En 1986, alors au Courrier Picard, Pierre Mabire prévient : « Charles Baur est un homme qui a des règles de conduite politique claires et courageuses. Il ne semble pas vouloir être un président de Conseil Régional qui devait son élection à un parti d’extrême-droite. » Son flair d’enquêteur l’a bien guidé : le lendemain, Charles Baur recevait les suffrages des quatre FN. Deux jours encore, et il accordait une vice-présidence à « ce parti dont tout [le] sépare ».
L’alliance s’est déroulée au grand jour. Le FN a clairement posé ses conditions. RPR-UDF les ont acceptées, supprimant entre autres les subventions aux mouvements d’éducation populaire. A l’unanimité, la droite s’est choisie deux présidents de commission FN : Guy Harlé d’Ophove, au Développement économique et à la Recherche. Roland Gaucher, au Cadre de vie - Habitat. La nomination de cet ancien collabo, qui forma la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme pendant la dernière guerre, qui ne dut la vie sauve qu’à son exil en Suisse, sa nomination aurait donc pu choquer. Et non. Rien. Juste une mini-manif devant le Conseil.
Envers et contre tout, Charles Baur demeure plus que fréquentable. Comme en témoigne cette Lettre de votre député que lui adresse Gilles de Robien : « Monsieur le président, c’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai pris connaissance... Ainsi que vous m’y invitez, je me permets de vous livrer quelques observations et suggestions inspirées par ce document. Celui-ci répond magistralement à plusieurs attentes décisives pour notre région... Je me félicite de cette résolution et particuliérement du choix judicieux... Vos propositions en faveur de la recherche recueillent bien entendu mon adhésion totale... » Pas une trace, tout au long de ces quatre pages, d’une « observation inspirée » par cette union à un parti néo-fasciste. Le futur Maire d’Amiens conclut d’ailleurs : « Vous pouvez comptez sur mon appui total dans cette action et vous prie de croire, Monsieur le président, cher ami, en l’expression de mes sentiments les meilleurs. »
Mais la palme revient à Jacques Béal, du Courrier picard. Dans un article intitulé Ces femmes qui nous gouvernent, l’auteur nous présente ces « neuf femmes élues au suffrage universel. » « Leur présence est un ‘ plus ’, nous assure-t-il. Ce qu’elles vont apporter dépassera certainement les clivages politiques, elles verseront un plus aux débats, un plus à base de sensibilité et de réalisme. » Car « toutes ont en commun, c’est l’impression que nous en avons retirée en les rencontrant, une même passion pour la politique entendue dans le sens noble du terme : l’art d’admiistrer la ville (la région). » Et qui vient en premier, parmi ces modèles de sensibilité et de noblesse d’âme ? La comtesse Katherine d’Herbais, du Front National : « Cette frêle et charmante jeune femme est sylvicultrice. Elle gère, en femme d’affaires, une plantation de frênes. » C’est dans le château de « cette frêle et charmante jeune femme » que s’entraîneront en 1992 le GUD et le FNJ. Au programme : corps à corps (« Si vous enfoncez bien votre doigt, l’oeil de votre adversaire doit pendre par le nerf optique »), cours de communication (« Devant une caméra, mieux vaut une bonne fracture qu’une blessure au sang : si un gauche chiale mais qu’il n’a pas de blessure apparente, les images ne passeront pas à la télé ») et analyse sémantique (« En face, on va vous insulter, vous traiter de fascistes et de nazis. Bien que fascistes et nazis ne soient pas des insultes. ») Un matin qu’un troupeau passe sur sa propriété, les « frêles et charmants » caniches de dame Katherine dévoreront quarante quatre moutons en vingt minutes...
Bref, rien que des braves gens en 86...
Encadré de "Une Collabauration sans fin"
Chers amis...
Le 01 juillet 2000 - par l'équipe de Fakir
En 1986, Baur et ses collègues du FN étaient accueillis avec les honneurs tant par la presse d'alors que par la droite locale. C'est ça aussi, le devoir de mémoire.
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(article publié dans Fakir N°04, mai 2000)

