De Robien en a rêvé, Fakir l’a fait

par L’équipe de Fakir 01/11/1999

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Vous lisez le JDA ? Non Juste les pages ciné ? Moi si, tout. C’est formidable, je trouve, cette initiative de la Mairie : rémunérer une équipe de créateurs, de têtes pensantes, rédigent ensemble le Dictionnaire de la Bêtise que Flaubert n’avait pu achever. Pour qu’ils ressuscitent le docteur Pangloss cher à Voltaire, répétant à longueur de pages que : « tout va pour le mieux dans la meilleure des villes possibles »

Donc, postulat : le JDA positive à marche forcée, ne renonçant ni au mensonge (par omission), ni à la bêtise (par démagogie). Maintenant, reste à le prouver.

1.Menteur par ce qu’il tait

Dans le JDA, on vous a parlé, déjà, rien qu’une fois, d’inégalité des chances ? ou de licenciements ? ou des gitans sans terrain ? ou des HLM délabrés ? Un exemple : quand deux centres d’appels se déploient, à Amiens, ça fait la Une, cinq articles, des éditos cocorico... Quand Yoplait ferme, pas un mot. Yo-quoi ? Qui ça ? Où ça ? Connaît pas. « Un oubli », il paraît. Il faut dire que dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville, on a l’amnésie sélective : lorsque les Gothiques remportent le Championnat de Hockey, personne n’oublie de leur consacrer la couverture et quatre pages intérieures. En revanche, lorsque le club dépose le bilan, motus et bouche cousue.

2.Bête par ce qu’il dit

Passons sur les concours de maisons fleuries, les courses hippiques, les pièces de la Macu... Écoutons plutôt Pierre Mabire, éditorialiste : «  Amiens est une ville de jardiniers », entame-t-il. Aïe. Voilà une analyse qui s’annonce polémique. « Que l’on soit riche ou pauvre, haut placé dans la société ou simple ouvrier, la terre exige qu’on se courbe pour la travailler. » Sauf que le riche, lui, il se baisse pas. Il envoie sa bonniche au marché et basta. « Le grand bonheur, c’est de manger ses propres légumes. » Nan ? Et l’amour, Pierrot, l’Amour ? « Rien n’est plus beau que les fleurs cueillies dans ses propres massifs. » Vraiment ? Et la femme, Pierrot, la Femme ? Réponse : « Les frites et le sucre, ça fait du bien au ventre. L’amour élève l’homme à des niveaux bien supérieurs. » Merci de nous informer.

Comme le confie, en privé, un responsable de la Mairie : « Ils sont pas là pour faire du journalisme. Ils cherchent à enrober, c’est systématique. Regardez, il font toujours des éloges. Peu importe ce qu’ils voient, c’est leur rôle. » Qu’est-ce que le JDA, au fond ? Une machine à produire de la satisfaction. A exhiber une ville lisse et belle... presque parfaite.

Rédiger un contre-JDA, c’est rappeler, simplement, que subsistent dans notre cité de sérieux problèmes. Ce n’est pas s’opposer, toujours, aux efforts de la municipalité. Loin de là. D’ailleurs, notre gazette s’inspire d’un souhait de Monsieur De Robien. « On ne signale pas assez les cas de misère », regrette-t-il à la page 81 de son best-seller, Hors la loi. Puis, après un tableau noir des quartiers Nord, il conclut page 88 : « Il faut aujourd’hui que la société se regarde en face. Si on ne cesse de se contempler dans la partie du miroir qui n’est pas brisée, on croit que tout va bien. Mais si on se voit dans un miroir plus constellé d’éclats qu’un pare-brise qui vient de recevoir un pavé, on ne peut pas ignorer les exclusions. » Il serait bon que notre député-maire accorde sa politique de Communication avec ses bonnes intentions littéraires. Que le JDA « cesse de contempler » ce qui marche et d’ « ignorer » ce qui cloche.

Impératif

Le JDA n’a pas prononcé un mot sur la fermeture de Yoplait. Pourquoi ? Nicolas Lejeune, rédacteur en chef, nous apporte la réponse (Radio France Picardie, 22/10) : « Cette semaine-là, y avait d’autres impératifs. » Effectivement : le 5 mai dernier, alors qu’une centaine d’Amiénois étaient licenciés pour cause de profits, le JDA titrait sur « Un carnaval fou et gratuit ». Chacun ses priorités. En pages intérieures, un journaliste se félicitait même que la zone franche soit une « source d’emplois ». Bref : tout va très, Monsieur le Marquis, tout va très bien, tout va très bien...

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