte d’un point, et demain, qui sait ?, si on pousse à la roue, fort, très fort, très très fort, c’est un grand débat national que lancera le syndicat. Et ce serait, j’assénais en pseudo-gramsciste, un basculement majeur dans la bataille des idées, car à « l’écologie populaire », ou à « l’éco-socialisme », ou à appelez-ça-comme-vous-voudrez, on ne va pas convertir les masses moléculairement, individu par individu…

Je m’enflammais.
Il faut bien, des fois.
Mais je devais d’abord remettre les pieds sur terre, en revenir au réel : à Gardanne.

À retrouver bientôt en ligne :
  • « Stals » contre « Hippies » : Autour de la centrale de Gardanne, écologistes et cégétistes s’affrontent depuis des années... Reportage.
  • Dogme ébréché à la CGT : Philippe Martinez, Patrick Bernard, Fabrice Lallemand, la décroissance a-t-elle envahi le premier syndicat de France ?
  • Putsch écolo chez les métallos : Parcours de cégétistes qui virent au vert.

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Vos commentaires

  • Le 30 septembre à 14:20, par Michel Latre En réponse à : Rouge et vert : le mariage ou la mort (1)

    En plagiant M. Jacques Brel : « Et quand vient le (grand) soir, pour qu’un ciel flamboie, le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? »