Justice, emploi, climat, bonheur, etc... La croissance d’abord ?

par Antoine Dumini, François Ruffin 20/07/2012 paru dans le Fakir n°(56) juillet-septembre 2012

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C’est l’été, les vacances. C’est le temps de souffler, de faire des travaux dans la maison, de regarder les JO, et de lire le nouveau Fakir qui vient de paraître en kiosques. Avec cette fois-ci un gros dossier qui se penche sur le discours et le dogme de la croissance, chez les syndicats comme chez les économistes ou les hommes politiques. Pour que, contre ces mille bouche, on remette le politique avant l’économie, et qu’on redonne à la démocratie sa prééminence...

Il y a à la fois quelque chose de pathétique et de comique
dans ces discours qui se répètent, depuis bientôt quarante ans, presque à l’identique. Chez ces dirigeants qui courent après une « croissance » qui ne revient jamais. Qui guettent le ciel financier comme des météorologues, dans l’espoir d’un coin de ciel bleu. Qui ouvrent les entrailles de la relance comme des pythies. Qui réclament de nous une « attitude », un « comportement », un « état d’esprit » – comme si c’était nous qui l’effrayions, cet étrange oiseau, avec notre psychologie trop négative.

Comique, donc, par la répétition du même gag.
Mais pathétique, aussi, parce que c’est l’un des biais qui rend la politique dérisoire depuis tant d’années. Nous ne pourrions rien faire, ou si peu — du symbolique ; nos présidents et ministres ne pourraient rien changer, sans, d’abord, cette croissance. C’est le meilleur prétexte, le plus formidable, pour repousser à toujours plus tard les réformes progressistes.

Et c’est reparti de plus belle !
Avec François Hollande, bien sûr, qui croit sortir l’Europe de la récession en implorant la croissance du soir au matin (toujours assorti de « dans la maîtrise des dépenses publiques », etc.). Mais qu’on tombe, par hasard, sur une édition du supplément économique du Monde et qu’y lit-on ? En une, la tête de Nicolas Baverez, avec pour titre : « Un agenda pour la croissance en Europe ». Plus loin, une opinion de Pierre Jacquet, de l’Agence française du développement : « La diversification des exportations, moteur de la croissance africaine ». On continue à feuilleter, la chronique habituelle de Martin Wolf s’intitule : « L’Europe doit agir vite pour renouer avec la croissance ».

Contre ces mille bouches,
qu’on remette la politique avant l’économie. Qu’on redonne à la démocratie sa prééminence. Nous n’attendrons pas la croissance pour imposer une véritable égalité, pour démarrer la transition écologique. Ces choix communs, nous ne les conditionnons pas, nous ne les mettons pas à la remorque d’une hausse ou non du Produit intérieur brut. Croyez-vous qu’ils avaient l’œil rivé sur la productivité, lorsqu’ils bouleversaient la France, les révolutionnaires de 1793, ou nos papys du Front populaire ? Et les syndicats eux-mêmes, jusqu’aux années 70, ne se laissaient pas avoir à cet attrape-nigaud…

Pour lire la suite de ce dossier et découvrir d’autres articles comme l’histoire du dopage, les dominos de l’euro, notre exploité du mois ou encore un fameux reportage au bal des pompiers de Vorey en Haute-Loire...

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Vos commentaires

  • Le 27 juillet 2012 à 14:53, par Philippe LEBOURG En réponse à : Justice, emploi, climat, bonheur, etc... La croissance d’abord ?

    MERCI !
    Il est bon de lire enfin, sous d’autres plumes que celles des apôtres déclarés et souvent stigmatisés de la décroissance, les arguments qui éclairent le sens tragique de l’épopée humaine occidentale. Il n’y manque finalement qu’un élargissement à toutes les sources qui ont longuement prôné la modération à l’être humain, principalement des individus à l’ancrage fort dans l’une ou l’autre spiritualité, et qui permettaient ainsi de placer le sens de la destinée humaine dans une double dimension individuelle et collective.
    Au plaisir de vous retrouver après l’été, toujours aussi moqueurs et -on l’espère- rigolards : le rire n’est-il pas le dernier pied de nez à la sottise ?
    Amitiés,
    Philippe