L’agenda de Gilles

par L’équipe de Fakir 01/04/2006 paru dans le Fakir n°(28) Mai-Juin 2006

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Lundi 6 mars.

Je le savais : j’aurais dû rester au ministère des parcmètres. Me choisir, moi, pour l’Education nationale, mais c’est nommer Landru au « secrétariat d’Etat à la condition féminine » ! Jamais j’ai mis un pied à l’Université (sauf pour le salon de la bande dessinée, fac Saint-Leu), j’ai obtenu mon bachot au raccroc parce que mes parents m’ont envoyé dans une boîte à diplômes, et surtout : je déteste les profs. Avec eux, il faut se justifier, chipoter pour tout, citer Kant ou Montaigne, on veut mettre un collège là et eux ils le verraient plus à gauche, ou plus petit, ou plus rond. Ils me fatiguent.

Pour m’épargner les ennuis, donc, j’avais décidé de ne rien décider. Luc [Ferry] et François [Fillon] avaient secoué le mammouth avec leurs histoires de LMD et compagnie, moi je précisais d’emblée : « Je préfère le terme d’évolution à celui de réforme. » En clair, je ne toucherai à rien, juste à la couleur du papier-peint : méthode syllabique ou globale, etc. Et voilà que Dominique [de Villepin] joue au héros et sa tuile de CPE me retombe dessus, à moi qui demeurais bien sage : je croyais qu’y aurait que ces cons de Bretons rennais à la tête dure comme du granit, mais la Bribri [Fourré] m’a informé aujourd’hui qu’Amiens vient d’entrer dans la ronde des grèves et des blocages...

Mercredi 15 mars.

Bon sang, je me sentirais mieux au « Ministère des Armées » ! Comment je ferais donner la troupe dans toute cette chienlit, sabre au clair ! Vendredi soir, déjà, j’ai libéré la Sorbonne à coups de matraque pour « défendre le matériel de la République ». C’était mon ballon d’essai. Face aux blocus, face à cette véritable « prise d’otage intellectuelle » (je suis assez fier de ce concept, dévoilé au Courrier picard), ce matin, en conseil des ministres, j’ai demandé à Nico [Sarkozy] l’intervention du GIGN. Comme pour Human Bomb. Le Vieux [Chirac] s’est énervé : « C’est pas le Tonkin. On va arrêter les conneries ! » Avec l’âge, il mollit.

Vendredi 17 mars.

J’ai renoué le dialogue avec les étudiants. Pas avec les « minoritaires » qui défilent par millions dans les rues, pas avec les « peu démocratiques » qui votent à mains levées dans les AG, pas avec les « manipulés par des partis politiques » (pour sauver la démocratie, il va falloir démanteler tout ça...), non : avec l’UNI, plus à droite que l’UMP. Avec Olivier Vial, nous avons longuement débattu : le CPE est-il « juste » ou « extrêmement juste » ? Nous avons opté pour « très juste ».

Mercredi 29 mars.

Entre un et trois millions de manifestants, hier ? Et alors ? On n’a pas connu ça depuis plus de depuis trente ans ? Et alors ? C’est pas ces braillards qui vont m’impressionner ! Je lui ai répondu ça, à Elkabach ce matin sur Europe 1 : « Une partie de ce pays, c’est un million de Français. Il y en avait 65 millions qui étaient devant leur poste de télévision à 20 heures ou à écouter Europe 1 et qui se disaient : ‘Mais pourquoi est-ce qu’ils défilent bon sang ? Il faut que ce pays avance, il faut que ce pays bouge, il faut que ce pays évolue.’ »

Mais pas qu’il avance en cortège désordonné. Non : qu’il marche au pas. D’où mon plan...

Jeudi 30 mars.

Caramba ! Ces traîtres ont dévoilé ma stratégie : oui, j’avais invité les proviseurs « à saisir les autorités de police et de gendarmerie pour obtenir les concours nécessaires à la levée des blocages », mais à la place ils ont cafté à l’agence de presse, là, Reuters. D’après eux, la solution serait d’ « ordre politique, et non dans l’usage de la force publique ». Mais ils y connaissent quoi, eux ? C’est notre nouveau mot d’ordre politique, justement : pour tout, l’usage de la force publique !

En tout cas, ça a bien plus à Nico. Avec tous mes efforts, à mon avis, il me confiera bien un petit ministère l’an prochain. Peut-être celui des képis...

(article publié dans Fakir N°28, mai 2006)

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