Patrick, exploité : « j’avais besoin de concret, d’immédiat... »

par Thibault Lhonneur 17/03/2016

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Depuis la sortie de Merci Patron !, à Fakir, on rencontre plein de gens qui veulent nous filer des coups de main. Et on se gêne pas pour exploiter dignement ces nouveaux bénévoles, comme Patrick.

« Je suis venu voir le film grâce au bouche à oreille. En sortant, je trouve qu’il y a une trop belle énergie, il faut pas laisser perdre ça. Faut que je fasse quelque chose. » Depuis deux semaines, Patrick distribue des journaux dans plusieurs cinémas parisiens et en manif : « j’ai l’impression que c’est un acte politique, j’avais besoin de quelque chose de concret, de tout de suite, d’immédiat. Et là, à travers ce film, les gens sortent de la salle, c’est complètement délirant, on sert à quelque chose, on leur amène du plaisir, du bonheur. Et en plus, avec le t-shirt, tu as toujours une belle nana qui va venir te brancher, c’est fou le succès ! »

Vu son enthousiasme, on a pas trop de scrupule à l’exploiter Patrick, d’autant qu’il a l’habitude : « J’ai fait un tas de boulots, tu peux pas t’imaginer : je bosse depuis l’âge de 16 ans, j’ai commencé comme bûcheron, après j’ai bossé dans une boite de brochure-reliure, j’ai bossé à Air France à astiquer des avions, j’ai planté des poulets par le trou-du-cul, j’ai bossé dans le saumon, j’ai bossé dans une boite où on astiquait des maquettes pour l’EDF, J’ai fait plein de choses... »

Avant tout il a milité : « Quand j’avais 18 ans, on faisait des trucs contre le FN, on avait un Fanzine, on faisait des articles contre les 15% de Le Pen. On voulait montrer la banlieue sous un autre jour. On faisait ça de Vitry. »

« franchement des militaires, c’est de la rigolade »

Mais son plus beau coup, il l’a fait pendant son service militaire : « Dans mes classes, ils m’ont collé dans une section où il y avait que des mecs de banlieues, que des mecs comme moi, que des fous. Et dans notre cité, on passe notre temps à avoir à faire aux flics, donc les mecs en uniforme, avec leurs gallons, on en avait rien à foutre. Quand t’as l’habitude de prendre des coups de bottin dans la gueule par les poulets, franchement des militaires, c’est de la rigolade.
On était tout une bande de mecs, soudés. J’ai compris là que la révolution, c’est facile, il suffit d’être ensemble, que les gens disent non. J’ai jamais salué un chef pendant mon armée. A la fin de mes classes, ils ont vu cette bande de fous, ils se sont dit « on va les éclater », ils nous ont mis un peu partout. Et moi, je me suis dit, il faut qu’à tout prix, que quand le contingent de la 10 où j’avais tous mes potes va être libéré, qu’on organise quelque chose. Pendant 10 mois, j’ai été voir tous les gars pour les convaincre de taper sur des casseroles à leur fenêtre, comme on faisait chez nous pour le nouvel an.
Et le jour de la libération de la 10, tout le monde s’est mis à la fenêtre, et t’aurais vu le bordel, c’était un truc de fou. Les chefs savaient pas d’où ça venait, ils avaient jamais vu ça ! J’ai mis 10 mois à organiser ce bordel, je faisais du lobbying permanent. Et pas un jour de trou ! ».

On sait pas encore si aux fenêtres de LVMH, les salariés en feront autant pour le départ de Bernard Arnault, mais ce qui est sûr, c’est qu’avec Patrick, on va tout faire pour !

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  • Le 7 avril à 14:46, par AUGRANDJEAN Isabelle En réponse à : Patrick, exploité : « j’avais besoin de concret, d’immédiat... »

    Bonjour Fakir,
    Nous avons assisté, moi et une amie, à la projection de Merci Patron hier soir à Chateau-Gontier. (Ne cherchez pas,, c’est une petite ville charmante de la Mayenne, département situé, pour faire court, à l’est de l’Ille et Vilaine - mais on n’est pas bretons !...). Nous étions SEULES dans la salle pour notre plus grand plaisir perso moi-je, car on avait l’impression d’être comme à la maison, devant notre ’immense écran home-cinéma que nous ne possédons même pas ! Blague à part, nous avons A.D.O.R.E votre film et regretté malgré tout que notre enthousiasme ne fut pas pas partagé par d’autres (certainement tous engouffrés dans la salle voisine projetant le dernier Mickaël Young. Sans commentaire....). Merci à toi, François Ruffin, pour ton humour, ton humilité, ta poésie, ta simplicité et à tous les acteurs outragés emplis de sincérité et de grande générosité de coeur. Vous êtes tous les messagers de la réalité du quotidien de millions de personnes qui se sentent impuissantes devant les mâchoires aux dents acérées du capitalisme. Grâce à votre film, l’espoir renaît. Comptez-sur nous pour que le bouche à oreille fasse son oeuvre afin de fédérer de futurs spect-acteurs. Nous espérons fortement que cette boule de neige devienne l’avalanche qui saura faire capituler ces manipulations capitalistes. Réveillons-nous !
    Un grand merci.

  • Le 1er avril à 17:54, par Patrice En réponse à : Patrick, exploité : « j’avais besoin de concret, d’immédiat... »

    Et oui t’ as tout pigé !
    Dès qu’ on est une dizaine à dire non de façon « énergique » ceux d’ en face se posent des questions...!
    Bravo,