L’imposture de l’impot solidaire

par L’équipe de Fakir 15/02/2010 paru dans le Fakir n°(43 ) décembre - janvier 2010

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Jets, hélicos, yachts à Monaco. Les méga-riches vivent dans le gaspillage sans limite. Mais attention : ils prônent la « Green attitude »…

« Ici, on trouve des yachts de 24 à 36 m, mais aussi des super-yachts, des méga-yachts, des véga-yachts, puisque, évidemment, on est sur du ‘No limit’. »
Luc Pettavino organise le Monaco Yacht Show.
Aimable et chauve, dans un costume blanc.
A l’avant du petit « One », en ce moment.
Autour de lui, autour de nous, sur le port, des yachts immenses. Longs comme des pistes d’athlétisme. Hauts comme le mur de Berlin. Des masses d’acier, de bois, de plastique. C’est que les milliardaires sont lancés dans une course au luxe : le prince saoudien Bin Abdul Aziz s’offre un yacht de 140 mètres – avec 83 pièces et un hôpital ? Aussitôt, le Russe Roman Abrahmovitch réplique avec l’Eclipse : 165 mètres, plusieurs pistes d’hélicoptères, un sous-marin pour quitter le navire en cas d’attaque aérienne.
Voilà qui n’interdit pas, on le devinait, la « green attitude ». Le dossier de presse de ce salon est bourré de « environmental friendly », « écologiquement propre », « éco-geste pour être en paix avec soi-même ». Le panneau publicitaire, face à nous, sur le ponton, vend certes un avion aux ailes rétractables – mais il vante surtout son « Ecological yachting lifestyle ». Philippe Starck – qui vient de dessiner le « A », avec lit rotatif, discothèque, piscine au toit transparent, qui possède lui-même vingt-sept maisons, vingt-sept motos, un avion pour les rejoindre, etc. – ce designer cause de « jets écologiques » et de « yachts en harmonie avec la nature ».

Des Saint-Martin

Ces surhommes consentent, il est vrai, bien des sacrifices : « On n’imprime plus les courriels, nous indique Luc Pettavino. Les plans des bateaux ne sont plus faits sur papier, mais sur ordinateur. L’éclairage par iode, à bord des navires, est de plus faible consommation. »
Justement, sait-il combien consomme un « petit » yacht, comme celui-ci ?
Il l’ignore.
On s’informe auprès du capitaine, italien : « 650 litres par heure » – assez pour qu’un automobiliste circule durant une année...
« Ce n’est pas extrêmement écologique dans sa consommation, concède Luc Pettavino. Mais je suppose que son propriétaire aura à cœur de mettre son bateau sous le label ‘carbon neutral’ par exemple. »
Est-ce qu’il ne faudrait pas les taxer, tout bonnement, ces super-méga-véga-gaspilleurs ?
« Non, mieux vaut une contribution volontaire. »
On les imagine bien, en effet, tel Saint-Martin, se départir d’une moitié de leurs manteaux (de fourrure) et de leurs bateaux…

Green Star

Pas besoin de « contribution volontaire », en revanche, pour les propriétaires du Sea Force One : eux peuvent déjà naviguer l’âme en paix. Ils viennent de recevoir la « Green Star ». Décernée par le cabinet Rina – qui avait déjà expertisé l’Erica…
Avec une Etoile verte, on s’attendait à un voilier.
Tout l’inverse : un bloc noir, gigantesque, à triple pont.
« Very big », admet Paolo Moretti, de Rina. Néanmoins, « c’est environmental friendly », du bas jusqu’en haut.

– Mais combien ça consomme ?

– Ça ne nous concerne pas directement. Peut-être deux mille litres à l’heure.

– Vous ne trouvez pas qu’il y a une hypocrisie à attribuer des prix pour des bateaux qui consomment énormément, pour très peu de personnes à bord ?

– Non, ça aide à éveiller la conscience de toutes les personnes qui appartiennent à la communauté du yacht. »

Les seigneurs de l’Ancien régime avaient leurs confesseurs, leurs théologiens, qui leur blanchissaient l’âme – tandis qu’à Versailles ou dans leurs châteaux, les mêmes vivaient dans le luxe, le stupre, la paresse sur le dos du Peuple. Les seigneurs du Nouveau régime ont, eux, leurs experts en développement durable, qui leur reverdissent « la conscience ». Pour que leurs caprices se poursuivent…

Framboise au kérosène

« Tiens, salut Charlie ! »
Sur le ponton, le « project manager » - et capitaine - Jacques Conzalès vient de croiser Charlie Erdal. Son « agent en Turquie ». En fait, un peu son homme à tout faire :

– Quand on approche des côtes turques, Charlie s’occupe de tout : de notre place au port, des approvisionnements, trouver un hélicoptère, des framboises fraîches pour le petit déjeuner de demain matin…

– Et alors, quand on vous demande des framboises, vous faites comment ?

– We ship it from France or Holland, répond Charlie.

– Vous les faites venir de Hollande en bateau. Mais ça doit prendre du temps !

– No, by plane.

– Oui, reprend Jacques Conzalès. Le propriétaire a forcément son avion. Donc le pilote du jet l’amène à Istamboul, puis Charlie nous les livre en hélicoptère, ou en moto. Il n’y a pas de limite.

Voilà l’enjeu, donc : leur imposer une limite.
Par la loi, bien sûr.
Par la force si nécessaire.
A eux d’abord. Pour qu’on accepte mieux ensuite, nous aussi, des limites…

(article publié dans Fakir N°43, novembre 2009)

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