Avec Fakir, écrivez « le dictionnaire des conquêtes sociales »

par François Ruffin 14/05/2012

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On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

« Le dictionnaire des conquêtes sociales » n’existe pas ? Grâce à vous, historiens en herbe, ou professionnels, ou étudiants, nous allons l’inventer ! L’enjeu, c’est pas seulement notre culture générale. Mais si nous savons, avec lucidité, comment nous avons remporté les précédentes batailles, nous serons prêts pour d’autres victoires.

Je cherchais ça, jeudi soir, chez mon libraire favori, un « Dictionnaire des conquêtes sociales ». Mais Philippe n’a rien trouvé, ni dans ses rayonnages, ni dans sa base de données, rien dans le genre. A vrai dire, à « conquêtes sociales », y a même rien qui sortait sur son ordinateur.
J’ai commencé à lui décrire le bouquin que je voulais lire : « Des fois, dans les manuels, ou même dans les journaux militants, on a l’impression que l’Histoire avance droite comme un i : paf ! 1936, les congés payés… bam ! 1945, les retraites… ça tombe d’en haut, d’un coup, le Parlement vote une loi et c’est bon… alors que moi, mon impression, plus ça va, c’est que l’histoire, elle fait des détours, elle emprunte des chemins tortueux, elle avance sans qu’on ne s’en aperçoive… »

Par exemple, je lisais qu’en 1906, après un drame dans une mine, la CGT lance une grève pour la journée de huit heures… Donc, c’est pas né en 36, c’est déjà là… Le mouvement sera durement réprimé, mais les ouvriers gagnent quand même le repos hebdomadaire : pas ce qu’ils réclamaient, mais autre chose. Et même en 1936 : les 40 heures sont inscrits dans les textes, mais dans les faits, on va réclamer aux salariés un effort pour préparer la guerre, puis pour la faire, puis pour reconstruire la France. Quand les 40 heures seront-elles vraiment appliquées ? Peut-être pas avant les années 60…

– C’est un bon bouquin à écrire, il m’a lancé.

– Ouais, bof, j’en ai déjà assez comme ça… Et t’imagines la masse de boulot ? »

Le lendemain, quand même, j’en ai touché un mot aux copains de Fakir, une idée de dossier : « Comment on gagne ». J’ai refait mon numéro : « Ces progrès sociaux, il faudrait leur rendre toute leur chair, tout ce qu’ils ont réclamé de petits efforts, de tracts, de réunions publiques, de manifestations pour qu’émerge l’idée qu’un pas en avant est possible… toutes les ambiguïtés, également, parce que c’est rarement le Parti Idéal qui forme un Gouvernement Idéal qui promulgue une Loi Idéale… les radicaux, par exemple, qui sont le Front Populaire, la CGT qui milite contre les retraites en 1910 et pourquoi… ne pas oublier les influences internationales, aussi, avec les exemples d’assurance en Allemagne, ou de welfare en Angleterre… »
Des fois, les lubies du boss, je vois bien qu’ils s’en méfient. Mais là, j’ai senti de l’enthousiasme. Aussitôt, ils ont décidé qu’on se ferait une bibliographie – et qu’on s’avalerait des ouvrages durant les vacances de Noël, qu’on recopierait des passages, qu’on mettrait tout ça en commun à la rentrée de janvier.

Cette nuit, j’ai encore réfléchi. C’est une besogne absolument gigantesque, encyclopédique. Howard Zinn, il a mis soixante ans, non, avant de se lancer dans son Histoire populaire des Etats-Unis ? Et ça lui a pris combien d’années ? Si on veut bien le faire, rien que sur un thème, rien que, par exemple, sur l’interdiction du travail des enfants, il faut se plonger dans la presse du XIXème siècle, épluché des thèses, relire Jaurès et Zola, etc. On ne va pas y arriver tout seuls. La seule voie, pour remplir ce programme de recherche, c’est vous. Vous potassez déjà des tas de biographies, on est sûrs, des trucs très spécialisés même, sur le syndicalisme, sur l’anarchisme, sur le socialisme, sur le paternalisme, etc. Il suffirait que vous recopiiez des extraits, des citations, bien sourcés, et ça donnerait un dossier, une rubrique régulière et, qui sait, à la fin, un dictionnaire…

L’enjeu, c’est pas seulement notre culture générale pour gagner à « Questions pour un champion ». Mais si nous savons, avec lucidité, comment nous avons remporté nos conquêtes sociales, nous serons prêts pour d’autres victoires. Et même : nous encaisserons mieux nos défaites, souvent porteuse d’avenir...

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Vos commentaires

  • Le 4 février 2015 à 00:57, par Gilles Le Houézec En réponse à : Avec Fakir, écrivez « le dictionnaire des conquêtes sociales »

    Bonjour,

    Un sujet de préoccupation majeur, qui éteint toutes les luttes sociales sur le temps de travail, par exemple : le nombre d’heures supplémentaires non payées. Beaucoup de chiffres circulent, mais des méthodes d’évaluations existent, avec les bilans des inspections du travail entre autre, sur le travail dissimulé.... sous lequel on trouve, bien caché, les heures supplémentaires impayées et imposées, sorte d’esclavage sans propriété.....

    Gérard Filoche parle d’un milliard d’heures supps chaque année, correspondant à 600.000 emplois plein temps annuels, non pas comme « travail au noir », faute des « travailleurs », mais travail dissimulé, heurs supps non payées, faute des employeurs.

    Je suis syndicaliste dans une grande entreprise multinationale spécialiste de cette manne d’augmentation de la productivité : et si on ne payait pas ceux qui travaillent, au prétexte qu’ils sont trop lents ?

    C’est un combat de plusieurs années, qui a mobilisés beaucoup d’inspections du travail, expertises CHSCT, etc.... Il faut une sacrée équipe pour faire ce travail, mais nous avons du matériau, et plusieurs années de lutte et matériel probant.
    S’il y en a qui veulent mener l’enquête, ils trouverait des militants bien informés, organisés, pour les aider.

    Gilles.

  • Le 24 novembre 2014 à 21:40, par Pierre En réponse à : Avec Fakir, écrivez « le dictionnaire des conquêtes sociales »

    J’achète tous vos numéros chez le buraliste depuis plusieurs années, et je le commence toujours par les pages wikiluttes depuis leur création... J’avoue n’être pas très conservateur, mais je garde précieusement toutes ces pages et me fait mon dico.
    Quand je lis ces pages, j’entends mes grand-parents, et je comprends mieux pourquoi ils râlaient sur certains sujets que je ne pouvais comprendre étant plus jeune ...
    Je comprends que nos acquis ne sont que récents, ce qu’ils ont couté humainement et pourquoi nous devons lutter encore plus fort maintenant !
    Je me rends compte que des dizaines d’années de lutte peuvent être bafouées en qq années, qq mois ... Connaître l’Histoire, c’est connaître la valeur des choses et cela ne peut donner que plus de hargne pour les défendre.
    J’estime que le travail accompli sur ces qq pages est d’une importance sociale très importante et plus que nécessaire ...
    Mieux connaître notre passé afin de mieux organiser notre combat actuel !
    Longue vie à Fakir ! Parce qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

  • Le 9 septembre 2014 à 10:22, par mathieu En réponse à : Avec Fakir, écrivez « le dictionnaire des conquêtes sociales »

    Bonjour,

    Je n’approuve guère ce genre de méthodologie.

    Je préfère une bonne architecture de dossier séparé où chaque dossier est bien expliqué que ce que vous proposer qui en fait a déja été fait ailleur.

    Je ne connais pas votre journal original, et je cherche à en voir, un extrait, (j’irait surement, le trouver à un bureau de tabac, il semble qu’il y en ai pas très loin de chez moi, d’après votre « bureau tabac recherche » sur ce site) mais peut être vous éloignez vous un peu trop, de la raison d’être de votre journal, qui a ce que j’ai compris,où cru comprendre, est un journal satirique.

    Je pense que un journal comme poil à gratter, (originaire lui de bordeaux) ou le journal (politique) de solidarité et progrès, ont plus vocation, dans leur raison de d’origine de création, d’écrire des articles de fond.

    Bonne journée,

    En tout cas, le peu, que j’ai lu de vos dessins satirique, me plaisait beaucoup.

    Faites ce que vous voulez.

    Bonne chance.

  • Le 22 janvier 2013 à 20:12, par Gaël En réponse à : avec Fakir, écrivez « le dictionnaire des conquêtes sociales »

    Pour ceux qui n’ont pas peur des opinions à rebrousse-poil du bien aimé fakir, voici le troisième lien trouvé par un moteur de recherche (celui aux nombreux O) lorsqu’on cherche « conquetes sociales » :

    http://fr.liberpedia.org/Conqu%C3%AAtes_sociales

    Nauséabond, je préviens, environ une centaines de contre-arguments viennent à l’esprit, à chaque ligne, à chaque clic.

    Beaucoup de lecteurs auraient plaisir à voir ce rang baisser, dont je suis.

    S’il faut cocher des livres traitant de la question (une page dédiée ?) pour nourrir une base de fiches de lectures, je participe volontiers.

  • Le 6 juin 2012 à 21:09, par Aziz En réponse à : avec Fakir, écrivez « le dictionnaire des conquêtes sociales »

    C’est en effet une super idée ! Mais alors comment on organise ça !
    Pour première base, s’appuyer sur des pros. Par exemple, le Centre d’Histoire du Travail à Nantes fait déjà un bon boulot de ce côté :
    http://www.cht-nantes.org/association.
    Enfin Monter des groupes locaux pour animer le wikilutte pourquoi pas ? Pour ça il y a les copinages de fakir non ?

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