Les maisons de Bernard

par L’équipe de Fakir 24/12/2015

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Serge Halimi et Pierre Rimbert, respectivement directeur et rédacteur du Monde diplomatique, ont vu Merci Patron ! Eux aussi, on les a mis au boulot pour qu’ils nous pondent une critique.

« Ne pas avoir trop de maisons »

On ne remerciera jamais assez Bernard Arnault de nous avoir instruit d’un principe de frugalité élémentaire. La treizième fortune de la planète (avec, au compteur, plus de 30 milliards d’euros), le propriétaire à la fois de LVMH et de Carrefour, de Radio Classique, des Echos et du Parisien-Aujourd’hui en France, expliqua un jour ceci à un journaliste soucieux de ne pas commettre d’impair immobilier : « Quant aux maisons, je crois qu’il ne faut pas en avoir trop. Il faut avoir le temps d’y aller. »

« Avoir trop » de maisons » est un tourment que M. Arnault a toujours su épargner à ses salariés, en particulier aux protagonistes du film « Merci Patron ». Non seulement eux n’ont jamais détenu « trop de maisons », mais, le jour où le patron de LVMH a trouvé des salariés meilleur marché ailleurs, ils ont failli perdre la leur.

A ce point du récit, le spectateur redoute le pire : un monde ouvrier à nouveau vaincu, courbé, terrassé. Qui rumine son impuissance et qui, sur la pointe des pieds, quitte l’avant-scène de l’histoire pour entrer au musée. Heureusement, « Merci patron » laisse au placard les violons, le pathos, les commentaires apitoyés. Car ce film raconte une bagarre. Celle d’une bande de David joyeux et astucieux qui affronte un gang de Goliath pompeux et peureux. Tous les coups sont permis, et surtout les plus drôles : ici, la lutte des classes emprunte sa chorégraphie aux récits de corsaires et à … Gaston Lagaffe.

La hiérarchie cul-par-dessus tête.
Entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent, la distance apparaît souvent infranchissable. L’actionnaire estime n’avoir nul compte à rendre à ses salariés. Et ceux-ci n’ont aucun moyen de lui rappeler qui produit les richesses.
Jusqu’au moment où un groupe de joyeux saboteurs court-circuite la routine et, comme au carnaval, met la hiérarchie cul-par-dessus tête. Alors, celle-ci se dévoile à l’écran, au naturel, convaincue que puisque que tout s’achète – le travail, le silence, les soutiens politiques –, toute vie est à vendre elle aussi.

Mais soudain, l’imprévu se confirme. Bernard Arnault, prix Woodrow Wilson de la citoyenneté d’entreprise et du service public, chevalier commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, perd de sa superbe ; ses journaux et ses amis politiques ne pouvant plus rien pour lui, il s’inquiète et mobilise ses sbires. En faudrait-il vraiment si peu pour que parfois la peur change de camp ? Un rêve passe.

Serge Halimi et Pierre Rimbert

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Vos commentaires

  • Le 21 janvier à 18:32, par MARIA Mireille En réponse à : Les maisons de Bernard

    j’ai eu le grand plaisir de voir ce merveilleux film à la penne sur huveaune le 9 décembre, je n’ai pu m’empêcher de pleurer au début très émue par le couple de salariés très dignes dans leur situation devenue précaire par la faute de ce patron voyou, puis j’ai ri vu la tournure des événements et à la fin je suis ressortie pleine d’espoir et avec plein d’idées non seulement pour proposer la diffusion de ce film mais aussi avec l’envie de réfléchir à d’autres façons de lutter et les proposer dans le cadre de mon militantisme. je me suis demandée en visionnant le film si c’était un montage ou un vrai documentaire mais le débat avec François m’a donné les réponses.bravo, je continue à inciter mes connaissances à aller voir le film. cordialement. mireille MARIA