Drahi, Joffrin : ce que vous ne lirez pas dans Libé

par François Ruffin 06/06/2016

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Je suis interviewé ce matin dans Libération. Mais vous ne lirez le nom ni de Joffrin, ni de Drahi…

Y a dans Libération, ce lundi matin, une double page d’entretien avec ma pomme. Au cours de nos échanges avec les journalistes, j’avais taclé régulièrement Laurent Joffrin, le directeur de Libération, et surtout Patrick Drahi, l’actionnaire principal, patron de SFR, L’Express, BFM, etc. Rien n’en a été retenu.
Je comprends cette censure/autocensure.
Ayant relu l’interviou, je l’ai d’ailleurs acceptée.
C’est une règle du jeu médiatique, qu’on peut néanmoins dénoncer : l’impossibilité de critiquer les patrons de presse dans la presse.
Comme ici c’est moi le patron de presse, je vais en profiter pour rétablir les passages qui furent caviardés.

Sur Joffrin

On va faire bref, on a déjà bossé sur son cas ou . Dans l’entretien, je mentionnais juste une « imposture » : voir le directeur de Libération parler sur les plateaux télé au nom de la gauche relève de l’imposture médiatique, tout comme voir Valls de l’imposture politique.

Sur Drahi

Là, j’avais potassé le dossier.

Comment veut-on, j’interrogeais, que la presse s’attaque sérieusement au blanchiment d’argent, à la folle finance, alors qu’elle est entre les mains de champions des holdings et des paradis fiscaux ?
Parmi eux, Patrick Drahi figure en excellente position avec des filiales, des comptes bancaires, au Luxembourg, à Guenesey, au Panama. On doute que lui-même s’y retrouve dans l’enchevêtrement de ses sociétés, révélé par notre copain économiste Benoît Boussemard et publié par le Canard (14/10/2015) :

Un graphique que, faut-il le préciser, Libé n’a jamais publié…

Mais s’il a dispersé son empire sur le globe, lui-même a choisi la Suisse comme résidence. Vanity Fair publie, ce mois-ci, un bon papier sur la colonie pour super-riches de Cologny, au bord du Lac Léman. Un ghetto pour oligarques.

Et l’on apprend, entre autres choses, que non seulement Drahi est hébergé fiscalement en Suisse, mais qu’il a même déménagé à l’intérieur de la Suisse, jouant de la concurrence fiscale entre cantons !

Tout autour, les Français sont nombreux et bien classés au palmarès des fortunes hexagonales (…). La plupart bénéficient d’un forfait fiscal suisse, qui permet aux résidents étrangers d’être imposés sur une estimation de leurs dépenses annuelles et non sur leur fortune. Patrick Drahi avait opté pour ce système à Genève, avant de se faire domicilier en 2011 à Zermatt où il possède plusieurs chalets, la fiscalité encore plus avantageuse.

A ce niveau de pingrerie, l’Harpagon de Molière apparaît comme un généreux philanthrope…
Son modèle fiscal, c’est la Suisse.
Mais son modèle social, ce serait plutôt la Chine…

Pourquoi on s’est fait totalement déborder ? C’est très facile à comprendre… Vous allez à Pékin. Vous allez à Shangaï… ils bossent 24/24 hein. Je dis les choses… Ils bossent 24/24. Donc 24/24, sept jours par semaine, voyez la différence, ça va vite le rattrapage du retard. Donc là ils nous ont passé devant. Il est là le problème, il est là… Il est que là ! C’est pas qu’on est moins intelligents, on est beaucoup plus intelligents, on a de biens meilleures écoles ! Quand je vais aux Etats-Unis, je peux vous dire quand je vois un ingénieur américain, j’ai aucun complexe. Quand je vois un manager américain, j’ai aucun complexe. Quand je vois un banquier américain, j’ai aucun complexe. Sauf que le gars il prend deux semaines de congés par an.

Voilà tout ce que vous ne découvrirez pas dans Libération.
Et pas non plus ce lundi.

Drahi ne veut pas qu’on parle de Drahi dans Libération. Soit. Mais bon, les journalistes nous ont quand même laissé parler de notre campagne contre le PS, de notre souhait d’un mouvement populiste de gauche, de protectionnisme, etc, etc. Alors on vous met le lien ci-dessous.

Voir en ligne : A lire dans Libération : « Voter PS au second tour en bon petit républicain, c’est fini »

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Vos commentaires

  • Le 11 juin à 13:36, par Koleck En réponse à : Drahi, Joffrin : ce que vous ne lirez pas dans Libé

    En réponse à BOULAN

    Ce toutes façons ce système dont on est tous plus ou moins complices finira par imploser, ne serait-ce que quand il n’y aura plus de pétrole ! mais si on ne prévoit rien, si on ne s’y prépare pas, ça va faire très très mal. Et c’est nos enfants qui vont payer l’addition !

  • Le 11 juin à 00:03, par Antoine A En réponse à : Drahi, Joffrin : ce que vous ne lirez pas dans Libé

    Mais, mais, mais... après plus de 10 ans de fakir, après plpl, après cqfd, après bourdieu, après acrimed, après tout ça, après tout ce qu’on sait... pourquoi diable donner une interview à libération. on sait bien que c’est le début du piège. la réponse à cette publication te fait passer pour un mec pas net. mais pourquoi entrer dans ce genre de mécanisme de merde ? c’est déjà le début de la récupération.
    bref.

  • Le 10 juin à 11:42, par Alfred En réponse à : Drahi, Joffrin : ce que vous ne lirez pas dans Libé

    Ouais bon, les monopoles sur la presse, comme d’ailleurs sur l’ensemble des activités marchandes, ne datent pas d’hier, et le problème pour vous et pour l’extrême-gauche c’est que ces monopoles ne vous empêchent ni d’exister ni de vous exprimer, contrairement à ce qui se passe en Chine. Il faudrait arrêter de tomber de la dernière pluie, M. Ruffin, et commencer à définir plus sérieusement ce que sont la « démocratie libérale » et le « capitalisme libéral » si vous voulez servir à quelque chose .

  • Le 8 juin à 23:36, par Boby Dinar En réponse à : Drahi, Joffrin : ce que vous ne lirez pas dans Libé

    Merci pour cet article et il faut rajouter à la pingrerie de Drahi un fait encore plus important

    Sa fortune est un chateau de cartes il n’est que dettes comme madoff ou autre la fortune de Drahi est une pyramide de ponzi qui pèse 45 MILLIARDS de DETTES !!

    http://www.clubic.com/pro/entreprises/numericable/article-792390-1-patrick-drahi-dettes-numericable-sfr.html

  • Le 7 juin à 21:09, par Boulan En réponse à : Drahi, Joffrin : ce que vous ne lirez pas dans Libé

    Cher François,
    Je vous suis depuis Les petits soldats du journalisme qui a été pour moi une vraie prise de conscience, alors que j’étais encore jeune dans le métier. Et je vous remercie et vous admire d’avoir osé pondre un tel livre, tout juste sorti d’école.
    Je suis ennuyé par contre par votre démarche actuelle, car, même si on l’approuve au fond, force est de reconnaître que nous ne changerons pas le monde. Soyons un instant réaliste. Non, un autre modèle économique n’est pas possible, plus maintenant. N’en déplaise à Mélenchon, apparatchik de ce même système. Non, les électeurs de Hollande n’attendaient pas de lui qu’il révolutionne le système, nous fasse sortir de l’Europe de Maastricht et de Schengen. Les Français, dans leur majorité, ne le souhaitent pas d’ailleurs. Est-ce que ça fait d’eux et de moi des salauds sous prétexte qu’ils ne vous suivent pas dans votre jusqu’au boutisme ? Est-ce que ça fait de nous des « collabos » parce que nous survivons dans ce système, parce que nous acceptons certains compromis en travaillant ? Vous voyez le souci : soit on est avec vous, soit on est un salaud ou à tout le moins un « collabo ». Avouez que c’est assez inconfortable, même pour ceux qui vous zpprécient. Amicalement.
    S

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