Terres arables : notre palmarès des projets les plus bêtes

par Emma Souloy 16/01/2012 paru dans le Fakir n°(52) septembre - novembre 2011

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Notre-Dame des Landes : le 1er aéroport bio !

Lieu : Notre-Dame des Landes (20km de Nantes)
Projet : Aéroport pour le Grand Ouest et sa desserte routière
Surface : 2000 hectares
Plus d’infos sur : acipa.free.fr

« Cet aéroport constituera le seul aéroport français labellisé haute qualité environnementale. » Et c’est Jean-Marc Ayrault, député et maire de Nantes, qui le dit. Nantes, la ville écolo, qui a été choisie pour être la Capitale Verte de l’Europe en 2013, aura donc le privilège d’accueillir un aéroport HQE, en plus de l’aéroport international Nantes-Atlantique qu’elle possède déjà – et qui n’est utilisé qu’au tiers de sa capacité, d’après les résultats d’un débat public organisé en 2003.

Le groupe Vinci, constructeur et concessionnaire, veut carrément installer « une tribune des agriculteurs dans l’aéroport »« les agriculteurs locaux pourront faire la promotion et la valorisation de leur production locale par la création d’une AMAP en initiant la vente de paniers bio aux salariés de la plateforme ». Non seulement HQE, mais carrément bio ! « Une ferme de démonstration » mettrait en avant « le patrimoine historique et culturel de la région nantaise pour que les passagers qui arrivent ou partent de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes comprennent qu’ils sont en pays nantais ». Le groupe souhaite également « nouer un partenariat avec les écoles des communes proches de l’aéroport pour créer des parcours découvertes du jardinage pour les enfants. Chaque élève pourra se voir attribué un mètre carré de terre pour y faire la culture des produits de son choix ». Ne manque plus que l’atelier de décoration des avions au pastel vert !

Europa City : « une ambition naturelle »

Lieu : Triangle de Gonesse (Val d’Oise)
Projet : Le plus grand centre commercial et de divertissement en Europe
Surface : 1000 hectares
Plus d’infos sur : www.cptg.fr

En Ile-de-France, l’ « autonomie alimentaire » voisine les 1%. En clair, les Franciliens consomment cent fois plus d’aliments que leur région n’en produit. Alors, lorsqu’on dispose de « sols d’une qualité exceptionnelle permettant une agriculture performante », comme celles du Triangle de Gonesse, on en fait quoi ? Un emplacement pour accueillir le projet Europa City, du groupe Mulliez, deuxième fortune de France (Auchan, Décathlon, Boulanger, etc.). Dans ces 220 000 m² de commerces, 160 000 m² d’activités de loisirs, et 50 000 m² consacrés à la « culture », avec un parc aquatique (et sa plage de sable fin), un centre de thalasso, un parc à neige (et sa piste de ski sous serre avec remontée mécanique), un parc à thème (et son grand huit), « 25 à 40 millions de visites par an » sont attendues – soit le double d’Eurodisney… Le « concept », c’est d’offrir une vitrine de notre continent, organisée autour de cinq univers : britannique, méditerranéen, nordique, slave et français, pour « faire le tour de l’Europe en 8 heures comme autrefois le tour du monde en 80 jours ». Mais tout ça, on le devine, « parfaitement intégré dans son environnement », avec « une démarche de développement durable exemplaire », « des bâtiments à énergie positive »

Villages Nature : l’harmonie entre la nature et le bulldozer

Lieu : Seine et Marne (à 6 km d’Eurodisney)
Projet : Villages Nature
Surface : 259 hectares
Plus d’infos sur : www.villagesnature.com/actornotebook

« Un projet d’écotourisme innovant basé sur le concept de l’harmonie entre l’homme et la nature. » C’est le projet développé par Euro Disney et Pierre & Vacances Center Parcs, appuyé par 93.5 millions d’euros de fonds publics. Là où, d’après la Chambre d’agriculture, se trouvent des « sols [qui] bénéficient des meilleures caractéristiques possibles pour l’agriculture ».
Mais le projet l’assure : « À chaque endroit, le visiteur aura l’impression que la nature et l’humanité interagissent, sont liées et réconciliées, et ont besoin autant l’une de l’autre. » Ce serait juste une impression…

« Pour traduire ce concept, l’équipe artistique s’est inspirée notamment des mouvements culturels en architecture et en décoration qui magnifient la nature. » Qui sinon, il faut bien le dire, est franchement laide ! « Villages Nature proposerait de nombreux espaces récréatifs, sportifs et de loisirs inédits, dont le plus exceptionnel serait l’Aqualagon, regroupant l’un des plus grands parcs aquatiques d’Europe et son lagon, qui seraient tous deux chauffés par la géothermie profonde. » Mais attention, qu’on ne s’y trompe pas : « Loin d’exprimer un retour nostalgique à un univers sauvage ou simplifié à l’extrême, ou bien encore une opposition à nos sociétés développées, cette harmonie traduit, en quelque sorte, une confiance dans l’avenir, dans le respect de la nature mise en valeur et protégée par l’intervention humaine. » Et voilà comment on détruit la nature pour mieux la visiter…

Golfs : les gros trous

Lieu : Marches (près de Chambéry) – et un peu partout
Projet : Golf
Surface : 60 hectares ici – 25 000 en France
Plus d’infos sur : www.reporterre.net

« De toute façon les terres sont condamnées, alors autant mettre un golf, c’est quand même mieux que mettre du béton » : paroles de golfeur, près de Chambéry ! Alors allons-y, en avant à Marches, pour un practice de six hectares, puis un neuf trous et un dix-huit trous. Qu’importe, franchement, qu’un neuf trous existe déjà à cinq kilomètres de là ? Et que, pour la Chambre d’agriculture de Savoie, « pas question de sacrifier ces terres » car « la zone sur laquelle ce projet est défini possède un très bon potentiel agricole » ? Le maire, lui, ainsi que le conseil général et un député UMP, sans doute experts en agronomie, soutiennent que ces terres ne sont pas fertiles…

Déjà plus de 25 000 hectares sur toute la France, et encore 300 hectares à Montcombroux-les-Mines (Allier) avec le projet d’un 27 trous, 275 villas, 136 appartements de haut standing, un hôtel de 96 chambres, un restaurant, un club house, une piscine couverte… Les golfs dévorent tout jusqu’en Chine : 400 golfs illégaux sont sortis de terre, là-bas, depuis l’interdiction formelle de leur construction en 2004.

Salamane : un pont d’or pour System U


Lieu : Plaine de l’Hérault
Projet : Pôle logistique
Surface : 70 hectares à terme
Plus d’infos sur : salamane.hautetfort.com

13 millions de la communauté de communes, un million du conseil général, 500 000 euros de la région : l’argent public est déversé au pied de System U. Le groupe installera donc sa nouvelle base logistique, à Clermont l’Hérault, ancienne capitale du raisin de table. C’est que les habitants sont ravis, sans doute, d’accueillir un bâtiment de 64 478 m2 classé Seveso, autour duquel circuleront chaque jour entre 150 et 180 camions… Sur la plaine là-bas les bulldozers ont déjà rasé les vignes. Les travaux devraient commencer en septembre. Tiens, septembre, c’est le début de la saison du raisin…

Eco-béton, made in Suisse

Lieu : Plaine de l’Aïre (près de Genève)
Projet : Eco-quartier
Surface : 58 hectares
Plus d’infos sur : www.plainedelaire.ch/wp

Y a pas qu’en France qu’on bétonne les sols. En Suisse aussi. À Plan-lès-Ouates, près de Genève, se trouve une coopérative maraîchère. Eh bien, on va y passer le rouleau-compresseur pour bâtir… un « éco-quartier » !

La maison avec jardin : anti-écologique ?

Les grands projets, de golf, de parc d’attraction, de centres commerciaux, etc. sont parfois confrontés à une levée de boucliers. Parce qu’ils bouffent des centaines, voire des milliers d’hectares d’un coup. Parce qu’ils constituent, bien souvent, la caricature d’un système, son visage le plus grotesque. Mais c’est le réseau routier, en vérité, et surtout la maison individuelle qui consomment la majorité des espaces agricoles.

Ainsi, 62% des logements qui se bâtissent aujourd’hui sont des maisons individuelles – contre 41% entre 1949 et 1974. Pire, d’un point de vue écologique : la taille de ces maisons augmente (+15 m2 entre 1984 et 2006), ainsi que celle des jardins (510 m2 avant 1974 contre 720 m2 après 1999). Une aspiration au pavillon qui est ancrée bien profond : que dessine-t-on, dès l’enfance, comme symbole du bonheur, sinon cette maison, avec une porte, une fenêtre, une allée, une cheminée qui fume, et un soleil souriant dans le coin ?

Alors, anti-écologique, cette aspiration à la nature ? Oui, et cependant : on trouve encore pas mal d’espèces dans les jardins… en tout cas bien plus qu’en monoculture, aspergée de pesticides et herbicides.

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Vos commentaires

  • Le 13 mai 2012 à 08:34, par Clint En réponse à : Terres arables : notre palmarès des projets les plus bêtes

    Vous auriez pu citer aussi le projet de golf de Roissy 18 trous qui menace 90 hectares des terres les plus fertiles de France

  • Le 23 février 2012 à 16:38, par JardinierMasqué En réponse à : Terres arables : notre palmarès des projets les plus bêtes

    Sur un thème voisin, une initiative sur Rennes pour préserver et faire vivre des jardins ouvriers face à l’assaut de l’urbanisme « vert » du PS local.
    http://tousauxprairies.noblogs.org/

  • Le 18 février 2012 à 19:10, par Scalpel En réponse à : Terres arables : notre palmarès des projets les plus bêtes

    De l’inanité du fumeux concept dit de « développement durable »...
    Bravo pour ces infos et mille mercis(s) d’exister.
    Je me demande si je ne vais pas sacrifier un peu de mon misérable budget de survie pour m’abonner à votre merveilleux petit canard.

  • Le 16 février 2012 à 22:58, par Marniquet Fabrice En réponse à : Terres arables : notre palmarès des projets les plus bêtes

    A noter que les grandes tours ne sont pas beaucoup plus économes en place que les pavillons individuels.

    http://www.iau-idf.fr/fileadmin/Etudes/etude_746/Densites_Referentiel.pdf

    Les petites villes sympa, sont les plus écologiquement efficaces. Que demande le peuple ?

  • Le 30 janvier 2012 à 13:11, par jeremie En réponse à : Terres arables : notre palmarès des projets les plus bêtes

    bonjour, on voit bien ici la connerie de la mode écolo... un aéroport ne peut par définition être « propre »... une ville, n’en parlons pas... les golfs sont de vrais saloperie vu l’entretien que ça demande et les contraintes pour que ce soit exploitable, il faut du chimique, du carburant et surtout qu’aucune bestiole ne vienne la dedans...
    bref, tout le monde marque « vert », « ecologique » ou encore « developpement durable » car ce sont des termes devenus synonymes de « plein de pépètes dans les fouilles », vive la mode, vive l’arnaque et le manque d’infos utiles pour le pékin de base... et puis, toute cette thune alors qu’il parait que c’est la crise mondiale ??? ou la trouvent ils ????? ha oui, dans nos poches.
    Les vrais projets devraient être la qualité de vie, la bouffe sans saloperie dedans car même en bio il y a du chimique toléré et « bio » n’est pas synonyme de « écologique »...
    il y aurait des pages à écrire... mais je m’arrête là.

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