Nos emmerdes

par ludo 22/02/2011

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On a besoin de vous

Le journal fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Au départ (en 1999), Fakir n’était conçu que comme une aventure éphémère, un baroud d’honneur et voué à l’échec contre la communication municipale à Amiens : il s’agissait de démolir le JDA, le Journal Des Amiénois.

Un an après

Le premier adjoint de la ville nous collait deux procès, l’un en grande instance l’autre en correctionnelle, et nous réclamait plus d’un million de francs (de francs, des nouveaux !). Mais c’est le plaignant qui s’est retrouvé dans les cordes, avec caisses noires et casseroles déballées à l’audience.

Durant l’été 2001, les procès pour diffamation tombent en cascade : après l’audience contre le Premier adjoint (et de un zéro), Le Courrier Picard lèche comme il faut la mairie. On se moque du rédacteur, « chien de garde (sans les dents mais avec la langue) » qui porte plainte (et de deux zéro). On se re-moque de cet « historiographe du prince Gilles 1er », qui re-porte plainte (et de trois zéro). C’est un comique de répétition que, sur le coup, l’on n’apprécie que modérément : à l’époque, je n’aurais pas donné cher de notre peau. Le miracle, c’est qu’à trois reprises, on sortira de ces péripéties judiciaires blanchis. Comme après une mini-tornade, on se tâte : « Tiens, c’est pas vrai ! On est encore là ! » Et on est encore là.

Au printemps 2009, on est passés en national

Et même côté procès, on joue maintenant dans la catégorie du dessus : c’est Jean-Charles Naouri, le PDG du groupe Casino (Géant, Vival, etc.), l’ancien proprio de Moulinex, l’homme qui a libéré la Finance dans les années 80 (aux côtés de Pierre Bérégovoy), qui nous attaque à son tour.

« CASINO et son président, Monsieur Jean-Charles Naouri sont les victimes d’un véritable acharnement médiatique piloté par le journal FAKIR. »
Vous ignoriez, ça, vous. Nous aussi. On se croyait un petit canard militant, brinquebalant, essaimant timidement depuis la Picardie, mais voilà qu’en dix minutes chez l’huissier, le mercredi 23 juin 2010, d’un coup, il nous est poussé des ailes de géant. Mieux que l’Incroyable Hulk, hop, d’un coup, notre association se transformait en conglomérat médiatique, en super-lobby, capable de « piloter » un « véritable acharnement médiatique ». On est fortiches, non ? On comprend qu’ils tremblent, en face. Ils sont si chétifs, si fragiles. Le pauvre Jean-Charles Naouri, seulement la 63ème fortune du pays, à la tête du petit Casino, 11 000 magasins dans le monde, 200 000 « collaborateurs », 26,8 milliards de chiffres d’affaires – et cette frêle société, contre l’énorme, la puissante, la gigantesque multinationale Fakir. Ce choc contre un titan de la presse doit leur donner des sueurs froides, la nuit.

Ils nous réclament 75 000 €

Quoi de surprenant ? C’est une paille, pour une holding comme la nôtre. 75 000 €, notre trésorière, Aline, elle s’en est à peine rendu compte : c’est ce qu’elle détourne chaque mois pour faire le plein de son yacht. Et au pire, en décembre, les dirigeants de la Fakirie diminueront un peu leurs stock-options… Du coup, on est tellement riches, on a décidé de sortir tout de suite le chéquier. On a envoyé le chèque. Ah mince, on a juste oublié de le signer…

On ne va pas pleurnicher. On ne va pas gémir « démocratie… liberté de la presse… droit à l’information… gnagnagna… » On le sait bien, en dix années d’enquête, que notre journalisme est un sport de combat. Que notre canard a frôlé la mort judiciaire, un paquet de fois déjà. Et bizarrement, pourtant, de toutes ces batailles – dévoreuses de temps, d’énergie, d’argent – à chaque fois nous sommes sortis plus forts. Parce que vous étiez là, camarades lecteurs. Parce que vous serez là, on le devine déjà, enthousiastes, solidaires, combatifs.

Il y a un soupçon de fierté

Jean-Charles Naouri, face à nous, c’est l’homme qui, dans les années 80, aux côtés de Pierre Bérégovoy, a libéré la Finance. Depuis, de fonds de pension en « private equity » (il a d’ailleurs fondé le sien), de rentabilité à 15 % en super-dividendes, la dictature des actionnaires dévaste l’économie comme un nuage de sauterelles : la crise, c’est un peu, beaucoup, sa crise.
C’est l’homme, aussi, qui – d’après l’assemblée nationale – s’est tiré de chez Moulinex avec 320 millions de plus-value (en francs). Tandis que des milliers de salariés étaient licenciées, avec un paquet de suicides à la clé.

Dans une démocratie normale, Jean-Charles Naouri devrait s’expliquer, en pleine lumière, au journal de 20 heures, devant des commissions parlementaires, sur les choix qu’il a opérés, dans l’ombre, il y a un quart de siècle. Mais il n’a pas à s’expliquer. Il trône tranquillement sur sa fortune, qu’il a bâtie depuis – grâce à la Finance. Alors, il y aura un espace public, maintenant, où cette histoire sera évoquée : ce ne sera pas son procès, ce sera le nôtre.

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Vos commentaires

  • Le 20 avril à 18:26, par Roxane En réponse à : Nos emmerdes

    Bonjour,
    Je viens de voir votre film, je m’empresse d’acheter votre journal pour vous soutenir et m’instruire.
    J’ai 58 ans, vous me faîtes chaud au coeur,je suis prof et de famille ouvrière, mes parents étaient représentants syndicaux à la CGT et pour cela je comprends bien ces gens ayant vécu petite, le licenciement de mes parents pour raison économique mais aussi syndicale.
    Encore bravo,