De Merci patron ! à Nuit debout

par L’équipe de Fakir 23/09/2016

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Je me préparais à vous cuisiner des bonus aux petits oignons. Sauf que...

« Je me préparais à vous cuisiner des bonus aux petits oignons. »
Voilà ce qu’annonçait le rédac’chef l’hiver dernier. Intervious, bonus artistiques, soirées bien organisées. Sauf que ça c’est pas trop passé comme on voulait.
« Alors voilà, je vous préviens », on introduit dans notre cahier bonus du DVD :

« On a bâclé le boulot, un peu. Et faudra adresse vos reproches aux grévistes, aux nuitdeboutistes, aux bloqueurs, au dockers, à toutes ces »minorités agissantes« qui se sont servis, se servent, et j’espère se serviront de Merci patron ! comme d’un baume au coeur, le coup de gnôle avant de remonter au front. Parce que, comme dit Zorba le Grec : »La vie, c’est de défaire sa ceinture et de se battre !"

Alors on vous met ici les extraits de deux articles à retrouver en long en large en travers et en intégralité dans notre super coffret. Pas des articles au hasard. Celui de Frédéric Lordon d’abord, dans le Diplo de février, qui en appelait à passer du film à l’action.

Ainsi, il arrive aux classes « populaires » de revenir du néant où on a voulu les enfouir, et d’en revenir avec quelque fracas. C’est là sans doute la seconde bonne nouvelle de l’évangile selon saint Klur : il se pourrait que cet ordre social soit beaucoup plus fragile qu’on ne le croit. On commence en tout cas à se poser de sérieuses questions lors de cette scène sublunaire qui voit un ex-commissaire des renseignements généraux, devenu barbouze privé pour l’empire du sac à main, négocier avec les Klur devant une caméra cachée (lui cherche un magnétophone sous une chaise…) et devenir quasi hystérique à l’évocation de Fakir. Que la campagne de presse passe par Le Monde, Mediapart ou par François Hollande, il n’en a cure. Mais Fakir ! Et c’est Molière chez les Picards, avec, à la place de Diafoirus qui trépigne « Le poumon ! », l’ex-commissaire Machin devenu maboule : « Fakir ! Fakir ! » — on le menacerait de tout envoyer à CNN ou au pape, il continuerait de glapir comme un possédé : « Fakir ! »

Rendu à ce point du visionnage, et totalement éberlué, on tente soi-même de reprendre pied pour former à nouveau quelques idées générales. D’ailleurs, avec l’aide du commissaire lui-même ! Qui, du fond de son sens commun de flic, est détenteur d’une philosophie politique à l’état pratique : pourquoi Fakir, qui est tout petit ? Parce que, explique le commissaire, « c’est les minorités agissantes qui font tout ». Si des Klur coachés par le camarade Ruffin ont le pouvoir de mettre Bernard Arnault à quatre pattes, c’est bien qu’en face, on a peur. Confusément conscience que tant de vilenies accumulées ne pourront pas rester éternellement impunies, et peur. Mais alors quid de dix, de cent Klur-Ruffin, d’une armée de Klur-Ruffin ? Et puis décidés à obtenir autre chose que la simple indemnisation de la misère ? Et si l’espoir changeait de camp, si le combat changeait d’âme ?

Et celui de François, « Mes nuits blanches pour Nuit Debout », dans notre numéro de mai. Merci patron ! était, alors, sorti des salles de ciné et la bataille de la Loi Travail, devenait un peu réalité :

Je me suis tapé quelques nuits blanches, à imaginer des plans A, des plans B et des plans C, à tenter de traduire en calendrier, en réservation de salles, avec une montée en puissance, les lyriques intuitions de mon économiste favori.
C’était comme une campagne à mener.
Encercler Paris, d’abord, réserver les avant-premières à la province, frustrer la capitale, pour la faire gonfler l’envie.
Puis une projection, une seule, salle Olympe de Gouges, le 8 février, mais devant mille personnes chauffées à blanc, qu’elles sentent qu’une aventure commence, qu’elles peuvent en être.
Dans le viseur, quinze jours plus tard, le 23 février à la Bourse du Travail : « Leur faire peur, mais comment ? » Pour cette réunion, Lordon désirait « un truc assez informel, les gens discutent par petits groupes, et des propositions se cristalliseront… » Ca me paraissait casse-gueule à animer, un pareil bordel. Mais bon, il serait à mes côtés en cas de pots cassés.
Et le jour J, patatras, Frédéric – il est devenu Frédéric au fil de l’épopée – tombe malade. Moi je suis crevé, après des semaines d’avant-première, sur les routes et les rotules, notre film qui sort le lendemain, et je me sens comme un soldat sans munition envoyé au front. Heureusement, Johanna me seconde.
Avec quelle proposition on arrivait, dans nos cartons ?
Le « Réveil des betteraves » à Amiens le 12 mars (parce que, dans une vision picardo-centrée, la Révolution partira d’Amiens ou ne partira pas). Mais le même jour, le DAL organise une manif, à Paris, contre l’Etat d’urgence.
La débine.
Il faut autre chose.
Durant l’entracte, pendant que ça bouffe les sandwiches, une petite mêlée se forme autour de nous, devant le buste de Jaurès : « Comme les syndicats ne poussent pas, dit un gars, on doit faire notre propre manif…
- Ouais, ajoute un autre, et après, on occupe un bâtiment, l’Hôtel de Ville, ou je sais pas quoi.
- Je ne suis pas d’accord, je reprends. On ne doit pas faire notre manif à nous, on doit s’appuyer sur la manif des syndicats, qu’on en détourne un bras.
- Mais si c’est dans un mois !
- Eh bien, ça nous laisse un mois pour nous préparer. Pendant les grèves sur les retraites, à Amiens, on était venus avec des sonos, des tracts, dans le cortège, et c’est comme ça qu’avec les Goodyear, les étudiants, les cheminots, on avait occupé la Zone industrielle.
- On pourrait reprendre le slogan d’Aline Pailler, suggère Loïc de Jolie Môme : ‘Ce soir, on ne rentre pas chez nous.’ »

Tandis que je m’écroule à l’hôtel (je dois retrouver Aphatie le lendemain…), ils sont une quinzaine, autour de Johanna et Loïc, à se retrouver au Côte d’Azur pour un pot : Louise, Arthur, Ptolémé, Karine, Juliette, Simon, Raphaël, Leïla, Séverine…
Il faut les citer.
Parce que ce sont eux qui ont fabriqué la première Nuit Debout.
Avec une « assemblée logistique » d’abord, qui a fait grossir les rangs. En fondant les premières commissions, « logistique », « communication », « sérénité », « restauration », « assemblée générale ». En créant les premiers outils, le site, le facebook, la liste courriel. Avec, dans la dernière ligne droite, trois réus par semaine, lundi, jeudi, dimanche, lundi de nouveau, j’ai vu Johanna en revenir crevée, incertaine, mais toutes et tous tendus vers un but : « Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous ».

Puis vint la pluie.
La manif du 31, sous la pluie comme jamais.
De quoi dissoudre tous les espoirs.
Puis vint le miracle.
Malgré la pluie.
Des centaines d’abord.
Des milliers bientôt.
Les stands de merguez.
Le camion des musicos.
L’écran pour la projo.
Malgré la météo.
Pourquoi raconter tout ça ? Pour casser un mythe : celui de la spontanéité, événement sorti de nulle part, sans sueur et sans effort. Il a fallu choisir une direction, sans rigidité, avec souplesse, modifiant les dates, les lieux, mais une direction. Nos forces sont faibles, tant pis, mais qu’on les rassemble, qu’on les concentre sur un point, avec énergie, sans les disperser.

Voir en ligne : Retrouvez en exclu chez nous le DVD de Merci patron !

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