Contre l’oligarchie, la finance, les médias : que faire ? (3)

par François Ruffin 15/02/2012 paru dans le Fakir n°(52) septembre - novembre 2011

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On le sait, désormais : qu’on leur laisse les mains libres, et pour maintenir leurs profits, ils iront jusqu’au bout. Jusqu’au désastre.
Comment on va s’y prendre, alors, pour leur retirer le pouvoir ?
Mon « Que faire ? » ressemblerait plutôt à « Que ne pas faire ? » Qui ne va pas vous brosser, chers lecteurs, dans le sens du consensus…

Pour accéder à la première partie du dossier, cliquez ici.

Miser sur les petites solutions locales

« Vous connaissez le colibri ? » Une dame prend la parole, aux Glières, à la fin d’un débat sur Ambroise Croizat. « C’est un petit oiseau qui, lorsqu’éclate un incendie, prend une goutte d’eau et va la jeter sur les flammes. Eh bien, soyons tous des colibris ! Faisons chacun un geste. » Dans la salle, tous les auditeurs approuvent, l’un racontant comment il participe à une AMAP, l’autre comment ils ont sauvé la Poste dans un village de l’est, etc.
Je n’approuve pas.
Bien sûr qu’on peut le faire. Ces engagements locaux nous apportent souvent du bonheur, un sentiment d’utilité plus immédiate. De ces expériences, proches des hommes, naissent des idées neuves. Et dans ces actions concrètes, nous élevons nos capacités, nous acquerrons du sens pratique, nous gagnons en confiance, nous apprenons à gérer, etc.
En revanche, ces louables initiatives colportent souvent une illusion nocive : que la somme des solutions locales ferait une solution globale. Que face à l’agriculture productiviste – par exemple – nous n’aurions qu’à récupérer trois hectares en bio ici, cinq hectares là, sans exiger, avant tout, des lois, des lois sur les produits phytosanitaires, des lois sur l’irrigation, des lois sur l’élevage des porcs, des lois sur l’usage des hormones – et des sanctions sévères pour les contrevenants. Que face aux médias dominants – au hasard – nous n’aurions qu’à défendre les feuilles de choux alternatives, Fakir, Le Postillon, CQFD, Article 11, et non à imposer la socialisation de TF1, l’éclatement du groupe Lagardère, la confiscation de la presse Dassault. Bref, que face à un Capital organisé à l’échelle nationale, européenne, voire planétaire, nous n’aurions qu’à multiplier les résistances clairsemées.
Tout cela, faisons-le. Soit. Mais en même temps, dépassons cette courte vue. Sans quoi nous optons d’emblée pour la défaite : on se maintiendra à la marge, oui, certes, mais nous leur cédons le centre du terrain. Nous leur laissons la plus grande part du gâteau – et les mains libres pour nous étrangler.

Refuser le cadre national

Qu’on imagine le Front Populaire, aujourd’hui : «  “Deux semaines de congés payés”  ? “Quarante heures par semaine”  ? Nous, on est avec vous, répondrait Léon Blum à la foule, mais si on le fait tout seul, jamais ça ne va marcher. Donc, nous, socialistes français, on vous a bien entendu. Ce qu’on vous propose, c’est qu’au prochain Conseil de l’Union, à Bruxelles, on présente une série de mesures à nos partenaires : pour que ces deux semaines de congés payés, cette loi des quarante heures, s’imposent (pas tout de suite mais bientôt) dans tous les états. Qu’on fasse une Europe sociale ! »
Qu’on rejoue 1789, pourquoi pas : « Une “Assemblée nationale”, vous réclamez ça ? “Qui déciderait à la place du roi”  ? Très bien, non, très bien, je le note. Voire “plus de roi du tout”  ? Une quoi ? Une “République”  ? Alors, bon, je comprends votre colère, on va tout mettre sur la table lors du prochain sommet, mais je tiens à vous prévenir : je ne suis pas certain que la Prusse sera cent pour cent d’accord. L’Autriche-Hongrie n’en parlons pas. À mon avis, si on veut un régime républicain, si on le veut vraiment, il faut se donner le temps de convaincre nos voisins et que, lentement, toute l’Europe s’y mette. Ça prendra du temps, sans doute, mais c’est le seul chemin. »

Voilà comment ils ont arrêté l’Histoire. Comment ils ont tiré le frein à main du progrès. C’est une leçon d’impuissance, que même des révolutionnaires répandent, au fond, pariant sur des révoltes européennes, voire mondiales – sinon rien. Une révolution à l’échelle d’un pays, voilà qui serait devenu impensable. Ou pire : de droite, digne de Pétain. On peut « penser global » (et aspirer à une « mondialisation solidaire »), on peut « agir local » (et participer à une AMAP), mais plus national.
Heureusement, néanmoins, heureusement que le Venezuela n’a pas attendu l’approbation de la Colombie, du Chili, voire des États-Unis pour secouer son joug ! Et finalement, entraîner l’Amérique du Sud. Heureusement que la Tunisie n’attend pas l’Algérie, le Maroc, l’Égypte, la Syrie pour se débarrasser de son dictateur ! Et finalement, entraîner l’Afrique du Nord derrière elle.

L’ordre international, c’est toujours l’ordre.
Un pays n’existe, ne devient grand, que par le trouble qu’il y sème, par les questions qu’il pose au monde. La France, comme un volcan, a craché des flammes d’espoir, en 1792, 1830, 1848, 1871, mettant toutes les monarchies en émoi – avec, contre elle, les faux assignats, la fuite des capitaux, les armées à nos frontières, la trahison des généraux. Autant de points d’appui, ailleurs, en Europe, sur d’autres continents, pour les rebelles qui ne se résignent pas, pour les hommes qui n’opinent pas devant le présent d’un éternel « c’est comme ça ». Tout comme la Russie de 1917, malgré tout, malgré la suite, a ouvert une brèche pour les écrasés des tranchées et d’après. Tout comme le Cuba de 1957 pour le Tiers-monde. Tout comme la Guadeloupe de 2009 pour la métropole. Tout comme, jadis, l’Angleterre et son Habeas Corpus pour notre bourgeoisie, etc.

Attendre que la colère se lève en Italie, en Allemagne, en Angleterre, voire en Inde ou en Chine, c’est se condamner, alors, à une Histoire qui fait du sur place. Qui pourrit sur pied. Quand je crois, moi, en la matière, à l’unilatéralisme.
À une sécession qui fait école.

Miser sur la grande solution globale

« Un échec lamentable », ont regretté les écologistes après le sommet de Copenhague, à l’automne 2009. Et ils se sont dits « déçus », « consternés », « écœurés de l’incapacité des pays riches à s’engager ». Qu’en escomptait-on ? Si ces grands-messes internationales apportent des petits-mieux – même infimes – , c’est déjà ça. Mais comment avance l’Histoire – lorsqu’elle avance, plutôt que de reculer ? Parce que les Grands se réunissent à Washington, à Pittsburgh, à Deauville, et décident ensemble que, tiens, cette année, on va accorder une retraite décente à tous nos travailleurs, partout dans le monde, en même temps ? Ou même parce que des gentilles ONG, de braves militants, se rassemblent à Gênes, à Seattle, à Caracas, et font plein de bruits, plein de manifs, plein de débats, pour que les Grands accordent une retraite décente à tous les travailleurs, partout dans le monde, en même temps ?
Jamais.
Si elle n’est pas déjà perdue, c’est une illusion à perdre.

Les Forums Sociaux Mondiaux ont rythmé les années 2000, de Porto Alegre à Saint-Denis. Ces rencontres, et les manifestations contre l’OMC, le FMI, Davos, qui lui étaient liées, ont mobilisé des hommes par millions, amené à la politique toute une génération, nourri des échanges entre continents, fait fleurir mille envies. Un bilan globalement positif, donc.
S’est néanmoins répandu un leurre : d’ « antimondialiste » auparavant, la gauche a positivé la mondialisation et s’est faite « alter- ». Les théories à la Toni Négri ont dominé les jeunes esprits : contre « l’Empire », se dessinerait un contre-pouvoir planétaire, la « Multitude », sans « peuple » has been, sans « nation » périmée, sans « classe » dépassée, mais une nuée floue à même de « bâtir des alternatives globales ». Bientôt, se promettait-on, une démocratie universelle unirait les citoyens du monde.
On peut le viser, comme une utopie lointaine. On doit pourtant constater, concrètement, au présent, que nous en sommes fort éloignés : après dix années de FSM, il n’y a pas l’ombre d’une assemblée délibérative. Pas l’embryon d’un représentant. Pas le début d’un cadre législatif, pour imposer une règle commune au paysan burkinabé et au businessman californien. Quant à la taxation des capitaux, la mesure phare d’ATTAC, elle devait se faire « au niveau international sinon rien ».
Ce fut donc rien.

Miser sur la consommation citoyenne

C’était à la veille du 21 avril 2002. Je suivais en direct, à Amiens, mon premier plan social – chez Whirlpool, qui délocalisait en Slovaquie.
« Et qu’est-ce que vous envisagez, vous, comme solutions ? j’interrogeais les délégués CGC.
– Nous, on espère beaucoup dans le commerce équitable, m’a confié Pierre-Yves Dorez. Vous connaissez Max Havelaar et le café Méo ?
– Y a un retour, aussi, à l’agriculture bio, l’appuie Cécile Delpirou.
– Regardez la campagne contre les ballons du Mondial, reprend Pierre-Yves, des ballons confectionnés par des gamins afghans ou des prisonniers chinois.
– Demain, l’éthique peut devenir un critère d’achat, prophétise Cécile. Les gens mettront bien 300 F de plus pour un lave-linge fabriqué dans leur pays. »
Ça m’a navré, comme réponse.
Un tel manque de lucidité.
Cette aspiration, je l’ai retrouvée chez un secrétaire d’Union Locale CGT, bien rouge pourtant : la métallurgie fuyait du Vimeu vers la Chine, et qu’envisageait-il, comme remède ? De « coller des étiquettes “Made in Picardie” sur les robinets. » Et dernièrement, encore, sur le parking d’Albertville, comment les caissières d’ED combattaient-elles l’ouverture du dimanche ? « On doit convaincre les clients, un à un, que ce n’est pas bien. »

Que, personnellement, on achète « bio », ou « équitable », ou « Français », parfait. Mais comment transformer cette éthique individuelle en règle collective ? Sitôt franchi le seuil d’une supérette, le citoyen s’évanouit. On réagit avec notre porte-monnaie. On remplit nos chariots de marques tambourinées à la télé. Aucun « civisme des consommateurs » n’a imposé la Sécu. Ou la retraite à 60 ans. Ou la fin du travail des enfants. Ou le repos dominical. Il a fallu des lois pour ça, pour punir les mauvais comportements et encourager les bons. Il nous faudra des lois, encore – et la force de les imposer. Pour que, par exemple, les firmes qui pratiquent le dumping – social, fiscal, environnemental – voient leurs produits tout bonnement interdits de vente.

Nous élever au-dessus de l’époque

Dans Vie et mort de Léon Trotsky, Victor Serge écrit : « Tous les traits de son caractère, de son esprit, de sa vision de la vie appartenait depuis plus d’un siècle à l’intelligentsia révolutionnaire russe. Des dizaines de milliers de combattants les eurent, les avaient à ses côtés (et je n’exclus pas de cette foule beaucoup de ses adversaires). Ces générations l’avaient porté, formé, elles vivaient en lui, et la sienne, produite par les mêmes circonstances historiques, lui était dans son ensemble identique. J’ai tant de noms, tant de visages sous les yeux, en écrivant ces lignes que j’y vois une vérité éclatante. Cette génération, il a fallu la détruire tout entière pour rabaisser le niveau de notre temps. »

J’éprouve l’inverse, aujourd’hui, pour ma part : un très bas niveau de notre temps. En toute franchise, je me sens médiocre parmi des médiocres – avec une faible conscience critique, une logique distordue, une maigre connaissance historique, et pas grand-monde parmi les militants pour me tirer vers le haut. Nous avons des excuses pour ça : à partir des années 80, où l’on apprit à Vivre et penser comme des porcs (selon l’ouvrage lucide de Gilles Châtelet), la fabrique du crétinisme a tourné à plein. Et en particulier quant à la politique : au nom de la modernité, voire de la post-modernité, nous devions faire table rase de toute tradition – c’est-à-dire, au fond, de tout savoir. Orphelins de notre passé. La gauche s’accultura et ne laissa aux jeunes, comme héritage dialectique, qu’un CD de Manu Chao et un tee-shirt de Che Guevara.

C’est toute la marée qui doit désormais remonter, qui remonte déjà. Il faut nous élever au-dessus de nous-mêmes, au-dessus d’une époque qui nous veut vautrés. Que nous embrassions notre histoire, que nous comprenions Mirabeau, Danton, Robespierre, Marat, Babeuf, que nous assimilions les leçons de 1789 et 1793, 1917 et 1936, leurs errements, leurs grandeurs, leurs échecs. Jeté au rebut, Karl Marx est revenu à la mode : c’est au tour de Lénine, désormais, de Jaurès, de Gramsci, de Trotsky, de ces « intellectuels organiques » qui ont voulu le pouvoir, c’est à leurs côtés que nous devons méditer le présent – sans que leur pensée, encore moins leurs actes, n’entre au Panthéon ou dans un mausolée.

Que notre regard s’élargisse, avec générosité, avec ampleur. Que notre esprit gagne en lucidité, notre âme en détermination – pour n’être pas que des phraseurs, des hurleurs de slogans. Pour ne pas devenir, non plus, des forçats de l’originalité – qui ferions de la politique comme une distinction. Que nous parlions, oui, puisqu’ « aujourd’hui, pour nous, le seul moyen d’action, le seul moyen qui prépare les réalités de demain, c’est la propagande et la parole » (du Jaurès), mais que nous parlions comme une classe qui a gagné en force – et en conscience de sa force, comme des hommes qui seront bientôt, peut-être, l’élite de rechange, méritant la confiance d’un peuple pour enfanter d’un monde, dans la douleur et la joie. Alors, ainsi relevés, nous verrons des dirigeants dignes de nous : un peu au-dessus de la mêlée, mais pas trop.

Mon ton, un peu donneur de leçons, grandiloquent, vous agace ? Journaliste, je déborde de mon rôle, passant de la description à la prescription ? Vous êtes en désaccord sur tel point, et j’ai oublié tel autre ? Nulle part, ici, je n’ai abordé la question du programme – c’est-à-dire des fins, me concentrant sur les moyens, mais peut-on traiter les deux séparément ?
Vous avez raison : j’ai bien conscience, moi-même, de mes insuffisances, de mes balbutiements – et j’attends vos réactions, vos critiques, qui me feront progresser. Qui nous permettront d’avancer, ensemble, dans ce vaste dossier « Que faire ? » – ou, au moins, de clarifier nos désaccords.
Reste que, durant cette semaine, j’ai tenté de me confronter, franchement, sincèrement, à cette question, de me hisser à sa hauteur – préférant la lourdeur des évidences à la fantaisie des innovations : comment va-t-on retirer le pouvoir à cette oligarchie ?
Pour m’engueuler : francois fakirpresse.info

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Vos commentaires

  • Le 4 avril à 10:30, par Guyard Daniel En réponse à : Contre l’oligarchie, la finance, les médias : que faire ? (3)

    Tout est dit, ou presque, mais tout reste à faire.
    Je lis, transmets des messages avec la quasi certitude que je casse les pieds aux gens qui les reçoivent.
    Je suis effaré par le niveau des échanges sur facebook et finalement je ne trouve un écho que chez ceux qui sont déjà convaincus.

  • Le 19 février 2013 à 18:24, par PaulP En réponse à : Contre l’oligarchie, la finance, les médias : que faire ? (Partie 3/3)

    Bonjour,

    Il nous faut déconditionner les gens, conditionnés par 2 000 ans de mensonges et de terreur par le biais des différentes religions. Religions utilisées pour asseoir le pouvoir des élites possédantes et entretenir l’état de servilité (ça ira mieux au paradis, pardi !).
    Et ça continue, encore et encore.

    Retroussons-nous les manches car nous n’avons pas encore les mêmes moyens humains et financiers.

    Ensuite, il faudra nous aussi conditionner les gens pour que s’incrive durablement cette façon de penser.

    Sans ce conditionnement et des règles strictes rien ne s’effectuera dans la durée. Faut pas rêver.

    N’oublions pas que les oligarchies ont assis leur pouvoir en éliminant soicalement et physiquement tous les meneurs (voire plus si affinité). Il faut ensuite une ou deux générations pour que les idées reprennent leur vigueur sur le terrain.

    Quelles seront les prochaines victimes chez nous ?

    Le DS de goodyear ?...

  • Le 13 avril 2012 à 22:36, par atipic En réponse à : Contre l’oligarchie, la finance, les médias : que faire ? (Partie 3/3)

    Sans nouvelles d’Islande : Pourquoi ?

    Si quelqu’un croit qu’il n’y a pas de censure actuellement, qu’il nous dise pourquoi on a tout su au sujet de ce qui se passe en Egypte, en Syrie ou en Lybie et pourquoi les journaux n’ont absolument rien dit sur ce qui se passe en Islande :
    En Islande,

    • le peuple a fait démissionner un gouvernement au complet,
    • les principales banques ont été nationalisées et il a été décidé de ne pas payer la dette qu’elles avaient contractée auprès de banques de Grande Bretagne et de Hollande, dette générée par leur mauvaise politique financière
    • une assemblée populaire vient d’être créée pour réécrire la Constitution.
      Et tout cela, pacifiquement.
      Toute une révolution contre le pouvoir qui a conduit à cette crise.
      Voilà pourquoi rien n’a été publié pendant deux ans.
      Que se passerait-il si les citoyens européens en prenaient exemple ?

    Brièvement, voici l’histoire des faits :

    • 2008 : La principale banque du pays est nationalisée. La monnaie s’effondre, la bourse suspend son activité. Le pays est en banqueroute.
    • 2009 : Les protestations citoyennes contre le Parlement font que des élections anticipées sont convoquées et qu’elles provoquent la démission du Premier Ministre et, en bloc, de tout le gouvernement.
      La situation économique désastreuse du pays persiste. Par le biais d’une loi, il est proposé à la Grande Bretagne et à la Hollande le remboursement de la dette par le paiement de 3.500 millions d’euros, montant que paieront mensuellement toutes les familles islandaises pendant les 15 prochaines années à un taux d’intérêt de 5%.
    • 2010 : le peuple descend à nouveau dans la rue et demande que la loi soit soumise à référendum.
      En janvier 2010, le Président refuse de ratifier cette loi et annonce qu’il y aura une consultation populaire.
      En mars, le référendum a lieu et le NON au paiement de la dette remporte 93% des voix.
      Pendant ce temps, le gouvernement a entamé une investigation pour régler juridiquement les responsabilités de la crise.
      Les détentions de plusieurs banquiers et cadres supérieurs commencent.
      Interpol lance une enquête et tous les banquiers impliqués quittent le pays.
      Dans ce contexte de crise, une assemblée est élue pour rédiger une nouvelle Constitution qui reprend les leçons apprises de la crise et qui se substitue à l’actuelle qui est une copie de la constitution danoise.
      Pour ce faire, on a recours directement au peuple souverain.
      On élit 25 citoyens sans filiation politique parmi les 522 qui se sont présentés aux candidatures. Pour cela, il faut être majeur et recueillir le soutien de 30 personnes.
    • L’assemblée constituante commence ses travaux en février 2011 afin de présenter, en partant des avis collectés dans les diverses assemblées qui ont eu lieu dans tout le pays, un projet de Grande Charte.
      Elle doit être approuvée par l’actuel parlement ainsi que par celui qui sera constitué après les prochaines élections législatives.

    Voici, en bref, l’histoire de la Révolution Islandaise :

    • Démission en bloc de tout un gouvernement
    • Nationalisation de la banque
    • Référendum pour que le peuple puisse se prononcer sur les décisions économiques fondamentales
    • emprisonnement des responsables de la crise
    • et réécriture de la CONSTITUTION PAR LES CITOYENS
      Nous a-t-on parlé de cela dans les médias européens ?
      En a-t-on parlé dans les débats politiques radiophoniques ?
      A-t-on vu des images de ces faits à la TV ?
      Bien sûr que non !
      Le peuple islandais a su donner une leçon à toute l’Europe en affrontant le système et en donnant une leçon de démocratie au reste du monde.
  • Le 17 février 2012 à 23:24, par YS En réponse à : Contre l’oligarchie, la finance, les médias : que faire ? (Partie 3/3)

    Le colibri

    Il est bien courageux et très attendrissant
    Le petit colibri qui vainement s’épuise
    A verser quelques gouttes (que de son bec il puise)
    Sur la forêt en feu où meurent tant d’innocents.

    Sa conscience pour lui, il a fait de son mieux
    Tout sachant ses efforts, dérisoires, inutiles ;
    Qui oserait railler le petit volatile,
    Qui le voudrait blâmer serait bien injurieux.

    Les incendiaires eux-mêmes, dit-on, en furent émus ;
    D’aucuns auraient versé, paraît-il, quelques larmes
    Lors que leurs bulldozers, avec grand vacarme,
    Ratissaient le brûlis... aux cultures promu.

    Les futurs carburants y croissent aujourd’hui
    Pendant que les télés, en fanfare, célèbrent...
    Le brave colibri qui, seul, dans les ténèbres,
    Sans souci de sa vie, en héros s’est conduit.

    Tout le monde au pays en est tout retourné ;
    Même Monsieur Larose, ex-révolutionnaire,
    Le voudrait décoré, inscrit au dictionnaire,
    Statufié, vénéré, dépêché en tournée.

    La multinationale des agro-carburants
    Machinera le show et le prendra en charge
    (car pour les bonnes causes on peut rogner sa marge),
    Alors que loin d’ici, l’or vert fleurit en rangs.

    Le vieil hibou aigri qui loge dans mes bois
    Prétend qu’il est bien tard quand l’incendie fait rage
    De le vouloir éteindre et qu’il faut faire barrage
    A tous les pyromanes avant qu’ils ne flamboient.

    Ah ! Qu’au diable vauvert on envoie ces gens-là,
    Qu’on puisse planter nos choux, et ici, et ailleurs,
    Que l’on bâtisse enfin un monde bien meilleur...
    Colibris, mes amis, chassons les cancrelats !

    YS Château Thébaud - Février 2012

  • Le 16 février 2012 à 06:48, par Hervé Dornier En réponse à : Contre l’oligarchie, la finance, les médias : que faire ? (Partie 3/3)

    Vous voulez la fin de l’oligarchie et pour cela vous appelez de vos voeux une nouvelle élite...
    C’est utile en temps de crise, et nous sommes en temps de crise, et c’est peut être pour cela que vous espérez la montée en puissance d’une cohorte d’hommes et de femmes providentiels.

    Moi je ne me résous pas à ce fatalisme là. La parole n’acquiert pouvoir qu’au prix de la tromperie, de la simplification, de la démagogie. La parole mesurée, raisonnée, rationnelle ne soulève pas les foules et n’a aucune chance d’enfanter le changement.
    Parce que nous sommes ainsi faits que notre rationalité est limitée à nos propres intérêts.

    La solution : l’intelligence collective, qui n’est pas l’addition de nos intelligences individuelles.
    Sur un point je vous rejoins : l’addition de nos efforts locaux ne suffira pas à renverser l’ordre établi. Mais la mise en commun de nos efforts locaux peut y parvenir.
    Pour cela, il nous faut collaborer. Que nos actions individuelles s’inscrivent dans un projet toujours plus large, porteur de sens.

    Deux leviers doivent nous permettre d’y parvenir : l’argent et la démocratie.
    L’argent, car c’est le moyen le plus efficace que l’homme ait inventé pour collaborer.
    La démocratie, parce qu’elle est le plus sûr moyen de ne pas s’embourber dans des voies sans issues.

    Que chacun retrousse ses manches, crée une coopérative. Que chacune de ces coopératives s’insère dans un réseau coopératif. Que ces réseaux irriguent peu à peu l’ensemble des secteurs de l’économie. Et surtout que ces réseaux se dotent eux-mêmes d’une gouvernance démocratique.

    De proche en proche ainsi, une intelligence collective peut émerger et renverser l’ordre établi.