L’art de la guerre : Sommes-nous prêts pour la bataille ? (1/5)

par François Ruffin 16/04/2017 paru dans le Fakir n°(55) mai - juillet 2012

Version imprimable de cet article Enregistrer au format PDF

On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Les financiers ont déjà aiguisé les couteaux, lubrifié les canons, préparé les munitions.
Et nous ?

« La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter », remarquait le milliardaire américain Warren Buffett. Et de fait, depuis trente ans, cet adversaire, puissant, organisé, intelligent, remporte des victoires. Désormais, voilà qu’il compte sur sa propre crise pour s’offrir un triomphe, non pas définitif – rien ne l’est jamais – mais décisif. Car l’élection présidentielle n’était qu’une mise en jambes.
Le conflit sur les retraites, qu’une escarmouche. C’est un affrontement d’une autre ampleur que préparent les financiers.
Sauf que.
Sauf que cette fois, il y a de bonnes chances pour que les « réformes » ne passent plus comme une lettre à la poste privatisée. Sont-elles jamais passées aisément, d’ailleurs, dans notre pays, des grèves de décembre 1995 aux blocages de l’automne 2010, en passant par le « non » de 2005 ?
Nous ne sommes pas des oiseaux de bon augure qui piaillons « révolution ! révolution ! », à chaque édition.
Pas des optimistes béats qui confondons nos espérances avec des prédictions. Mais un bras de fer entre notre peuple et les marchés se dessine, et nul besoin d’être devin pour l’annoncer : cette lutte se déroule aujourd’hui partout en Europe – des suicides de protestation à Athènes à la grève générale à Barcelone, en passant par les mobilisations à Rome.

Alors, sommes-nous prêts pour cette bataille ? Où est notre plan ? Avec quelles armes ? On a baladé ces questions parmi les intellectuels militants.
Le sociologue Jean-Pierre Garnier espère « un soulèvement populaire qui remettrait en cause le pouvoir des classes dirigeantes ». Serge Halimi, directeur du Monde Diplomatique, invite à « ne pas sous-estimer le pouvoir du peuple ». Gérard Filoche, à la gauche du Parti socialiste, parie sur des « forces sociales qui vont se mettre en mouvement » et évoque le Front Populaire. L’économiste Jacques Sapir entrevoit « des mouvements sociaux extrêmement importants, des mois et des années de très grande tension sociale, économique et politique, où je pense que chacun, que ce soient les citoyens ou les hommes politiques, devra prendre ses responsabilités ».
Mais que ces penseurs nous pardonnent : quand on a dit ça, on n’a encore rien dit. Car comment agir, justement, pour que ce « mouvement », ce « soulèvement », cette « irruption », adviennent et soient puissants ? Là réside justement toute la difficulté, évacuée.
Quel est le sens pour moi, habitant à Amiens, et vous qui travaillez à Metz, qui chômez à Libourne, qui retraitez à Cahors, etc., quel sens pour nous qui ne résidons ni à l’Élysée ni à Matignon ni à Bercy, pour nous qui ne détenons pas les leviers de l’état, quel sens pour nous que « prendre ses responsabilités »  ?
En bref : que faire, ici et maintenant, à notre mesure ?

Remake

« Que faire ? » À la rentrée dernière, déjà, on se posait cette question simple – et on y répondait surtout par des « Que ne pas faire ? »
Extraits :

« Comment on va faire, alors, pour retirer le pouvoir à cette bande organisée – et donc pour le prendre ? C’est une question ambitieuse, certes, mais nécessaire. Et ce qui me surprend, à vrai Et ce qui me surprend, à vrai dire, c’est moins ma prétention d’aujourd’hui que notre longue modestie d’hier : que cette question, nous l’ayons si longtemps évitée. Que ce point-clé ne soit guère abordé, ou à peine, dans les
réunions publiques d’Attac, des
“intersyndicales de lutte”, etc.
Notre modestie a ses raisons. Nous sortons à peine d’une longue convalescence politique – encore trop affaiblis pour songer, vraiment, au pouvoir et à sa conquête. On doit s’y mettre, pourtant. Dans les temps troublés qui s’annoncent, il nous faut être prêts.
Sans jouer au prophète, l’histoire gronde à nos portes. Si elle tourne mal, nous aurons notre responsabilité dans cette débâcle. C’est que, collectivement, on se sera montrés impuissants, incapables de surgir, tous ensemble, sur le devant de la scène, pour troubler le cours de leurs intrigues.
Nous aurons manqué, nous manquons jusqu’ici, de lucidité, de détermination, de maturité. Comment ne pas ressentir, avec douleur, la disproportion entre l’immensité de notre tâche et notre modeste organisation ?
Il nous faut mûrir vite. »

Combien ce texte me paraît, ce printemps, à la fois juste et vieilli ! Car justement, nous avons « mûri vite », depuis. On s’en sent bien capables, désormais, de « surgir, tous ensemble, sur le devant de la scène pour troubler le cours de leurs intrigues ». Et leur « prendre le pouvoir », voilà qui ne semble plus ni impossible ni tabou, plus un gros mot. Que de chemin parcouru, malgré nos faiblesses !
Mais ces faiblesses, sans se lamenter ni s’auto-flageller, il nous faut les connaître – tout comme nos forces, nos adversaires, nos alliés…

Écrire un commentaire

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Vos commentaires

  • Le 27 avril à 23:43, par Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas En réponse à : L’art de la guerre : Sommes-nous prêts pour la bataille ? (1/5)

    Pourquoi François Hollande tire-t-il sur la corde du côté des travailleurs ? oO

  • Le 27 avril à 23:43, par Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas En réponse à : L’art de la guerre : Sommes-nous prêts pour la bataille ? (1/5)

    Pourquoi François Holland tire-t-il sur la corde du côté des travailleurs ? oO

  • Le 17 avril à 12:33, par Robert En réponse à : L’art de la guerre : Sommes-nous prêts pour la bataille ? (1/5)

    Merci pour votre site, pour votre journal que bien que retraité ( très modeste que je n’ose même pas donner un chiffre ), je tente d’acheter en kiosque car je n’ai pas les moyens de m’abonner.
    La lutte est engagée et beaucoup d’espoir pour cette présidentielle 2017, qui peut nous permettre d’effectuer un véritable tournant à gauche ( la vraie gauche) humaniste et soucieuse de l’intérêt général.
    J’ose croire que tout est possible et qu’il vaut mieux vivre avec des rêves que de déprimé de la « nature humaine ».
    Encore merci.
    Robert

  • Le 16 avril à 14:53, par JBL1960 En réponse à : L’art de la guerre : Sommes-nous prêts pour la bataille ? (1/5)

    Je suis d’accord avec vous qu’il faut avoir lu « L’art de la guerre » de Sun Tzu, non pour envisager se battre mais bien pour être capable d’anticiper la perversité de l’adversaire. Zénon, jeune auteur que j’ai intégralement relayée et dont vous trouverez tous les textes ici ► https://jbl1960blog.wordpress.com/les-chroniques-de-zenon/ A cité Lao-Tseu - Tao-tö King, dans son texte « Ragnarök » de la subversion à la terreur idéologique :
    "Tout le monde tient le beau pour le beau, C’est en cela que réside sa laideur.
    Tout le monde tient le bien pour le bien, C’est en cela que réside son mal."
    Non seulement, voter 1 jour c’est démissionner 5 ans, et vous ne le savez que trop bien puisque vous teniez le micro à Nicolas Doisy, Chief Economist du Crédit Agricole à Chevreux en mars 2012 dans cette vidéo que nous sommes nombreux à avoir vu et que j’ai à nouveau intégré dans mon dernier billet ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/04/13/dun-bozo-a-lautre-cest-le-barnum-qui-continue/
    Vous allez vous faire Syriser en 2/2 comme tout ceux qui ont voter pour Donald se sont faire Trumper... Qui veut la paix, prépare la paix. Et dans ce système là, je ne vois personne qui pense cela. JBL1960