Prolos, intellos : qu’est-ce qui coince ? (3)

par François Ruffin 13/04/2015 paru dans le Fakir n°(65) mai - juin 2014

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On a besoin de vous

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La petite-bourgeoisie ignore les classes populaires, soit. Mais la réciproque vaut aussi : les leaders ouvriers ne se referment-ils pas sur leur propre groupe, incapables de porter un message plus universel ?

L’avant-garde du prolétariat s’est donnée rendez-vous, ce vendredi 17 janvier, sous le crachin et sur le parking des Goodyear. Combien sont-ils, combien sommes-nous ? Cent, deux cents ? Des Florange, quelques Fralib, des Ford-Blanquefort, les citadelles assiégées ont répondu à cet « appel national », un peu, pour ce baroud d’honneur. Des îlots qui ne forment même pas un archipel. Et malgré cette faiblesse numérique, sociologique, les discours dans la sono causent quand même de « convergence des luttes », voire de «  révolution ».
Mais nulle « convergence », pour l’heure. On compte quoi ? A peine dix étudiants, la moitié de profs… Un enterrement en famille, et dans l’intimité.

Echanges

Au printemps 2013, je recevais ce courriel du blog « Où va la CGT ? »

« Cher camarade,

Je constate que Fakir est totalement silencieux sur Goodyear, alors que vous êtes juste aux premières loges et en situation privilégiée de suivre les événements autour de la fermeture annoncée. Ma question est donc de comprendre ce silence ? »

Outre des considérations éditoriales (Nous suivons ce dossier depuis le début, 2007, comment ne pas lasser et se lasser ? Fakir qui cause de Goodyear, c’est tellement attendu que la crainte est là : que nos lecteurs ne le lisent même plus, eh beh oui, parce qu’on pense à vous), je mentionnais un « souci plus politique »  :

« Quand la fermeture a été annoncée, en début d’année, j’ai immédiatement appelé Mickaël, Evelyne, etc., pour voir ce qu’on pouvait faire ensemble : pas seulement en matière de journalisme, mais une action. Mon inquiétude, c’est que cette lutte se coupe des Amiénois, s’éloigne de la ville, se cantonne à la Zone voire à leur seule usine. Avec Fakir, nous aurions la possibilité de maintenir un trait d’union. Mais mon sentiment, c’est que ça ne les intéresse pas. On peut juste relayer leurs actions. Soit. Nous le faisons (niouzeletteur, tracts, etc.). Sauf que leurs actions patinent, voire font des semi-bides sans que ça ne produise une remise en cause. Ces obstacles sont surmontables. Nous les avons surmontés durant les manifs de retraite, opérant une jonction Zone / centre-ville. Mais au prix de quels efforts ! Il y a donc une responsabilité de Fakir, de ne pas mener ce travail. Mais il est parfois fatigant de faire l’union tout seul... »

Pied de grue

Un concert de soutien venait de se tenir, devant l’Hôtel de Ville. Zebda était annoncé, finalement ils ne sont pas venus. Les Wampas étaient là, plus d’autres pointures il paraît (moi je suis nul en musique), plus des Grolandais, Benoît Delépine et compagnie. Les copains tenaient un stand. On se les caillait. Et surtout, c’était vide : quoi, franchement, deux cents personnes, allez trois cents d’après les organisateurs ? Lamentable. Alors qu’à un concert gratuit, les étudiants auraient dû affluer, même pas pour la Cause, juste pour les vedettes.
On avait proposé nos services, avant, pour populariser, l’offre était restée lettre morte.
Un paquet de fois, comme ça, durant toutes ces années, je me suis retrouvé à faire le pied de grue devant l’usine, avec Mickaël qui me pose des lapins, qui m’accorde finalement trois phrases entre deux portes, qui se débine d’une invitation à la dernière minute. Et j’ai ressenti – pourquoi le nier ? – une arrogance, de la-Grande-CGT-Goodyear pour le-petit-journal-fakir. Mais ce mépris, on en est coutumiers, lorsqu’on fait, comme nous, un canard de troisième catégorie – je ne l’évoquerais pas, donc, s’il n’était un symptôme. D’une CGT-Goodyear impuissante à bâtir des alliances, à se tourner vers d’autres groupes, voire à les représenter, et qui ne s’adresse finalement qu’aux Goodyear.
Ainsi, rares furent les tracts diffusés en dehors de la boîte. Aucun document, synthétique, en sept années, ne fut rédigé pour expliquer aux Amiénois, ou aux journalistes, les causes du conflit, le refus des 4*8, les délocalisations dans le secteur, ou pour répondre aux objections écolos, récurrentes et légitimes : « Mais tant mieux si on fabrique moins de pneus, on polluera moins ?  » Rien, rien de tout cela, jamais.

Littérature bien absconse

Pour obtenir de l’info, il fallait se rendre – et on peut toujours – sur le blog « cgt-goodyear-nord.com/ », et l’on tombait alors sur des échos internes :
« La CGT Goodyear intègre les réunions de commission de suivi afin de remonter les anomalies et dysfonctionnements que vous rencontrez lors de vos passages au PIC »,
ou sur une littérature bien absconse :
« Si quelques journaleux peuvent croire à cette magouille, il y a belle lurette que nous avons Vu clair, Montebourg n’a aucun pouvoir, ni sur Goodyear et encore moins sur titan, il a juste servi de larbin au service et pour le compte de deux multinationales qui en plus n’en font qu’une, pas sur les cours de la bourse mais dans la réalité, celle qui va voir sortir du site d’Amiens nord des pneus Goodyear estampilles made by titan..... »
Cette prose à la syntaxe approximative, à l’indignation permanente, cette prose a son charme, folklorique. Mais elle est obscure pour qui ne connaît pas le dossier, et dans tous ses rebondissements. Explicitement, dans son énonciation – nous/vous – elle s’adresse aux ouvriers de Goodyear. Elle s’avère stérile, tant sur la forme que sur le fond, pour prêcher des non-convertis. Pour convaincre les non-Goodyears, il faudrait recourir à une autre langue, à des arguments différents, et même à une autre mise en page : pourquoi les papelards syndicaux ressemblent autant à des avis d’obsèques du XIXème siècle, quand la moindre pub pour une pizza fait péter les couleurs et les typos ?

Sens à peine caché

Mickaël Wamen est un bon leader. Dans ses ateliers. Dans le périmètre de Goodyear-Amiens-Nord. Parfois, dans les limites de son secteur, l’automobile. Et c’est déjà beaucoup. Mais son message, il est incapable de le passer par-dessus les grilles de l’usine, et par-dessus les barrières sociales. Il est malhabile – et le veut-il même ? – à lui donner un sens plus universel.
C’était possible, pourtant. Voire évident.
Dans un tract vite torché, « Pourquoi l’indifférence ? », à l’extrême fin du conflit, nous écrivions ceci, embrassant les aspirations vertes :

La faute initiale, les ouvriers de Goodyear l’ont commise le samedi 20 octobre 2007 : « Pour donner un avenir au complexe d’Amiens, acceptez-vous ce projet qui devra être finalisé par un accord avec les représentants du personnel ?  » Voilà la question que la direction de Goodyear-Dunlop a posée, par référendum. Avec, dedans, un chantage clair : c’était « oui » ou le désastre. Et le directeur menaçait encore plus franchement : « C’est au prix de ce plan que nous pourrons garder des emplois en France. » Ce «  plan de modernisation » – la régression sociale porte toujours de jolis noms – ce « plan » prévoyait 450 suppressions de postes, un temps de travail qui augmente, et le passage en 4x8.
Malgré ces intimidations, les salariés ont voté « non ».
Non à 64 %. Oui à 75 % parmi les cadres – qui n’auraient pas eu à le subir. Non à 75 % parmi les ouvriers.
C’est ce refus, aussi, sans doute, qui a précipité le choix d’une fermeture. Ce refus, présenté comme une honte – «  ils ne s’adaptent pas… ils ne veulent pas travailler… » – nous devrions l’éprouver comme une fierté. Et ce refus devrait redoubler notre solidarité à l’égard de ces voisins.
Car mesurons le paradoxe.
Les machines ont permis, dans les usines de pneumatiques comme ailleurs, d’augmenter la productivité : c’est, au fond, une bonne nouvelle, qu’il faille moins d’hommes ou moins d’heures pour produire autant. La consommation de pneus baisse, un peu, pas énormément mais un peu, en France : c’est, au fond, une bonne nouvelle pour la planète. Mais de ces deux bonnes nouvelles, le système parvient à faire une très mauvaise nouvelle : la concurrence entre les travailleurs se renforce, entre eux et avec les pays à bas coût, et on les contraint soit à accepter des reculs, à casser encore davantage leur rythme de vie, leur sommeil, leur famille, soit à perdre leur gagne-pain.
Le cas des Goodyear, leur « non » franc et massif, devrait être, pour nous, un point de départ vers autre chose, et qui ne relève pas du rêve : que le progrès technologique, le progrès écologique servent le progrès social. Que, par exemple, si on a besoin de moins de pneus, et de moins de temps pour les produire, les ouvriers travaillent deux ou trois heures de moins, ou encore que cesse cette aberration, le travail de nuit.
C’est une question essentielle que les Goodyear posent à chacun : de quelle société voulons-nous ?

Au fond, très au fond, cette histoire portait en germe une lutte anti-productiviste. Encore fallait-il en dégager le sens à peine caché, le faire éclore, s’épanouir.
Et alors, ce combat « catégoriel », « corporatiste » – car oui, pour les ouvriers, il s’agissait d’abord de ne perdre ni leur santé à eux ni leur boulot à eux – aurait pris une valeur plus universelle, plus politique. Des pans, non prolétariens, du pays se seraient interrogés, auraient rejoint la bataille. On se serait mobilisés non plus pour les Goodyear, par altruisme, par compassion, mais pour nous, pour nous à travers eux, parce qu’ils nous auraient représentés, parce qu’ils auraient incarné l’avenir que nous désirons à tâtons, et celui que nous rejetons. Tout comme des Picards, des Alsaciens, des Lyonnais, se mobilisent à Notre-Dame-des-Landes, non pour préserver le bocage nantais en lui-même, mais parce qu’il incarne un avenir que nous désirons à tâtons, et un autre que nous rejetons, parce qu’à travers lui, nous défendons les campagnes picardes, alsaciennes, etc.

Intellectuels collectifs

Cette limite, cet échec – mais a-t-on, a-t-il essayé ? – on ne les reprochera pas à Mickaël Wamen : mener pareil conflit est déjà bien ardu, comment trouver le temps, l’énergie, la respiration, pour lever le nez du guidon et lui découvrir un sens ? L’analyse doit dépasser sa personne.
Au-dessus de lui, autour de lui, avec lui, il y a un syndicat, des structures, bref des « intellectuels collectifs », avec des gens payés pour réfléchir, pour produire des documents.
La Fédération CGT de la Chimie, réputée combative, par exemple. La Voix des industries chimiques a notamment, en plus des appels à manifester, consacré un dossier à «  Goodyear Amiens : l’histoire de leur lutte » (août 2012). Le bulletin y retraçait, mois après mois, le «  bras de fer entre la direction de la multinationale et un syndicat de masse, de classe  », en six pages colorées qui saluent «  le courage », «  la lucidité », «  les valeurs de solidarité », bref, «  une victoire historique, exemplaire  »… Voilà qui a mis du baume au cœur, sans doute, et il en faut, mais cet enthousiasme n’ouvre aucune piste, n’ébauche aucun argumentaire.
Sur le site de la Confédération CGT – avec qui les Goodyears sont en bisbille –, là non plus, on ne trouvera pas la moindre analyse sur le pneu aujourd’hui, où sont-ils produits ? où sont-ils consommés ? à quoi sert le réchappement ? où vont les gains de productivité ? automobile ou planète, faut-il choisir ?
Il ne s’agit pas, ici, de pointer la « trahison », ou le « manque de combativité » des instances. Mais pire : l’absence de pensée.
Le cas Goodyear n’en est, malheureusement, qu’un avatar : c’est tout le mouvement ouvrier qui, je le crains, je l’observe, est en coma cérébral. Quelles réflexions originales a-t-il livrées, quelles perspectives a-t-il ouvertes, ces derniers temps, malgré la crise, sur l’Europe par exemple, sur l’Euro, sur le protectionnisme, sur la croissance surtout, sur le réchauffement de la planète ? Rien, ça ronronne et ça roupille.

Economico-corporatiste

A propos des leaders paysans, dans l’Italie du Sud des années 20, Antonio Gramsci parlait d’intellectuels « économico-corporatistes » : ces leaders défendent un intérêt économique immédiat, mais sont incapables de convaincre au-delà de leur groupe. Et l’essayiste communiste y opposait (si j’ai bien compris, mais c’est pas certain…) l’intellectuel « hégémonique », alors actif dans le mouvement ouvrier, dans l’Italie du Nord, et qui offre un sens plus universel à la lutte, dépassant les contradictions et du coup rassemblant largement. C’est au tour des ouvriers, me semble-t-il, de n’avoir plus que des intellectuels « économico-corporatistes », cantonnés à leur groupe et à un intérêt immédiat, repliés sur eux-mêmes.
Ou alors, autre hypothèse – mais à vrai dire les deux ne se contredisent pas, elles se complètent : dans le dernier numéro de Fakir, on interrogeait l’épidémiologiste anglais Richard Wilkinson. Il nous décrivait comment des singes, régulièrement battus, mordus par un dominant, se recroquevillaient, déprimés, et comment des humains, constamment humiliés, subissant la honte sociale, se coupaient du monde à leur tour, préférant la drogue, le frigo, la dépression à d’éventuels amis. C’est toute une classe, là, dirait-on, qui est rouée de coups depuis trente ans, et qui au terme de ce traitement se rétracte sur elle-même, impuissante à chercher des alliances.
Nulle surprise, alors, quand, au bout du rouleau, les Goodyear finissent par occuper leur usine, s’enferment à l’intérieur, en refusent l’accès – pour raisons de sécurité, soit – à toute personne étrangère au site. Cette auto-claustration devient presque un symbole. Et lorsque, le samedi, ils se décident à sortir, devant l’Hôtel de Ville, la manifestation paraît si fermée que Philippe, un copain libraire, doute : « Je voulais venir, mais quand je les ai vus, j’ai cru que c’était réservé aux familles… »

Loupé le coche

On a pondu ce tract, donc, « pourquoi l’indifférence ? », quand même, en catastrophe et contre la catastrophe. On y présentait comme «  une bonne nouvelle qu’il faille moins d’hommes ou moins d’heures pour produire autant », et comme une «  autre bonne nouvelle  » que « la consommation de pneus baisse », et on y souhaitait que « les ouvriers travaillent deux ou trois heures de moins, ou encore que cesse cette aberration, le travail de nuit ». Honnêtement, je me demandais comme ce machin serait reçu par les ouvriers eux-mêmes, et par la CGT-Goodyear, si on nous renverrait notre papelard à la gueule...
Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Les travailleurs l’ont lu en détail et, durant toute une semaine, ils ont eux-mêmes distribué le papier, ils l’ont photocopié comme s’il émanait de leurs rangs, ils l’ont diffusé à leurs rassemblements.
Ca m’a ému, et ça m’attristé.
Parce que ça venait trop tard.
Parce que nous avions loupé le coche.
Parce que, par timidité, par fatigue, nous n’avions pas rempli notre rôle de, disons-le, d’intellectuel : replacer cette lutte dans un contexte, offrir un regard plus large, en faire un « enjeu de société », bref, lui donner un sens qui échappe parfois à la conscience des acteurs eux-mêmes – et par là, par ces débats, par ces controverses, rallier des fractions de l’opinion, des ATTAC, des Verts pourquoi pas, des socialistes authentiques, des étudiants à cheveux longs, toute une classe éduquée en qui sommeille aussi une culpabilité, revendiquant souvent un papy mineur, et chez qui l’on peut réveiller une affection romantique pour le bleu de travail du Front populaire.
Le sort de Goodyear en eût-il été changé ?
J’en doute.
Mais cette lutte aurait agité et ranimé les esprits, rapproché classes ouvrière et intermédiaire, combiné rouge et vert, semé des espérances pour la suite, bref, marqué un pas politique en avant – quand ça ne restera dans la petite histoire que comme un combat défensif, d’arrière-garde, un bastion prolétaire, un de plus, qui a fait de la résistance, une étonnante résistance, sept années, mais sans alliance, citadelle finalement prise d’assaut.
Donner un sens à la lutte, c’est aussi la lutte.

C’est un enjeu pour la suite, que cette alliance, un impératif. Car dans notre histoire, de 1789 à 1936, de 1793 à Mai 68, rien de grand, rien de beau, ne s’est fait, à gauche, sans cette jonction/friction entre une fraction intellectuelle et les classes populaires. Et quelle classe peut se dire, aujourd’hui, assez puissante, numériquement, culturellement, politiquement, pour battre en brèche à elle seule l’oligarchie ?

Une semaine de convergence…
« Tous ces mecs qui manifestent le mardi, hier, ils sont pas foutus de venir nous donner un coup de main. Tu manifestes et puis tu rentres chez toi… Moi je crois que samedi je vais aller ramasser du raisin. »
C’était du Mickaël Wamen en 2010, pendant le mouvement sur les retraites. A l’Union Locale de la Zone industrielle, il pestait contre ces « bobos » qui font leur tour de centre-ville, en cortège, pendant que lui et sa bande bloquaient tant bien que mal la Zone.
Avec timidité, mais je les enjoignais : « Moi, je crois que vous ne devriez pas, vous, mais aussi les cheminots, ceux qui veulent bouger, vous ne devriez pas bouder les manifs. Au contraire : il y a là un rassemblement de gens de bonne volonté. On peut se servir de ces rendez-vous comme d’un point d’appui. Pour aller plus loin, pour amener les plus décidés vers une action, sur la Zone ou ailleurs.
– Les manifs, pour eux, c’est 14 h 30, et 17 h 30, je rentre chez moi…
– Mais jusqu’ici, qu’est-ce que vous avez fait comme efforts pour essayer ? La dernière fois, y avait pas une sono, pas un tract qui parlait du blocage, rien. Alors, je demande qu’on tente le pari, au moins, qu’on tienne un meeting dans la manif, et après, vous pourrez dire ‘jamais jamais jamais ils ne sont venus.’
– Ah, applaudit Mickaël, je suis content : c’est bien, on t’a énervé. On va le faire, ce meeting. »

J’éprouve de la nostalgie, bien sûr, à ces souvenirs, à cette chaleur qui nous a animés, à cette force qui nous a unis un temps – et après laquelle je cours, encore, oh oui, je veux connaître à nouveau le goût de ça. Je nous revois, dans la manif, distribuant des T’chio Fakirs «  Tous à la Zone ! » par milliers, et la sono des Goodyear donnant à fond. Je nous revois, à sept heures du matin, avec les étudiants, les enseignants, les éducateurs qui affluent là-haut, au « Rond-point de l’Oncle Sam », et Mickaël qui jubile, isolement brisé : « On n’a jamais vu ça ! Jamais, sur la Zone, jamais ! Là, on va rester jusqu’à vendredi soir, on va leur mettre profond !  », et il sera torché le soir, à moitié à poil à la lumière des phares, en caleçon, sautant de joie devant les bagnoles, tandis qu’une fanfare joue « A las barricadas ».
Mais une fois cette lutte passée, malgré des velléités, chacun est retourné dans son coin et dans sa classe.

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Vos commentaires

  • Le 13 avril 2015 à 21:45, par Fabien SERFATI En réponse à : Prolos, intellos : qu’est-ce qui coince ? (3)

    Putain, voilà un texte majeur !

    Enfin une pensée claire et instruite par l’expérience, qui dit quelque chose d’utilisable. Bref, enfin une pensée.

    La séparation prolos/intellos opère comme une lobotomie du peuple. Ruffin recole des synapses.

    Et puis, Donner un sens à la lutte, c’est aussi la lutte., ça a sacrément de la gueule ! Je la replacerais.

  • Le 13 avril 2015 à 21:02, par Rem* En réponse à : Prolos, intellos : qu’est-ce qui coince ? (3)

    Je ne suis qu’un vieux papy de 76 ans, bien fatigué d’avoir été surtout prolo, dans une vie de batons-de-chaise... qui m’a permis de devenir « intello », libertaire.
    J’ai encore la tête « jeune » (me dit-on) au point d’écrire (même des poèmes) pour « mon modeste lectorat » (les éditeurs font la moue, les journaux aussi), notamment ouvrier de St-Nazaire, vieux bastion ouvrier qui « ronronne CGT » hélas, trop... etc.
    Bravo Fakir !

  • Le 13 avril 2015 à 16:58, par Immanul En réponse à : Prolos, intellos : qu’est-ce qui coince ? (3)

    Voilà un beau texte en tout cas.